Pétrole

Quand les prix flambent, le ministre de l'économie attend

Publié le : 04/05/2006 

Depuis deux mois, plusieurs dizaines de milliers de membres de l'UFC-Que Choisir ont écrit à leur député pour lui demander de voter l'instauration d'une taxe exceptionnelle de 5 milliards d'euros sur les bénéfices des groupes pétroliers déclarés en France.

Cette mesure pragmatique viendra rétablir le déséquilibre inadmissible de la politique énergétique du gouvernement : d'un coté les consommateurs font face à une surinflation du prix de l'essence, d'un autre coté, les compagnies pétrolières engrangent des profits astronomiques qui servent essentiellement à rémunérer leurs actionnaires.

Face à ce déséquilibre, désormais structurel, d'autres pays occidentaux ont réagi : le gouvernement britannique a doublé la surtaxe sur les profits pétroliers, la commission des finances du Sénat américain tient à en faire de même et le Président des Etats Unis vient d'annoncer l'ouverture d'une enquête publique sur les profits des grandes compagnies pétrolières.

En France, alors que plusieurs députés de toutes tendances (Lionel Lucas, UMP ; Réné-Gérard Schwartzenberg PRG ; Yves Cochet, Verts et le groupe communiste) ont aussi déposé des propositions de loi visant à taxer les profits pétroliers, le ministre de l'économie se contente de renvoyer à une vague réflexion sur la fiscalité du carburant. Thierry Breton préfère donc s'en tenir aux prétendus engagements qu'il aurait obtenus des groupes pétroliers en octobre 2005. Six mois après, les faits démontrent que la négociation menée par le ministre a été un fiasco.

En effet, les prix de l'essence continuent de battre tous les records. Ils ont augmenté de 24 % entre mars 2004 et mars 2006 et la tendance du mois d'avril reste très inflationniste : les relevés partiels de la DGCCRF font état d'une augmentation de 1 à 2 centimes d'euros au litre, soit 0,7 % à 1,5 % d'augmentation sur ce seul mois.

De son coté, le groupe Total annonce ce matin des surprofits toujours aussi vertigineux pour le premier trimestre 2006. Au mois de mai, les bénéfices du groupe sont de 3 683 milliards d'euros contre 3 208 milliards à la même période l'année dernière et 1 429 milliards en mai 2002. A ce rythme, Total devrait passer la barre des 15 milliards d'euros de profits en 2006 continuant ainsi d'échapper à toute forme de rationalité économique.

Comme pour l'année 2005, les surprofits du groupe excèdent très largement les besoins d'investissements. Ces derniers représentent 48 % des capacités de financement en mai 2006 contre 39 % en mai 2005 et 60 % en mai 2002. En fait, le groupe continue toujours de reverser ses surplus aux actionnaires : les rachats d'actions s'élèvent à 1 118 millions d'euros en mai 2006 contre en 808 millions en mai 2005 et 408 millions en mai 2002.

Plus que jamais une mesure corrective s'impose : instaurer une taxe exceptionnelle sur les profits pétroliers pour la reverser à l'amélioration des transports collectifs.