Écoles de ski

Il n’y a pas que l’ESF

Publié le : 12/02/2012 

Les adeptes des sports d’hiver les connaissent bien : ils sont tout de rouge vêtus et sont suivis sur les pistes par une ribambelle d’enfants, ce sont bien sûr les moniteurs de l’ESF, l’École du ski français, et les fameuses étoiles qu’elle délivre à l’issue des tests. Mais pour apprendre le ski, d’autres pistes sont possibles. Le point sur un marché ouvert à la concurrence.

 

L’enseignement du ski ou du snowboard est-il entre les mains exclusives de l’ESF, l’École du ski français ?

Non, il n’y pas de monopole. Les habitués des sports d’hiver l’ignorent souvent mais comme les autres secteurs d’activité, l’enseignement du ski – ou du snowboard – est un secteur ouvert à la concurrence. Cela étant, il est vrai que les pulls rouges de l’ESF dominent l’activité. Créées en 1937, les ESF sont une émanation du Syndicat national des moniteurs de ski français, le SNMSF. Dans les années 70, des moniteurs ont cependant fait sécession en créant le Syndicat international des moniteurs de ski, le SIMS. Ils ont d’abord visé la clientèle étrangère, de plus en plus importante dans les stations françaises, ce qui a abouti à la création de l’ESI, l’École du ski internationale. Elle s’est petit à petit ouverte à la clientèle nationale. Aujourd’hui, le match que se livre les deux organisations reste encore déséquilibré : l’ESF gère 220 écoles et 17 000 moniteurs pour 2,2 millions d’élèves par an. Alors que côté ESI, ce sont 95 écoles pour 2 000 moniteurs et 500 000 élèves par an. À noter que les ESI se « vendent » souvent sous des noms commerciaux différents selon la station. Par exemple, Magic Méribel à Méribel, Arcs Aventures aux Arcs ou encore ESI Oxygène à La Plagne.

Dans l’enseignement dispensé, existe-t-il de grosses différences entre les ESF et les écoles regroupées sous l’appellation ESI ?

En fait, entre les deux écoles, il y a davantage de points communs que de points de divergence ! Dans les ESF comme dans les ESI, les moniteurs gardent leur statut de travailleurs indépendants. Ensuite, et il est important de le souligner, pour enseigner le ski, ils doivent tous obtenir un diplôme d’État délivré par l’École nationale de ski et d’alpinisme (Ensa) installée à Chamonix. Enfin, les ESF comme les ESI proposent des cours collectifs ou particuliers pour enfants et adultes. Pour essayer de se distinguer les unes des autres, les ESI et les ESF essayent évidemment de mettre en avant des spécificités pédagogiques. Mais, en réalité, force est de reconnaître que les techniques d’enseignement du ski ou du snowboard sont similaires dans les deux structures. Il existe tout de même quelques petites différences. Ainsi, le prix des cours collectifs varie de 10 à 15 € de l’heure dans les ESI et de 10 à 25 € dans les ESF. Pour les cours particuliers, cela va de 45 à 70 € pour les ESI et de 35 à 90 € dans les ESF. Autre distinction, les récompenses données à l’issue des tests. À l’ESF, ce sont les célèbres étoiles, alors que l’ESI a choisi de remettre des médailles dites de cristal. Notons au passage que si l’insigne est offert dans les ESI, il est payant dans les ESF !

Sur le terrain, comment se passe cette cohabitation ? Les ESF cherchent-elles à freiner l’essor des ESI ?

Si l’on en croit les ESI, la réponse est oui ! Elles accusent les ESF d’être privilégiées, de bénéficier des meilleurs emplacements dans les stations pour leur guichet d’accueil et les points de rassemblement des élèves. Résultat, quelques belles glissades qui se terminent devant les tribunaux ! Il y a plusieurs années, les écoles alternatives ont dû engager des procédures pour obtenir le droit d’utiliser les couloirs réservées aux ESF pour accéder aux remontées mécaniques. Et pas plus tard que le 30 janvier 2012, la cour d’appel de Grenoble a eu à se prononcer sur la loyauté de la concurrence dans ce secteur de l’enseignement du ski. La justice avait été saisie par l’ESI qui reprochait à l’ESF d’utiliser les trois couleurs nationales, bleu-blanc-rouge, et l’adjectif « français » dans son appellation. Autant d’éléments qui peuvent laisser à penser que l’ESF est l’école officielle et publique du ski, ce qui n’est donc pas le cas. La cour d’appel de Grenoble a toutefois confirmé le jugement rendu en première instance : elle a considéré que les ESF pouvaient continuer d’utiliser les trois couleurs et le terme français. Tout juste a-t-elle exigé qu’elles n’emploient plus le terme « officiel » quand elles parlent des tests qu’elles font passer à leurs élèves, autrement dit les fameuses étoiles !

Arnaud de Blauwe

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