Placement financier en Europe (vidéo)

Gros raté en Roumanie

Publié le : 19/12/2015 

Le parlement roumain a désigné au conseil non exécutif de l’Autorité des marchés financiers (ASF) de Roumanie une candidate d’une nullité flagrante. Or, l’ASF est habilitée à agréer des sociétés financières qui opéreront en France.

 

Elle s’appelle Gabriela Boca, elle a 35 ans et a été nommée en septembre 2015 pour trois ans membre non exécutif du conseil d’administration de l’Autorité de supervision financière de Roumanie (ASF), équivalent de notre Autorité des marchés financiers (AMF).

La vidéo de l’audition de Mme Boca par la commission des finances du parlement roumain est en ligne. Il convient de la visionner en gardant à l’esprit que la Roumanie fait partie de l’Union européenne depuis 2007 et qu’une société financière agréée en Roumanie est en mesure d’opérer dans les autres États membres.

Comme elle l’explique elle-même d’une voix très hésitante, son bagage en matière financière se résume à une expérience de directrice d’agence de la banque roumaine BRD (filiale de la Société générale), assumant « diverses fonctions » (à partir de 1 min dans la vidéo). Elle postule à l’ASF pour « apprendre de nouvelles choses » et « apporter de la valeur ajoutée » (2 min).

Le malaise est palpable. Le président de séance appelle ensuite ses collègues à poser leurs questions (3”15’), soulignant que c’est « une occasion unique » de le faire avant que Mme Boca devienne membre non exécutif, laissant entendre que l’affaire est déjà bouclée.

 

« Candidature hallucinante »

Une parlementaire manifestement excédée par cette comédie (3”40’), Andreea Paul, demande à la jeune femme quel regard elle porte sur les marchés des capitaux et surtout de l’assurance en Roumanie, et comment elle envisage d’aborder les problèmes qui s’y posent. Gabriela Boca évoque « des hauts et des bas en ce moment », avant d’admettre qu’elle n’est « pas en mesure d’exprimer une opinion ». Pathétique, quand on sait que le numéro deux roumain du marché de l’assurance, Astra Asigurari, a fait faillite en août 2015 ! Un autre parlementaire lui tend alors une perche en lui demandant si elle sait, au moins, ce qu’elle a à apprendre. Sans succès. Gabriella Boca redit (7”30’) qu’elle veut « apporter de la valeur ajoutée ».

Au bout de 9 minutes, le président de séance abrège la plaisanterie et passe au vote : 26 pour, 3 contre, 2 abstentions.

La presse roumaine a hurlé au scandale, dénonçant une nomination politique. Gabriela Boca a été membre du Parti national libéral et du Parti de la nouvelle génération (PNG). La députée Andreea Paul a évoqué dans une déclaration écrite une « candidature hallucinante ».

Seule conclusion pour le consommateur français : les préjugés sont parfois fondés. Malgré les efforts permanents d’une partie de la classe politique et des fonctionnaires pour rehausser le niveau, il reste impossible de se fier aux régulateurs roumains. Si vous êtes démarchés par une société financière inscrite en Roumanie, il vaut mieux passer votre chemin, hélas.