Groupama

Assurances-vie incompréhensibles

Publié le : 04/03/2011 

L’assureur doit composer aujourd’hui avec la colère de souscripteurs qui pensaient avoir investi il y a 8 ans dans des fonds à capital prétendument garanti, mais dont les subtilités échappaient au profane. Ce qui ne l’empêche pas de récidiver.

 

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Ils s’appelaient « Valorisation » et « Horizon 8 ». Groupama les a commercialisés entre 2000 et 2002 avec la perspective d’un rendement tout à fait intéressant si la conjoncture était bonne, et la promesse formelle d’un capital garanti à échéance de 8 ou 10 ans en cas de météo boursière moins clémente. C’est du moins ce qu’avaient cru comprendre des souscripteurs trop pressés pour lire les clauses en petits caractères détaillant le fonctionnement de leur placement. Aujourd’hui, ils sont nombreux à récupérer 3 000 à 4 000 euros là où ils en avaient placé 4 000 à 5 000. Certains envisagent des actions en justice. Leur colère vient principalement de l’impression d’avoir été grugés. À aucun moment, on ne leur a donné une vision claire des risques. Pour cela, il aurait fallu leur détailler le fonctionnement de ce qu’on appelle des « instruments financiers complexes ». Contrairement à un livret ou un compte épargne logement, le rendement de ces instruments n’est pas assis sur un taux unique immédiatement compréhensible, mais sur une formule de calcul faisant intervenir plusieurs paramètres boursiers.

Sur fond de déprime générale des marchés, ces produits complexes ont le vent en poupe. Leur complexité donne des ailes au marketing. Alors que le CAC40 se traîne (il est à peine supérieur aujourd’hui à son niveau de mars 2010), le placement « X », savant alliage d’actions japonaises et américaines, affiche un rendement garanti de 80 % en 8 ans ! Sauf dans le cas – toujours présenté comme très improbable… – où le yen décrocherait de plus de 40 % pendant plus de cinq séances par rapport à sa valeur moyenne constatée au premier semestre de l’année en cours. Les calculs de probabilité d’un tel événement échappent bien évidemment au profane, mais aussi aux conseillers clientèle des banques et des assurances. La preuve : de nombreux salariés de Groupama avait souscrit à « Valorisation » et « Horizon 8 ».

« Contenu clair, exact et non trompeur »

En octobre 2010, l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) a émis une recommandation1. Rédigée après consultation des professionnels de la finance, elle appelle les émetteurs à un peu de retenue dans la vente aux particuliers de produits complexes. Ces derniers doivent faire l’objet d’une information au « contenu clair, exact et non trompeur ». Plus généralement, l’ACP insiste fortement sur la nécessité de concevoir des formules compréhensibles (voir notre article).

Cela n’a visiblement pas empêché Groupama de récidiver. Le groupe commercialise en ce moment et jusqu’au 2 avril un placement appelé « Objectif zen 8 ans », à capital garanti, avec un rendement minimum de 12 % sur 8 ans, à échéance 2019.

Comment ? Tout simplement grâce au « sous-jacent de l’indice Y€S », dont « l’exposition effective est déterminée en calculant d’abord l’exposition théorique à laquelle un facteur de modulation est appliqué ». L’exposition théorique, chacun l’aura deviné, « est calculée comme le ratio entre la volatilité cible de 10 % et la volatilité réalisée par la sélection d’OPCVM actions calculée sur les 50 derniers jours […], ajustée par un facteur de modulation compris entre 0,8 et 1 de façon que la volatilité réalisée de l’indice Y€S soit toujours proche de la volatilité cible de 10 % ». Et ainsi de suite sur plus de vingt lignes.

Suggérer que les subtilités de l’indice Y€S échappent à l’immense majorité des conseillers de Groupama n’est pas leur faire offense. Pour la plupart, ils sont sans doute incapables de dire si les perspectives de rendement du produit sont bonnes ou mauvaises. Une seule chose est claire : la garantie du capital, comme souvent, est fictive. Elle ne tient pas compte des frais de gestion, non négligeables sur 8 ans, et elle saute si le souscripteur veut retirer son argent avant l’échéance.

Conclusion, Groupama n’a pas complètement tiré les leçons de « Valorisation » et « Horizon 8 ». À moins que les experts du groupe n’aient calculé qu’il était plus rentable de dédommager quelques mécontents tous les 10 ans que de renoncer aux charmes des produits complexes.

1. Pour trouver cette recommandation, tapez « 2010-R-01 » sur http://moteur.banque-france.fr/

Erwan Seznec