Profits extraordinaires de Total

Une taxe exceptionnelle pour développer les transports collectifs !

Publié le : 15/02/2006 

L'UFC-Que Choisir appelle les parlementaires à voter l'instauration d'une taxe exceptionnelle de 5 milliards d'euros sur les bénéfices des groupes pétroliers déclarés en France. Cette mesure pragmatique viendra rétablir le déséquilibre scandaleux de la politique énergétique du gouvernement : d'un côté les consommateurs font face à une surinflation du prix de l'essence (+ 25% en deux ans) et, d'un autre côté, les compagnies pétrolières engrangent des profits astronomiques qui servent essentiellement à rémunérer leurs actionnaires.

L'UFC-Que Choisir a calculé que, relativement à une rentabilité de référence de 15 %, les surprofits de Total atteignent 4 milliards d'euros en 2004 et 7 milliards en 2005. En effet, les groupes pétroliers alignent leurs marges amont et aval sur le niveau du cours du baril brut. Dès lors, la flambée du pétrole entraîne mécaniquement une explosion des profits.

L'UFC-Que Choisir constate que cette explosion des profits de Total échappe à toute rationalité :

- Les profits de Total ne vont pas aux investissements pour la sécurité énergétique de demain : dans le secteur pétrolier, le groupe est le champion des versements de dividendes, qui ont augmenté de 64 % entre 2000 et 2004, et du rachat d'action, qui engage 3 milliards d'euros par an. Pour ces deux opérations, Total dépense plus de 7 milliards d'euros en 2004, soit un montant équivalent à ses investissements corporels et incorporels (7 milliards en 2004, 8 milliards en 2005).

- Total ne sait plus quoi faire de son argent et a donc massivement recours à la technique financière la plus artificielle qui soit : le rachat d'action pour soutenir le titre. Le Président de Total explique très bien « qu'avec des prix du pétrole élevés, la capacité d'autofinancement du Groupe est importante et peut excéder les montants susceptibles d'être engagés dans des projets de bonne qualité. Nous utilisons alors une partie de ces excédents pour effectuer des rachats d'actions ».

- L'engagement de Total dans les énergies renouvelables est évanescent : la seule donnée sérieuse communiquée par le groupe indique que, d'ici 2010, l'entreprise va dépenser une centaine de millions d'euros par an pour la recherche dans ce domaine, soit 1 % de ses profits ! Les consommateurs sont donc maintenus dans une dépendance au pétrole qui est très préjudiciable pour leur pouvoir d'achat et qui contrevient aux objectifs de développement durable.

L'UFC-Que Choisir souscrit aux propos du ministre des Finances britannique qui a justifié sa récente décision de doubler la taxe sur les profits pétroliers de la mer du Nord en expliquant « que la balance doit être rééquilibrée entre les consommateurs qui payent pour l'essence ou le chauffage et les producteurs [pétroliers] ».

L'UFC-Que Choisir propose que le produit de cette taxe exceptionnelle de 5 milliards d'euros soit utilisé pour financer le transport collectif de proximité. Cette affectation permettrait notamment d'accroître de 25 % par an pendant cinq ans l'investissement dans le réseau de transport en commun.

L'impact de la hausse du prix de l'essence sur les consommateurs

Un impact sur la consommation des ménages

En décembre 2005, l'INSEE a étudié les conséquences de la hausse du prix du pétrole sur le pouvoir d'achat des ménages (1). L'INSEE remarque tout d'abord que la consommation des ménages réagit assez faiblement à la hausse du prix de l'énergie. Dans la mesure où il s'agit d'un produit de grande nécessité (transport, chauffage), la consommation est assez incompressible : une hausse de 10 % du prix de l'énergie génère une baisse de 1 à 1,5% de la consommation.

Dès lors, l'INSEE constate que le renchérissement du pétrole entraîne une contrainte financière sur les autres postes de consommation : « les consommateurs sont amenés à diminuer la valeur (et donc le volume, à prix inchangés) de leurs achats en d'autres produits pour faire face au renchérissement de leur budget énergétique ».

Un surcoût moyen de 200 euros par ménage en 2005

Le tableau ci dessous détaille les dépenses des ménages liées au pétrole (carburants pour le transport, combustibles pour le chauffage). Il apparaît que les dépenses des ménages ont augmenté de façon assez relative (+15 %) parce que l'année 2000 représentait déjà un pic des prix du pétrole. L'habitat individuel est plus concerné que l'habitat collectif car, en plus du carburant, il engage plus de 90 % des dépenses de fuel domestique.

L'information la plus importante concerne le surcoût de la facture qui pèse sur les ménages. Ce surcoût mesure l'impact de la hausse du prix du pétrole sur le pouvoir d'achat. Dans sa note de conjoncture, l'INSEE calcule que le surcoût représente 200 euros pour chaque ménage sur l'année 2005, ce qui est très significatif.

Sachant que le nombre de ménages se portait à près de 24 millions lors du recensement 1999, cela signifie que le surcoût supporté par les ménages français en 2005 est proche de 5 milliards d'euros.

Dépense en combustibles et carburants des ménages

Dépenses annuelles en 2000

Dépenses annuelles en 2004

Surcoût en 2005 par ménage

Individuel

1 490,20

1 713,70

248

Collectif

804,60

925,30

134

Ensemble

1 187

1 365

198

Source : d'après INSEE 2005

"Un choc pétrolier assourdi", INSEE, note de conjoncture, décembre 2005.