par Marie-Amandine Stévenin
par Marie-Amandine Stévenin
Le premier long métrage du réalisateur Anthony Déchaux, La Guerre des prix, nous révèle les coulisses peu reluisantes des négociations commerciales entre la grande distribution et ses fournisseurs. Lors de ces tractations annuelles menées sur trois mois et qui s’achèvent le 1er mars, les acheteurs utilisent des techniques redoutables pour extorquer les prix les plus bas quelles qu’en soient les conséquences. Implicitement, ce film est aussi la démonstration de l’échec flagrant des lois EGalim, qui n’ont pas su garantir un revenu agricole décent et encore moins protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. C’est à l’occasion de sa sortie en salle que l’UFC-Que Choisir organise avec ses Associations Locales des projections-débats partout en France, pour débattre avec les consommateurs et consommatrices sur la notion de juste prix.
Même si l’on a désormais de nombreux témoignages sur l’âpreté des négociations commerciales, j’ai été frappée par la performance des acteurs qui donne chair à ces tractations musclées et nous oblige à ouvrir les yeux sur leurs conséquences sociales et humaines parfois tragiques. Certes, les relations commerciales sont en théorie régulées depuis 2018 par au moins trois lois (excusez du peu !), censées garantir des prix rémunérateurs pour les agriculteurs et rééquilibrer les négociations face à la toute-puissance des distributeurs ou des industriels. Mais le film montre que huit ans plus tard rien n’a changé et, derrière cette façade réglementaire, persiste une mise sous pression permanente des fournisseurs motivée par la recherche de prix toujours plus bas. Dans cette guerre des prix, les premières victimes restent encore et toujours les agriculteurs qui subissent sans cesse et de manière continue une dévalorisation de leur travail et de leur rémunération.
J’invite les pouvoirs publics à se demander pourquoi l’empilement réglementaire d’EGalim n’a en réalité pas eu l’effet escompté. Ces lois ne sont pas nécessairement mal écrites ou lacunaires, la raison de ces échecs est en fait exposée dans une scène du film qui montre un lobbyiste d’une enseigne contrôlée par la Répression des Fraudes qui intervient en haut lieu pour que la sanction ordonnée se limite à une amende symbolique. Contrôles trop rares et sanctions dérisoires, voilà les véritables causes de l’échec d’EGalim. En un mot : l’absence de volonté politique à défendre le revenu agricole.
Et qu’en est-il du côté des consommateurs ? Depuis notre étude de 2019 (1) nous dénonçons l’hypocrisie du gouvernement et des acteurs économiques de la chaîne alimentaire qui prétendent qu’en octroyant à la grande distribution une confortable marge minimale de 10 % (SRP + 10) sur tous les produits alimentaires, le revenu agricole s’améliorerait alors qu’en réalité cela n’a eu pour effet que d’augmenter les prix payés par tous les consommateurs et notamment les plus modestes. Je tiens à rappeler que le SRP + 10 ne permet en aucun cas d’améliorer le revenu agricole, il doit donc être immédiatement supprimé ! Mais il est également nécessaire de garantir un prix juste c’est-à-dire rémunérateur pour les agriculteurs, et surtout transparent pour les consommatrices et consommateurs en contraignant la grande distribution à respecter les principes de la loi sur l’équilibre et la transparence des relations commerciales. Il est surtout temps de mettre en place un contrôle effectif des lois EGalim, avec des sanctions réellement dissuasives.
Le film, sorti en salles le 18 mars, est l’occasion pour l’UFC-Que Choisir de rappeler son opposition au SRP + 10 : en collaboration avec nos associations locales, sont organisées des rencontres pour permettre d’échanger avec le public sur l’importance d’une rémunération juste pour les agriculteurs, garantir la transparence sur les prix pour les consommateurs et évoquer les solutions qui existent. Déjà lancée à Poitiers, cette dynamique se poursuit à Cherbourg, Clermont-Ferrand et dans de nombreuses autres villes !
(1) Prix agricoles en berne et inflation en rayon, 2019 : https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-loi-alimentation-un-cheque-en-blanc-a-la-distribution-de-1-6-milliard-d-euros-n71555/?dl=50563
Marie-Amandine Stévenin
Présidente de l'UFC-Que Choisir
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