par Elsa Casalegno
par Elsa Casalegno
Packagings en cellulose ou en plastique recyclé s’avèrent potentiellement néfastes sur le plan de la santé, à cause des matériaux qu’ils contiennent.
Près de 20 % des plastiques utilisés en France sont des emballages jetables d’aliments. Face à leur impact, il est impératif de réduire leur emploi, en leur substituant d’autres matériaux ou en les recyclant. À condition que le remède ne soit pas pire que le mal…
Des contenants jetables à base de cellulose se sont progressivement substitués aux barquettes en plastique jetables dans le secteur de la vente à emporter. Leurs faces intérieures sont recouvertes d’un film plastique assurant l’étanchéité. Mais quid de leur innocuité ? Il y a de quoi s’inquiéter, si l’on en croit les résultats du programme de recherche ANR PolySafe (1), lancé en 2023 dans la perspective de l’interdiction des contenants plastiques en restauration collective (effective depuis janvier 2025), imposée par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec). Il s’agissait d’évaluer les potentielles perturbations hormonales liées aux différentes solutions de remplacement aux récipients en polypropylène utilisés jusqu’alors : contenants en acier inoxydable, en verre ou à base de cellulose, jetable et léger. Des tests ont été menés sur des têtards et des larves de poissons. Il en ressort que « les contenants en cellulose présentent des effets biologiques notables du fait du film plastique, davantage que le polypropylène, tandis que l’inox et le verre apparaissent comme des matériaux inertes vis-à-vis du système endocrinien », décrypte Jean-Baptiste Fini, chercheur au Museum national d’histoire naturelle (MNHN), coordinateur de PolySafe.
Malgré des alertes de ce type, « il n’existe pas de test obligatoire pour évaluer les effets sur le système endocrinien des molécules migrant du contenant vers le contenu », souligne-t-il. Il y aurait pourtant fort à faire car, « sur plus de 16 000 substances répertoriées en tant que matériaux au contact alimentaire, plusieurs centaines se trouvent dans la liste des 906 perturbateurs endocriniens potentiels répertoriés par l’Anses. Nous ingérons tous les jours des substances dont on ne connaît pas les conséquences à long terme. » Autre mesure issue de la loi Agec : l’incorporation obligatoire de plastiques en PET recyclé (rPET) dans les packagings en PET. Depuis le 1er janvier 2025, les bouteilles de boissons doivent en incorporer 25 %. Et d’ici 2040, les autres emballages alimentaires seront aussi concernés, pour des teneurs allant jusqu’à 65 %. Seuls des PET précédemment mis en œuvre pour un usage alimentaire peuvent être réutilisés ici, afin justement de garantir l’absence de substances proscrites au contact des denrées.
Hélas, les rPET, outre qu’ils entretiennent notre addiction au plastique, ont tendance, lors du processus de recyclage, à concentrer les contaminants (additifs, métaux lourds, etc.). « Il y a de gros problèmes de contamination, car le stock de plastique recyclé n’est jamais pur, confirme Étienne Cabane, du Food Packaging Forum. L’usage des contenants a pu être détourné pour contenir des substances diverses, ou avoir absorbé d’autres produits chimiques. On trouve aussi beaucoup d’encres. Au bout du compte, il y a encore plus de produits chimiques dans les plastiques et papiers recyclés ! L’obligation d’en incorporer 30 à 40 % dans les plastiques va devenir un problème. »
En effet, la pénurie en rPET guette, faisant flamber leurs prix et favorisant les fraudes, avec l’ajout illégal de plastiques non alimentaires. Sans compter qu’ils voyagent d’un bout à l’autre de la planète, ce qui rend leur traçabilité illusoire…
(1) Projet associant notamment le MNHN, l’Inserm, l’Inrae et le CNRS.
Elsa Casalegno
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