Usurpation d'identité

Quand l'autre devient moi

Publié le : 08/10/2009 

Le chiffre est loin d'être négligeable. À lire une étude conjointe Fellowes/Credoc (Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie), 4,2 % des personnes interrogées ont été victime ces 10 dernières années d'une usurpation d'identité. Pour les victimes commencent alors de longs mois (voire années) de galère. Il n'y a semble-t-il rien de plus compliqué que de prouver que l'on est bien soi-même quand, par exemple, des crédits ont été souscrits frauduleusement à son nom.

 

C'est un mal beaucoup plus répandu que l'on imagine. D'après une étude Fellowes/Credoc (Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie) 4,2 % des 2 000 personnes interrogées par téléphone disent avoir été victime d'une usurpation d'identité au cours des 10 dernières années. Si l'on rapporte ce chiffre à la population française, les auteurs assurent que chaque année, ce sont « plus de 210 000 cas d'usurpation d'identité qui sont ainsi recensés ».

Selon Christophe Naudin, chercheur en criminologie à l'université Paris II, ces détournements d'identité « sont en général l'oeuvre de réseaux organisés et ont comme motivation première l'argent ». Ainsi, en se cachant derrière l'identité d'un autre, l'escroc opère des débits de compte, obtient des prêts, perçoit des prestations sociales ou commet des infractions routières. Le préjudice moyen pour les victimes serait de l'ordre de 2 230 euros, un coût qui englobe le montant des détournements, des démarches administratives et des frais divers. Et sur ce total, près de 1 500 euros resteraient définitivement à leur charge.

Comment les fraudeurs arrivent-ils à recueillir les éléments d'identité d'autrui ? L'étude en est réduite à émettre des hypothèses (piratage informatique, vol de documents dans les poubelles, détournement de courrier...). « En effet, expliquent ses auteurs, la France ne possédant pas de législation particulière en la matière, police et justice appréhendent difficilement ce type d'affaire ». En clair, l'usurpation d'identité ne peut constituer en elle-même une infraction : elle dépend nécessairement d'une infraction principale (par exemple, vol, escroquerie...) qui, elle, donnera lieu à enquête.

Parcours du combattant

Pour les victimes, toute la difficulté consiste à prouver qu'elles sont bien... elles-mêmes, et que quelqu'un d'autre a utilisé frauduleusement leur identité. Un vrai parcours du combattant, comme le révèlent certains témoignages présentés dans cette étude. Celle-ci note d'ailleurs que « 31 % des victimes déclarent s'être senties complètement impuissantes » face au problème. Certaines indiquent même que les services de police ou la justice n'ont jamais voulu prendre leur plainte !

Il n'existe pas de réelles parades pour éliminer le risque. Mais quelques gestes simples permettent de le limiter : surveiller la bonne réception de ses factures courantes (EDF, téléphone...), examiner soigneusement ses relevés de comptes, détruire systématiquement ses reçus de carte de crédit et ses justificatifs de paiement, ne pas laisser son courrier à portée d'indiscrets, cocher la case : « Je refuse que mes données personnelles figurent dans le fichier de la société » lors d'achats sur Internet...

Arnaud de Blauwe

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