par Elsa Abdoun
par Elsa Abdoun
Aussi appelée « eau de bouleau », la sève de l’arbre à tronc blanc arrive en ce moment en magasins bios et pharmacies. Vendue jusqu’à 30 € le litre et parée de toutes les vertus, cette boisson est loin d’avoir démontré son intérêt pour la santé.
À l’approche du printemps, les journées rallongent, le fond de l’air se réchauffe, les oiseaux chantent… et les offres de cures d’eau de bouleau font leur retour aux caisses des magasins bios et pharmacies. C’est en effet à cette période que, durant quelques semaines, la sève se remet à circuler dans les arbres, permettant de récolter, par un simple trou percé dans les troncs, une partie de ce précieux liquide.
Du moins en ce qui concerne le bouleau, dont la sève demeure suffisamment liquide et abondante pour y parvenir. Cette dernière sera vendue, fraîche, autour de 10 €/l (mais son prix peut atteindre 30 €/l sur certains sites !). Cela malgré un goût bien difficile à distinguer de celui de l’eau…
La recette pour vendre un produit au goût quasi inexistant à un prix aussi élevé ? Lui attribuer un maximum de bienfaits pour la santé ! Si l’on en croit de nombreux magazines féminins et sites de vente en ligne, la sève de bouleau en regorge : drainante, détoxifiante, énergisante, purifiante, reminéralisante, tonifiante, régénérante, anti-inflammatoire, elle soigne l’eczéma, l’acné, les troubles urinaires, les rhumatismes, la cellulite, les problèmes digestifs, les changements d’humeur, la baisse de tonus, l’hypertension et les articulations, aiderait à perdre du poids, soutiendrait le système immunitaire, préviendrait l’apparition des rides… et purifierait le sang. Rien de moins.

Alors, y a-t-il du vrai dans tout ça ? Interrogés sur la question, les fondateurs de l’entreprise La Sève française reconnaissent qu’il manque, « à date, des essais cliniques démontrant un effet spécifique sur la santé humaine ». Pawel Staniszewski, chercheur spécialiste de sylviculture à l’Université des sciences de la vie de Varsovie, qui a publié une étude sur le sujet et travaille avec des producteurs de sève de bouleau, insiste cependant sur le fait que « cette boisson contient nombre de vitamines et minéraux ».
Certains oligo-éléments, comme le zinc et le cuivre, peuvent effectivement se trouver dans la sève de bouleau en petite quantité. Cependant, une étude publiée en 2016 a révélé que la teneur variait très fortement selon les échantillons, et s’avérait parfois nulle. De plus, une alimentation équilibrée permet d’obtenir des apports parfaitement suffisants en ces oligo-éléments.
Si l’on en croit les dernières données publiées à ce sujet par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), rares sont les Français à risque d’en manquer. Enfin, si l’on tient absolument à s’assurer les apports les plus élevés possible, il sera moins onéreux de croquer chaque jour quelques amandes, qui en regorgent et apportent, elles, des bénéfices pour la santé clairement démontrés.
La sève de bouleau s’avère par ailleurs une source importante de manganèse. Mais là encore, aucun risque de déficit en ce minéral n’a été identifié, en France, par les experts de l’Anses. Et, en parallèle, des limites de sécurité ont été fixées à l’ingestion de manganèse, pour éviter tout risque d’excès délétère pour la santé (neurotoxicité, notamment).
Boire un litre de sève de bouleau peut suffire à dépasser la dose quotidienne considérée comme sûre par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). À consommer avec modération, donc… d’autant plus que l’apport de la sève de bouleau vient s’ajouter à celui de tous les autres aliments que nous consommons chaque jour.
Citons, enfin, l’étude publiée par Pawel Staniszewski en 2020, qui révélait que la sève de bouleau pouvait aussi être contaminée par différents métaux lourds délétères pour la santé, tels que le plomb, le nickel ou encore le cadmium. Si le folklore d’une boisson récoltée une fois par an au cœur des forêts, semble-t-il « depuis des millénaires », peut exercer un certain charme, il ne faudrait pas conclure trop vite que cette pratique, parce qu’elle serait « ancestrale » et « naturelle », est forcément bénéfique pour la santé.
Elsa Abdoun
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