par Anne-Sophie Stamane
AllergiesComment les pollens sont placés sous surveillance
En France, des pollinariums scrutent de près les pollens et alertent les personnes allergiques dès que des émissions sont détectées. Reportage dans celui du Parc floral de Paris.
L’essentiel
- Des équipes surveillent les émissions de pollen des espèces végétales les plus allergisantes.
- Dès que l’une d’entre elles libère du pollen, une alerte est émise auprès des personnes abonnées.
- Associées à d’autres sources, ces informations aident les personnes allergiques à se préparer au mieux à cette saison délicate.
Ce vendredi de mars, quelques jours de températures clémentes ont fait s’ouvrir les impressionnants chatons jaunes des saules du pollinarium du Parc floral de Paris. En agitant l’un d’eux au-dessus d’une plaque noire, Vincent Doucet, analyste-polliniste, met en évidence un timide début d’émission. Le phénomène est plus marqué du côté des bouleaux : à peine tapotés, les organes mâles pleinement ouverts libèrent un voile de très fine poussière jaune. Les noisetiers, qui reprennent leur cycle dès que le thermomètre affiche plus de 5 °C, sont cuits : ils ne donneront plus rien cette année.
Reportées à la main sur un carnet de saisie, ces observations seront transmises et validées dans la foulée, avant d’être publiées via l’alerte pollinique, diffusée dès le début d’après-midi par mail aux personnes abonnées.

Des plantes choisies
Herbacées, graminées, arbres : les espèces végétales les plus problématiques de la région sont rassemblées au pollinarium. Pour être représentatives des allergènes auxquels est exposée la population, les plantes ont été prélevées dans toute l’Île-de-France, dans un rayon de 20 à 50 km : en forêts de Sénart, de Saint-Germain et de Montmorency, au bois de Boulogne, à Pantin et à Ferrières. « Les aulnes ont été les plus difficiles à trouver, se souvient Vincent Doucet. Il a fallu aller les chercher en bord de rivière. » Pas d’ambroisie ici, étant donné l’interdiction stricte de cultiver cette herbe aussi envahissante qu’allergisante, mais l’armoise, sa jumelle un peu moins irritante, sert de témoin.
Le pollinarium de Paris, tout récent, n’est pas encore totalement opérationnel : certains des jeunes arbres qui y sont installés ne produisent pas encore de pollen. D’autres pollinariums, surtout à l’ouest du territoire métropolitain, sont plus matures : Nantes a accueilli le premier au sein du Jardin des plantes au début des années 2000, grâce au soutien et au financement de la Drass des Pays de la Loire ‒ aujourd’hui Agence régionale de santé (ARS). Il y en a aussi au Havre, à Angers, Laval, Quimper, La Rochelle, etc. Petit à petit, le mouvement progresse vers l’est. Non seulement Paris, mais aussi Albertville, Paray-le-Monial, ou encore Montpellier en ont un. D’autres sont en cours de création à Saint-Étienne, Lille, Besançon, Nice et Villeurbanne.
Devancer l’allergie
Le rôle des pollinariums est d’informer les personnes sujettes aux allergies (c’est le cas de 1 adulte sur 3 en France) dès qu’une espèce commence à émettre. Un top départ d’autant plus important que le rythme des végétaux n’est jamais le même d’une année sur l’autre et que le réchauffement climatique s’en mêle. Les allergiques aux pollens de noisetier ou d’aulne en savent quelque chose : ils peuvent commencer à éternuer et tousser dès la fin du mois de décembre !
L’alerte venue des pollinariums, aux premiers grains libérés, leur donne la possibilité de prendre les devants. Si rien n’empêche jamais totalement les particules de pollens de sévir, des précautions limitent les dégâts en période de pollinisation, comme aérer son logement tôt le matin ou le soir, porter un masque en extérieur, rouler fenêtres fermées, éviter de faire sécher le linge dehors, couvrir ses cheveux ou les rincer en rentrant pour éviter de contaminer l’oreiller et, enfin, s’assurer de s’être fait délivrer son traitement, pour l’avoir sous la main dès que nécessaire.
D’autres sources d’information

Les données issues des pollinariums sont disponibles en s’abonnant gratuitement à l’adresse suivante : web.alertepollens.org. Fiables pour marquer le début et la fin de pollinisation, elles ne disent toutefois rien de l’intensité de l’exposition aux pollens. Cette dernière dépend d’autres facteurs que la simple émission de grains, comme le vent, la chaleur ou les précipitations. « Quand il pleut, l’eau plaque les pollens au sol et les évacue », explique Vincent Doucet. Ils sont bien présents, mais neutralisés. À l’inverse, le vent contribue à les maintenir dans l’air, une calamité pour les allergiques !
D’où l’intérêt de s’informer en complément auprès d’Atmo qui, dans la lignée de sa mission de surveillance de la qualité de l’air, publie depuis l’an dernier un indice pollen basé, entre autres, sur la densité de particules dans l’air ambiant, calculée grâce aux capteurs installés sur tout le territoire. L’indice pollen comporte six niveaux, allant de « très faible » à « extrêmement élevé », et présente l’avantage de prévoir l’exposition sur les deux jours à venir.
Malheureusement, le dispositif étant en transition, il y a des trous dans la raquette. Six végétaux seulement sont surveillés : aulne, bouleau, graminées, ambroisie, armoise et olivier. Manquent encore à l’appel deux allergisants majeurs, le noisetier et le cyprès. Une lacune qu’Atmo promet de combler depuis un an. Les données sont disponibles sur le site d’Atmo France (atmo-france.org) ou, au niveau régional, sur celui de chacune des associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA).
Anne-Sophie Stamane