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Allocation journalière du proche aidantPourquoi l’AJPA peine toujours à séduire

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par Adeline Lorence

Soutenir un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie ouvre le droit à une indemnisation, l'allocation journalière du proche aidant (AJPA). Si ce dispositif a le mérite d'exister, il reste sous-utilisé à cause de nombreux freins.

L’essentiel

  • L'allocation journalière du proche aidant (AJPA) permet d'être indemnisé 66,84 € nets par jour pendant 66 jours si vous vous arrêtez de travailler pour aider un proche en situation de dépendance.
  • Points bloquants Son montant, les démarches administratives ou encore les conditions d'éligibilité strictes empêchent cette indemnisation de se développer.​​​​

Elles sont des millions mais restent encore peu visibles dans le monde du travail. Selon France Travail, entre 8 et 11 millions de personnes épaulent au quotidien un proche en situation de handicap ou en perte d'autonomie. Parmi elles, près de 61 % exercent encore une activité professionnelle, soit entre 5 et 6,7 millions de personnes. Pour leur permettre de concilier travail et engagement personnel, l'allocation journalière du proche aidant (AJPA) a vu le jour en 2020. Elle indemnise les actifs qui interrompent leur activité, via un congé de proche aidant, dans la limite de 66 jours par proche aidé, et jusqu'à 1 an maximum sur l'ensemble de la carrière pour 4 personnes aidées différentes.

Au regard du nombre d'actifs aidants, on pourrait s'attendre à un recours massif à ce dispositif. Il n'en est rien. Plus de 5 ans après sa création, le dispositif reste encore très confidentiel. D'après la Caisse d'allocations familiales (Caf), qui verse cette allocation avec la MSA (Mutualité sociale agricole), on comptait, en 2024, seulement 1 645 bénéficiaires par mois, contre 1 079 en 2021. Des chiffres modestes, sans commune mesure avec l'ampleur du phénomène.

Un montant jugé insuffisant

Comment expliquer ce faible engouement ? Premier frein : le déficit d'information. L'AJPA demeure encore méconnue, tant du côté des salariés que des entreprises. À cela s'ajoute un tabou persistant autour de la situation d'aidant. Pour de nombreux actifs, parler de leur situation personnelle reste délicat.

« Beaucoup préfèrent ne pas se déclarer comme tels. Ils tentent de composer avec le télétravail, les horaires aménagés ou les congés, par crainte de stigmatisation ou de conséquences sur leur carrière », observe Christophe Roth, secrétaire national du syndicat CFE-CGC en charge notamment de l'accessibilité et de l'égalité des chances.

Autre écueil majeur : le montant de l'allocation. En 2026, l'AJPA s'élève à 71,43 € bruts par jour, soit 66,84 € nets. L'indemnisation est plafonnée à 22 jours par mois (hors week-end), pour un maximum mensuel de 1 571,46 € bruts. À titre de comparaison, le Smic brut mensuel atteint 1 823,03 €. « Cela peut donc entraîner une perte de revenus dissuasive pour de nombreux salariés, en particulier les classes moyennes », estime Christophe Roth.

Une lourdeur administrative

Les obstacles ne s'arrêtent pas là. Les démarches pour percevoir l'AJPA sont souvent jugées complexes. Rappelons d'abord que pour toucher l'AJPA, vous devez demander un congé de proche aidant à votre entreprise. Si vous remplissez toutes les conditions, elle ne peut pas vous le refuser.

Mais cette validation ne vaut pas indemnisation automatique. L'aidant doit aussi déposer un dossier spécifique auprès de la Caf ou de la MSA, selon son régime. Sans cette démarche, aucune allocation n'est versée. Et parfois les délais peuvent s'allonger. « Certains dossiers ont mis entre 3 et 4 mois pour être traités. Certains aidants se sont alors retrouvés sans ressources pendant leur congé », témoigne Christelle Evita, spécialiste dans l'accompagnement des aidants en entreprise. Les délais de traitement des dossiers varient selon les situations. « Il faut compter autour de 2 mois », estime plutôt de son côté la Caf.

Les critères d'éligibilité constituent également un frein important. Pour toucher l'AJPA, le proche aidé doit présenter un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 % ou un GIR compris entre 1 et 4, indicateur de la perte d'autonomie. « Cela exclut les aidants des personnes atteintes d'une maladie chronique ou dont le taux d'incapacité se situe entre 50 % et 80 % », souligne Alexine Geller, chargée de mission pour l'Union nationale des associations familiales (Unaf).

Pourtant, ces aidants peuvent, eux aussi, avoir besoin de suspendre temporairement leur activité. « Si l'on met tous ces problèmes bout à bout, on comprend pourquoi les aidants préfèrent souvent se mettre en arrêt maladie plutôt que de demander cette allocation », analyse Christelle Evita.

Des pistes d'amélioration

Si les experts reconnaissent que l'AJPA constitue une avancée, notamment grâce à la possibilité de la percevoir de manière fractionnée ‒ par demi-journée, par exemple ‒ nombreux sont ceux qui appellent à des améliorations de ce dispositif. Sans surprise, la revalorisation du montant figure en tête des revendications. « Il faudrait une compensation davantage alignée sur les ressources des salariés », estime Christelle Evita.

Autre point régulièrement soulevé : la durée d'indemnisation. « Il y a une incohérence car le congé de proche aidant peut être pris pour une durée de 3 mois et renouvelable jusqu'à 1 an pour une même personne aidée, alors que la durée de l'allocation reste figée à 3 mois pour une seule personne aidée », déplore Alexine Geller.

L'Unaf plaide pour un allongement de la durée d'indemnisation, ainsi que pour une ouverture du dispositif aux aidants de personnes atteintes d'une maladie chronique ou présentant un taux d'incapacité compris entre 50 % et 80 %.

Au-delà de l'allocation en elle-même, c'est plus largement la place des aidants en entreprise qui est interrogée. Tous ne souhaitent pas forcément s'arrêter de travailler. « De plus en plus d'entreprises cherchent des solutions qui dépassent la seule dimension financière », constate Joël Riou, président et fondateur de Responsage, qui accompagne les entreprises pour la prise en compte des vulnérabilités des salariés. « Elles peuvent par exemple proposer des jours de congés aidants comme ceux pour enfants malades ou accorder plus de jours de télétravail », illustre-t-il. Autant de leviers permettant aux aidants de mieux concilier vie personnelle et professionnelle et d'éviter de se couper du monde du travail.

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Adeline Lorence

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