Climatisation Mercedes

Des modèles interdits

Publié le : 21/07/2013 

La Commission européenne soutient la France qui bloque les immatriculations de certaines Mercedes enfreignant le règlement européen sur le fluide de circuit de climatisation. Explications.

 

 

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Suite au non-respect d’une réglementation européenne, Mercedes se voit dans l’impossibilité d’immatriculer ses Classe A, Classe B, Classe CLA et Classe SL en France. La Commission européenne vient en effet de confirmer l’interdiction faite par la France à Mercedes de commercialiser ces voitures dans l’Hexagone.

Début juillet, les autorités françaises ont en effet interdit l’immatriculation1 de ces nouveaux modèles du constructeur allemand car ils utilisent un gaz réfrigérant non conforme à la norme en vigueur. En effet, depuis 20132, le R134a, gaz réfrigérant actuellement utilisé, doit être remplacé par un autre plus « propre ». C’est le HFO1234yf qui doit être utilisé sur les nouveaux véhicules homologués en attentant l’échéance du 1er janvier 2017, où tous les systèmes de climatisation devront utiliser un fluide ayant moins d’impact sur le réchauffement climatique3.

Pourquoi donc Mercedes ne veut-il pas se plier à cette obligation ? Le groupe Daimler exposait ses raisons fin 2012, dans un communiqué où il mettait en avant le caractère potentiellement dangereux de ce nouveau gaz et son risque d’inflammabilité en cas de dispersion sous le capot lors d’un accident quand le moteur est très chaud : « En raison des conclusions de notre étude et des hauts critères de sécurité exigés par Mercedes-Benz, ce produit ne sera pas utilisé dans nos véhicules. L’entreprise souhaiterait pouvoir continuer à utiliser le réfrigérant R134a à la place. »

Pourtant, ce gaz a passé toutes les étapes d’homologation. L’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA) assurait en 2012 que « les véhicules utilisant du HFO1234yf sont aussi sûrs que ceux utilisant le précédent réfrigérant, que ce soit pour les occupants ou les services d’urgence ». Le gaz HFO1234yf a également été approuvé par l’association SAE International, un organisme mondial regroupant des ingénieurs et experts techniques dans les industries de l’automobile, de l’aérospatial et des véhicules commerciaux.

Une étape avant le CO2

En outre, le HFO1234yf ne devrait être qu’une étape et devrait lui aussi disparaître à terme. En effet, c’est le dioxyde de carbone (CO2) qui devrait s’imposer dans tous les circuits de climatisation automobile à l’échéance de 2017. Mercedes travaille sur cette solution encore plus respectueuse de l’environnement selon un communiqué du groupe : « Daimler a choisi de développer des systèmes de climatisation au CO2. Cette solution est aujourd’hui considérée comme la plus prometteuse, car elle est à la fois sûre et plus respectueuse du climat ».

Mais l’utilisation du CO2 impose de modifier en profondeur le circuit de climatisation, ce qui représente un surcoût de production estimé à 30 %. D’où la mise sur le marché d’un gaz « de transition » utilisable dans les systèmes actuels moyennant de légères adaptations, beaucoup moins coûteuses. Mais, se réfugiant derrière ses tests, Mercedes n’a pas voulu mettre la main à la poche pour adapter ses véhicules au gaz HFO1234yf. Un calcul qui, aujourd’hui, ne semble pas très rentable pour le constructeur, devenu pour un temps persona non grata en France. Et cela risque de faire des émules en Europe, puisque Bruxelles, confirmant l’arrêté français, a tiré les oreilles à l’Allemagne qui a autorisé la mise sur le marché de ces véhicules.

L’injonction faite au groupe Daimler d’équiper tous ses nouveaux modèles du nouveau gaz réfrigérant est en effet accompagnée d’une menace de procédure d’infraction contre l’Allemagne, qui doit expliquer pourquoi les autorités compétentes ont donné l’autorisation de les commercialiser. D’autres pays européens pourraient suivre le même chemin que Paris.

 

1. Dans un communiqué du 8 juillet, Mercedes s’engage à proposer une solution de mobilité gratuite pour chaque client en attendant l’issue du contentieux.

2. Initialement prévue au 1er janvier 2011, l’obligation de modifier le fluide frigorigène dans les circuits de climatisation a été repoussée au 1er janvier 2013 en raison de difficultés liées à l’approvisionnement du nouveau fluide.

3. Le gaz devra afficher un potentiel de réchauffement planétaire (PRP) inférieur à 150. Le R134a possède un PRP de 1 400, le HFO1234yf de 4 et le CO2 de 1.

Yves Martin