ACTION QUE CHOISIR ENSEMBLE

Yuka et Que Choisir Ensemble dénoncent le « additive washing » - Le nouveau greewashing alimentaire

« Sans conservateur », « sans colorant », « sans nitrites » : ces mentions se multiplient sur les emballages alimentaires depuis quelques années. Pourtant, derrière ces promesses rassurantes se cache parfois une tout autre réalité : des produits qui affichent l’absence de certains additifs en contiennent en réalité plusieurs autres, parfois controversés. Une pratique marketing susceptible d’induire les consommateurs en erreur, que Yuka et Que Choisir Ensemble (anciennement UFC-Que Choisir) dénoncent sous le nom « d’additive washing ». Les deux organisations épinglent 20 produits de grandes marques et exigent le retrait de ces mentions qu’elles jugent trompeuses.

Additive washing : quand les marques jouent sur les mots

L’additive washing désigne le fait, pour une marque, de mettre en avant sur son emballage l’absence d’un additif ou d’une famille d’additifs, alors que le produit en contient d’autres. La pratique reprend le mécanisme du greewashing, qui consiste à mettre en avant un bénéfice environnemental marginal pour donner d’un produit une image plus vertueuse qu’il ne l’est, mais transposé sur le terrain des additifs.

Si ces allégations sont exactes, elles n’en sont pas moins susceptibles d’induire les consommateurs en erreur sur la composition réelle des produits. En effet, il existe six grandes familles d’additifs, classées selon leur fonction : colorants, conservateurs, antioxydants, agents de texture, exhausteurs de goût et édulcorants. Ainsi, un produit indiquant « sans colorant ni conservateur » peut tout à fait contenir des agents de texture ou des édulcorants par exemple.

Parmi les 20 produits épinglés par Yuka et Que Choisir Ensemble figurent plusieurs références de grandes marques : les madeleines Ker Cadélac affichent « sans colorant, sans conservateur », le cordon bleu de poulet Père Dodu « sans colorant, huile de palme, exhausteur de goût » ou encore le sandwich Le Moelleux de Daunat « sauce sans conservateur ». Tous contiennent pourtant d’autres additifs, jusqu’à huit pour un même produit.

Une pratique qui pose problème

Une seule information positive suffit à modifier la perception de tout le produit. Il s’agit d’un biais cognitif documenté depuis plus d’un siècle, appelé effet de halo. Une étude menée en 2018 auprès de près de 2 000 personnes dans quatre pays européens, dont la France, montre que les produits portant une mention « sans » (sans gluten, sans lactose, sans OGM, sans huile de palme) sont jugés plus sains que les mêmes produits sans cette mention (Hartmann et al., Food Quality and Preference, 2018).

Ainsi, une simple mention « sans » peut suffire à donner l’impression qu’un produit est meilleur pour la santé, ce qui n’est pas le cas des 20 produits épinglés par nos organisations. En effet, tous ces produits sont des aliments ultra-transformés contenant des additifs très controversés. Ainsi, cinq d’entre eux renferment notamment des mono- et diglycérides d’acides gras (E471), un émulsifiant associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de cancers (Inserm, 2023 et 2024).

Certains additifs exposent particulièrement les enfants. Confiseries, brioches, madeleines, biscuits apéritifs, sirops ou produits panés : ces mentions figurent sur autant d’aliments largement consommés par les plus jeunes. En effet, sept de ces produits contiennent des phosphates pour lesquels l’exposition des enfants est explicitement pointée par les agences sanitaires : lors de leur réévaluation en 2019, l’EFSA a conclu que la dose journalière admissible était dépassée chez les enfants.

« En jouant sur ces mentions rassurantes, les industriels exploitent les préoccupations croissantes des consommateurs envers les additifs alimentaires. Cette stratégie marketing contribue à brouiller l’information au lieu d’éclairer leurs choix », explique Julie Chapon, co-fondatrice de Yuka.

« Nous demandons aux marques de retirer ces mentions sans attendre. Il est par ailleurs indispensable que la DGCCRF ouvre une enquête nationale pour mesurer l’ampleur de ces pratiques, qui induisent les consommateurs en erreur », déclare Marie-Amandine Stévenin, Présidente de Que Choisir Ensemble.

Les 20 produits épinglés

Les 20 produits très populaires ayant recours à cette pratique, dénoncés par Yuka et Que Choisir Ensemble sont les madeleines Nature Ker Cadélac, le sandwich Le Moelleux poulet rôti Daunat, le burger Cheddar & Emmental Président, les wraps au blé complet Old El Paso, le sirop Menthe Verte Moulin de Valdonne, le flan entremets vanille Alsa, les pains au chocolat Pasquier, les bonbons Miami Pik Haribo, les Pommes Noisettes Findus, le bouillon de légumes Knorr, les blinis cocktail Blini, la sauce béchamel Elle & Vire, le cordon bleu de poulet Père Dodu, les Monster Munch Original Vico, le riz cantonais Ben’s Original, les filets de maquereaux sauce moutarde à l’ancienne U, la sauce frites Bouton d’Or (Intermarché), les saucisses de Francfort Tradilège (E.Leclerc), le Panier de Yoplait 0 % et la tartiflette Carrefour Extra.

Les réactions des marques

Six marques ont répondu à nos sollicitations : Ker Cadélac, Old El Paso, Ben’s Original, Coopérative U, Moulin de Valdonne (groupe Teisseire) et Alsa (groupe Dr. Oetker). Toutes font valoir que leur mention est juridiquement exacte, qu’elle ne porte que sur les catégories d’additifs qu’elle nomme, et renvoient à la liste des ingrédients.

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