Compléments alimentaires

Sous surveillance

Publié le : 31/10/2009 

La phase pilote du plan de surveillance de l'Afssa concernant les « nouveaux aliments » débute avec les compléments alimentaires, un marché en pleine expansion où planent de nombreuses incertitudes quant à leurs réels effets sur la santé.

 

Nutrition, minceur, tonique, digestion, beauté, ménopause, troubles cardiovasculaires... Les domaines d'intervention des compléments alimentaires ne cessent de s'étendre et ce marché extrêmement juteux est en pleine expansion. Selon la dernière Étude individuelle nationale des consommations alimentaires (Inca 2), réalisée par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'alimentation (Afssa), 1 adulte sur 5 et 1 enfant sur 10 ont consommé des compléments alimentaires lors des 12 mois précédant l'étude. Or ces produits ne sont pas anodins. Ils contiennent en effet un principe actif (vitamines, sels minéraux, micronutriments, acides aminés, extraits de plantes...) susceptible d'engendrer des effets indésirables en cas de mauvaise utilisation. Dans le cas du zinc, par exemple, il suffit de consommer des aliments riches en zinc associés à la prise d'un complément alimentaire pour multiplier par deux les apports conseillés en zinc et se rapprocher de la limite de sécurité. Plus grave, certains compléments alimentaires à base d'extrait de thé vert pourraient provoquer des atteintes au foie. Les autorités sanitaires ont ainsi placé (fort discrètement) sous surveillance les gélules Ménophytea ventre plat, après le signalement d'une hépatite cytolytique (destruction des cellules du foie) chez une femme en ayant consommé avec une tisane à base d'une plante chinoise.

Les médecins mis à contribution

Face à l'augmentation de la consommation des compléments alimentaires et au signalement d'effets indésirables, parfois graves, liés à la consommation de ces produits, l'Afssa a décidé de mettre en place un dispositif national de vigilance. Il s'agit en fait de la phase pilote d'une mission de surveillance plus large concernant les « nouveaux aliments » qui a été confiée à l'Afssa dans le cadre de la récente loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires.

Les professionnels de santé qui auront observé des effets indésirables chez les personnes ayant consommé des compléments alimentaires pourront les déclarer à l'Afssa, grâce à un formulaire préservant l'anonymat du consommateur. « L'idée directrice est d'inciter les médecins à pousser un peu plus loin l'interrogatoire du patient face à un symptôme inexpliqué », précise Marc Mortureux, le directeur de l'Afssa. Un comité technique analysera ensuite les observations recueillies. Toutefois, l'Afssa se veut rassurante. « Nous ne nous attendons pas à une multitude de signalements », a déclaré Marie Favrot, la directrice de l'évaluation des risques nutritionnels et alimentaires. De plus, l'interprétation des données recueillies risque de s'avérer délicate : « Difficile d'incriminer avec certitude les compléments alimentaires, compte tenu de l'interférence avec d'autres facteurs, pathologies sous-jacentes, ou prise concomitante d'autres substances. »

Face à ces doutes, l'Afssa incite les consommateurs à faire preuve de prudence et rappelle une fois de plus que, « pour la très grande majorité de la population, une alimentation équilibrée suffit à apporter tous les nutriments nécessaires à la santé. Il n'y a donc pas de bénéfice démontré à consommer des compléments alimentaires alors même que l'on manque d'études qui permettraient, lors de prises régulières et prolongées, de montrer leur innocuité et que des accidents aigus graves sont rapportés ».

Florence Humbert