Autorité de la concurrence

Réparation auto et e-commerce dans la ligne de mire

Publié le : 06/07/2011 

L’Autorité de la concurrence a décidé de lancer deux grandes enquêtes, sur les secteurs de la réparation automobile – dont les prix ont grimpé de 35 % en 10 ans – et du commerce électronique. Elle va également inciter les banques à diminuer leurs commissions.

 

Le rapport annuel de l’Autorité de la concurrence, présenté le lundi 4 juillet, débute par un chiffre : 442 millions d’euros. C’est le montant des sanctions financières qu’elle a infligées en 2010. Un chiffre gonflé par l’amende de 384 millions d’euros payée par onze banques, accusées d’avoir mis en place une commission interbancaire injustifiée sur les chèques, en 2000. Après cette victoire, les membres de l’Autorité veulent maintenant faire baisser les commissions sur les autres types de paiement (cartes bancaires, TIP et prélèvements), en commençant par les cartes bancaires. Ces commissions n’étant pas illégales, mais simplement trop élevées, il n’y aura aucune procédure contentieuse contre les établissements bancaires (et donc, aucune sanction financière), mais un règlement négocié. Un engagement pris par les banques pour diminuer ces frais sera rendu public « très prochainement », a promis Bruno Lasserre.

Les prix des réparations automobiles dérapent

Après les banques, l’Autorité de la concurrence va s’intéresser aux professionnels de l’entretien et de la réparation automobile. Suite à l’enquête de l’UFC-Que choisir, qui dénonçait des hausses de prix faramineuses, l’Autorité a décidé de se pencher sur un éventuel non-respect des conditions de concurrence sur ce marché. Car si, en 10 ans, le prix des voitures neuves a augmenté de 8 % en France, celui des réparations et de l’entretien a bondi de 35 %. Entre 2000 et 2009, le prix des seules pièces détachées, qui représentent la moitié du coût de la réparation, a progressé de 30 %. Pour l’Autorité, ces hausses ne peuvent s’expliquer qu’en partie par l’augmentation des coûts des matières premières et de la main-d’œuvre, ainsi que par l’utilisation généralisée des composants électroniques. « Une insuffisance de concurrence pourrait aussi expliquer cette envolée », estime-t-elle. Elle s’est donc autosaisie pour le vérifier.

Cette enquête pourrait déboucher, en mars 2012, sur une révision du monopole dont bénéficient les constructeurs pour la fabrication et la commercialisation des pièces visibles (ailes, portières, vitres, pare-brises, etc.). En Allemagne, en Belgique ou en Espagne, l’ouverture de ce secteur à la concurrence a permis de faire baisser le prix des pièces détachées de 30 % en moyenne, selon l’étude de l’UFC.

Autre pratique déjà dénoncée par « Que Choisir » en octobre 2010 : la propension des constructeurs à inciter leurs clients à fréquenter un garagiste de leur réseau. Depuis 2002, les automobilistes peuvent pourtant bénéficier de la garantie constructeur également chez des indépendants. Reste à savoir si ces derniers disposent de tous les outils, notamment les logiciels informatiques, pour réparer les véhicules les plus récents.

Le commerce électronique, secteur florissant

La seconde enquête dont s’est autosaisie l’Autorité de la concurrence concerne le commerce électronique, un secteur en forte progression (31 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010, +24 % par rapport à 2009). Elle souhaite vérifier que cette activité se traduit réellement par une baisse des prix pour les 28 millions de cyberacheteurs français. L’Autorité soupçonne en effet certains commerçants de pratiquer les mêmes prix en ligne que dans les magasins en dur, malgré des coûts moindres. Par ailleurs, l’objectif sera d’évaluer la pression concurrentielle qu’exerce le commerce en ligne sur la distribution traditionnelle. Dans son avis, l’Autorité regardera également si certains sites de vente en ligne ont éventuellement acquis un pouvoir de marché qui leur permettrait, par exemple, de vendre des produits à des prix significativement supérieurs à leur coût.

Le rôle des intermédiaires du commerce en ligne (paiement en ligne, livraison des colis, comparaison des prix, etc.) sera également passé en revue. Les conclusions de cette seconde enquête seront rendues en juin 2012.