Radio et DAB + De l’analogique au numérique

Radio et DAB +

De l’analogique au numérique

Publié le : 31/05/2021 

Comme la photo ou la télévision avant elle, la radio hertzienne passe au numérique. Le déploiement de la technologie DAB + (Digital Audio Broadcasting), déjà achevé dans plusieurs pays européens, s’accélérera dès cet été avec le démarrage de 25 stations nationales. À la clé, plus de programmes, une recherche des stations simplifiée et la fin des grésillements. Décryptage alors que commence aujourd’hui la première édition de la Fête de la radio.

 

Sept ans après son lancement officiel en juin 2014, la radio numérique s’apprête à passer à la vitesse supérieure. Le 15 juillet 2021, les émetteurs seront en place pour couvrir l’axe Paris-Lyon-Marseille et les 25 stations retenues (1) pour occuper les fréquences nationales ouvriront leurs micros. Parallèlement, les déploiements régionaux et locaux se poursuivent. Aujourd’hui, 30 % de la population est couverte par la radio numérique terrestre et 40 % le sera fin 2023 (voir encadré). Il était temps. La France est en retard, très en retard. En Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, la couverture est quasiment totale. La Norvège a même déjà éteint le signal FM, et la Suisse l’a programmé à 2023.

Le DAB + dans tous les postes

Nos voisins européens écoutent déjà massivement la radio en DAB + (Digital Audio Broadcasting, le « + » fait référence à une évolution de la norme). Cette technologie est à la radio ce que la TNT fut à la télévision. Il s’agit toujours d’un signal hertzien, mais la transmission est numérique et non plus analogique (comme pour la FM). Notez que la radio numérique, vous la connaissez déjà : lorsque vous écoutez la radio depuis le site web de la station ou depuis une application mobile sur smartphone, le signal est bien sûr numérique. Mais dans ce cas, il passe par Internet, non par les ondes hertziennes. Ce qui rend d’ailleurs les auditeurs et les stations tributaires d’un fournisseur d’accès et revient à rendre la radio payante, puisqu’il faut un abonnement pour se connecter.

Pour écouter la radio en DAB +, il suffit de disposer d’un poste de radio compatible. Depuis décembre 2020, tous les postes commercialisés doivent obligatoirement l’être. On trouve des modèles entre 30 € et 350 €. Certains permettent en plus d’écouter les stations diffusées sur Internet via une connexion wi-fi. Tous sont encore compatibles avec la FM. Depuis le début de l’année, toutes les voitures neuves doivent aussi sortir des usines avec un poste compatible DAB +.

> Tous nos conseils pour bien choisir votre poste radio DAB +

Des radios plus nombreuses, sans grésillement

Pour les auditeurs, le DAB + offre plusieurs avantages. Oubliez le souffle ou le bruit de fond quand la réception est mauvaise ou que le temps se couvre : en numérique DAB +, la radio est moins sensible aux aléas météorologiques. Terminé, le tâtonnement avec la molette, la recherche de station se fait par nom, par ordre alphabétique. En voiture ou dans le train, il n’est plus nécessaire de changer de fréquence quand vous changez de région, l’écoute est continue. Le DAB + permet aussi d’enrichir le flux audio d’informations complémentaires comme le nom de l’artiste, la pochette de l’album, voire dates de concert ou liens Internet… Ces données s’affichent sur l’écran de votre poste.

Enfin, la radio numérique ouvre l’antenne à des dizaines de nouvelles stations : schématiquement, 13 radios DAB + occupent le même espace hertzien qu’une seule radio FM ! En France métropolitaine, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel, lire aussi encadré) a déjà autorisé 356 stations à émettre en numérique. Les grandes radios (France Inter, France Culture, NRJ, Europe 1, Chérie FM, etc.), mais aussi des radios thématiques (Radio Pitchoun pour les enfants, Swigg pour le hip-hop…), locales, régionales (Radio Lenga d’Oc à Montpellier, RCF Lorraine à Nancy…), associatives, commerciales, et pourquoi pas temporaires, pour un salon ou un événement sportif.

Calendrier de déploiement du DAB + en France

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En 2021, la couverture DAB + s’étendra à :

  • Avignon ;
  • Dijon ;
  • Toulon (été) ;
  • puis à Annecy ;
  • Annemasse ;
  • Chambéry ;
  • Grenoble ;
  • et Saint-Étienne (2e semestre).

