Recyclage des déchets

Constats partagés, solutions inappliquées

Publié le : 17/02/2016 

Alors que le paquet « économie circulaire » adopté par la Commission européenne en 2015 dispose de mesures destinées à réduire la production de déchets, il est temps que la France parvienne à mettre en place les mesures qui permettront de recycler sans gaspiller… Il y a encore du travail ! La publication du rapport annuel 2016 de la Cour des comptes est venue à nouveau souligner l’organisation lacunaire du tri et du recyclage des déchets en France.

En première ligne des manquements soulignés se trouve le faible rendement des filières à responsabilité élargies du producteur (REP), chargées de prendre en charge, notamment financièrement, la collecte sélective puis le recyclage des déchets issus de leurs produits. Celles-ci n’atteignent que trop rarement leurs objectifs. Selon le rapport de la Cour des comptes, une seule des huit filières REP analysées a atteint les objectifs de collecte et de recyclage fixés par les pouvoirs publics. La faiblesse des contrôles et des sanctions explique en grande partie le peu d’entrain de certaines filières à atteindre leurs objectifs. Je ne peux que partager le constat de la Cour des comptes, ce qui ne m’empêche pas de rester sceptique sur les solutions que celle-ci propose. Alors que la création d’une véritable autorité indépendante consacrée à la régulation des REP demeure la voie à privilégier, les magistrats de la rue Cambon appellent eux à une simple rationalisation du nombre des REP ; une mesure peu proportionnée à l’enjeu que représente le bon fonctionnement de ces structures.

Ne l’oublions pas, le succès du recyclage doit passer par une information claire et concise des consommateurs. Or, le rapport souligne la mauvaise qualité de la communication des Eco-organismes qui semble souvent plus tournée vers l’autopromotion que vers la clarté des messages. La myriade de logos tri et plus particulièrement le « point vert » demeurent source de confusion pour les consommateurs, comme le prouve ce chiffre : 59% des français pensent à tort que ce « point vert » signifie « recyclable ». Enfin, plus grave encore que le manque de clarté du message, son absence. Une étude de l’UFC-Que Choisir de 2015 avait notamment révélé que 40% des produits analysés n’affichaient pas de pictogramme sur les modalités pratiques de tri. C’est pourquoi, l’UFC-Que Choisir réclame que ces informations basiques et indispensables bénéficient d’une signalétique unifiée en deux composantes : l’une permettant au consommateur d’identifier le niveau de recyclage, l’autre d’expliquer les consignes de tri du produit.

Alors que chaque année plus d’un milliard d’euros sont versés aux éco-organismes par les consommateurs, je m’inquiète de la réalité de la prise de conscience… . En effet, les conclusions de ce rapport rejoignent celles qui avaient été celles de l’UFC-Que Choisir il y a moins d’un an. J’ose espérer cette fois que les informations contenues dans ce rapport ne seront pas simplement recyclées dans une prochaine étude préconisant les mêmes recommandations, mais bien que ces alertes permettent d’initier de réelles réformes concrètes et ambitieuses.

Alain Bazot

Président de l'UFC - Que Choisir