Santé au naturel Les conseils toxiques d’une star du Net

Santé au naturel

Les conseils toxiques d’une star du Net

Publié le : 08/03/2021 

Avec plus de 500 000 abonnés à sa chaîne Youtube « Régénère », sur laquelle il encourage notamment à boire des jus de fruits et légumes crus, Thierry Casasnovas est une véritable star de la « santé naturelle ». Mais ses conseils sont malheureusement loin d’être toujours pertinents. Et la révélation d'une enquête judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui à son encontre invite à la méfiance.

 

En quelques années, Thierry Casasnovas est devenu une véritable star de la « santé naturelle ». Sur Internet, avec sa chaîne nommée Régénère, le charismatique Catalan prodigue ses conseils d’hygiène de vie, tels que la consommation de jus de fruits et de légumes crus, à plus de 500 000 abonnés. Toutefois, malgré son sourire sympathique et le cadre verdoyant de ses vidéos, il semble que la méfiance s’impose à son égard. Car ce vidéaste et chef d’entreprise, qui organise des stages et des festivals et met en place des partenariats promotionnels avec différentes marques, fait l’objet d’une enquête judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui. La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), rattachée au ministère de l’Intérieur, le suspecte de dérive sectaire et affirme craindre pour la santé de ses adeptes. Et les proches de certaines personnes devenues fans sont inquiets.

Chaîne YouTube de Thierry Casasnovas
La page d’accueil de la chaîne YouTube de Thierry Casasnovas.

 

Conseils nutritionnels dangereux

Il faut dire que certains des « conseils » formulés par Thierry Casasnovas sont en total désaccord avec ce que préconisent les spécialistes. Il encourage, par exemple, à la pratique du jeûne sec (c’est-à-dire sans boire) « jusqu’au point de rupture », qui serait possible « jusqu’à 18 jours ». En réalité, rappelle Randall Packer, spécialiste de la fonction rénale à l'université George-Washington aux États-Unis, « un adulte ne survit en moyenne que 3 jours sans boire, même si des patients hospitalisés survivent parfois une semaine ». Autre affirmation dangereuse de Thierry Casasnovas : l’eau de coco fraîche pourrait constituer un substitut convenable au lait maternel – le lait maternisé étant qualifié de « poison ». Ce jus est pourtant beaucoup moins nutritif et ne contient ni la vitamine B12 ni le fer indispensables au bon développement du nourrisson. L’année dernière, un tout jeune enfant nourri à l’eau de coco a été admis aux urgences d’un hôpital américain : il souffrait notamment de rachitisme, de crises d’épilepsie et de retard développemental.

Thierry Casasnovas expose enfin un avis extrêmement critique vis-à-vis des traitements conventionnels. Les vaccins ? « L’une des dernières choses à faire », selon lui. La chimiothérapie ? « C’est du poison massif que tu t’injectes dans les veines », elle « n’apporte qu’une seule chose, c'est 50 000 euros pour la personne qui va la vendre ». Les traitements médicamenteux du diabète ? « Une aberration totale », qui « ne fonctionne pas et empire même la situation ».

 

Renoncement aux soins

Ces jugements abrupts pourraient éloigner certains malades des soins conventionnels et provoquer ainsi une « perte de chance de guérison », selon le ministère de l’Intérieur. Ce risque est bien réel, comme l’illustre l’expérience récente d’un interne en médecine : « L’été dernier, une toute jeune personne atteinte de diabète de type 1 s'est retrouvée en urgence vitale absolue après avoir arrêté son traitement par insuline, et cette personne m’a parlé de Thierry Casasnovas pour justifier son choix », nous confie avec effarement le jeune homme, qui souhaite rester anonyme. Nous avons sollicité Thierry Casasnovas pour l’interroger, mais il n’a pas souhaité nous répondre.

Les signes typiques de l'emprise sectaire

Dans les signalements reçus à l’encontre de Thierry Casasnovas, se trouveraient des éléments suggérant l’emprise mentale d'après la Miviludes. Marie Drilhon, présidente de l'Association de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Adfi)*, confirme : « L’emprise sectaire se caractérise par une triple rupture.
La rupture avec soi-même, que l’on retrouve chez certains adeptes de Thierry Casasnovas changeant brutalement de comportement alimentaire.
La rupture avec son environnement, ce qui est le cas pour certains fans dont les proches n'adhèrent pas aux préceptes de Régénère.
La rupture avec la société et ses règles, que constitue notamment le refus des gestes barrières et de la vaccination. »

D’autres critères sous-tendent la suspicion sectaire, notamment les appels aux dons. Ceux-ci ont déjà permis à Thierry Casasnovas de récolter des dizaines de milliers d’euros.

www.adfiparisidf.fr

Elsa Abdoun