Le 15 juillet, les 25 radios sélectionnées pour les fréquences nationales DAB + commenceront à émettre sur l’axe Paris-Lyon-Marseille.

En 2022, ce sera au tour :

  • d’Orléans ;
  • Poitiers ;
  • Tours ;
  • Bayonne ;
  • Besançon ;
  • La Rochelle ;
  • Pau ;
  • puis Amiens, Metz, Nancy, Reims et Troyes ;
  • puis Angers, Caen et Le Mans ;
  • puis Brest et Rennes ;
  • puis Montpellier, Nîmes et Perpignan ;
  • et enfin Clermont-Ferrand et Limoges.

Entretien avec Hervé Godechot, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA)

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QC. Comment expliquer le retard de la France sur l’Allemagne, le Danemark, le Royaume-Uni, la Norvège ou la Suisse, où près de 100 % de la population reçoit la radio numérique ?

Hervé Godechot. 30 % de la population française est couverte, ce taux montera à 40 % en 2023. Nous avons certes du retard mais nous sommes en train de le rattraper ; et il est compliqué de comparer la France à des pays qui n’ont pas la même densité de population. La diffusion numérique exige de lourds investissements pour les radios, elles ont besoin d’entrevoir une rentabilité et c’est normal. Le déploiement va s’accélérer à partir de juillet 2021, date choisie pour le démarrage officiel du DAB+ métropolitain.

QC. Le DAB+ permet de multiplier le nombre de stations de radio, les places sont néanmoins limitées, notamment dans les grandes villes. Comment le CSA sélectionne-t-il les candidats ?

HG. Comme pour la FM, le rôle du CSA est de distribuer la ressource radio hertzienne pour garantir aux auditeurs une offre globale diversifiée tout en respectant les grands équilibres entre local et national, entre les stations généralistes et les chaînes thématiques, entre l’info et le divertissement, etc. Ainsi, parmi les 25 stations retenues pour émettre sur tout le territoire, Air Zen, consacrée au mieux-être, côtoiera Europe 1, BFM Business ou Rire et Chansons.

QC. Pourquoi déployer le DAB+ alors que les consommateurs peuvent déjà écouter la radio numérique sur Internet, en passant par le site des radios ou leur appli sur smartphone ?

HG. Les 3/4 des français écoutent la radio… depuis un poste de radio. L’écoute sur Internet est secondaire et elle doit le rester car elle place entre la station et l’auditeur un opérateur, qui fournit la connexion en échange d’un abonnement payant. Le DAB+ garantit la gratuité de l’écoute en qualité numérique. La clé, pour une radio souveraine, est de préserver un mix des modes de diffusion : FM, DAB+, Internet.

QC. La bande FM ne disparaîtra donc pas avec la généralisation du DAB+ ?

HG. Non, en tout cas pas dans l’immédiat. Ce sont les usages qui décideront de l’avenir de la bande FM. Si les auditeurs adoptent le DAB+ et la délaissent, alors elle s’éteindra d’elle-même.

QC. En 1921, la Tour Eiffel accueillait les premiers tests d’émission radiophonique et en 1981, François Mitterrand libérait la bande FM de son monopole d’ État. 2021 est une année symbolique dans l’histoire de la radio, a-t-elle été sciemment choisie pour accélérer le DAB+ ?

HG. Pas vraiment, mais ces anniversaires coïncident avec une année d’accélération du déploiement du DAB+. Nous allons d’ailleurs célébrer la radio dans le cadre d’un événement national, la « Fête de la radio », qui se déroulera à compter du 31 mai 2021. Ce sera l’occasion de parler de la radio, de son histoire, de ses évolutions et de la nouvelle étape importante qu’elle franchit aujourd’hui en passant au numérique à plus grande échelle.

(1) 25 radios nationales : Air Zen, BFM Business, BFM Radio, Chérie FM, Europe 1, FIP, France Culture, France Info, France Inter, France Musique, Fun Radio, Latina, Mouv’, M Radio, Nostalgie, NRJ, Radio Classique, Rire et Chansons, RFM, RMC, RTL, RTL 2, Skyrock, Skyrock Klassiks et Virgin Radio. D’abord lancées sur l’axe Paris-Lyon-Marseille, elles couvriront à terme le territoire métropolitain, en particulier l’ensemble des grands axes routiers, avec un son de qualité numérique et une fluidité d’écoute en mobilité.

Camille Gruhier