par Olivier Puren
Épargne retraiteLes règles de déduction fiscale évoluent
Le régime de déduction fiscale des versements faits sur les plans d’épargne retraite (PER) est modifié depuis le 1er janvier 2026. Dans le bon sens pour les épargnants de moins de 70 ans et dans le mauvais pour les plus âgés. Explications.
L’essentiel
- Réforme fiscale de l’épargne retraite. La loi de finances pour 2026 aménage les règles de déductibilité des versements volontaires faits sur les plans d’épargne retraite (PER). Les nouvelles règles s’appliquent aux versements effectués à compter du 1er janvier 2026.
- Déduction majorée. La durée pendant laquelle l’épargnant peut reporter son plafond annuel de déduction d’épargne retraite inutilisé est allongée de 2 ans. Elle passe de 3 à 5 ans.
- Déduction supprimée. La possibilité de déduire l’épargne versée sur le PER est supprimée à compter du 70e anniversaire de son titulaire. En contrepartie, le capital ou la rente correspondant à ces versements bénéficie d’une fiscalité allégée à la sortie du plan.
Près de 8 millions d’épargnants détenaient un plan d’épargne retraite (PER) à titre individuel fin 2025, soit 1 million de plus qu’en décembre 2024. Le succès de ce placement destiné à la constitution d’une retraite supplémentaire par capitalisation va grandissant depuis son lancement en 2019, porté par l’inquiétude des actifs sur la pérennité de notre système de retraite par répartition.
Il séduit surtout les épargnants fortement fiscalisés car il leur permet de déduire les versements faits sur le plan de leurs revenus imposables, et de réaliser de substantielles économies d’impôt non soumises au plafonnement des niches fiscales. Le régime est aménagé sur deux points à compter de cette année. Objectif : permettre aux actifs de défiscaliser davantage leur épargne retraite, et éviter que les retraités utilisent leur PER comme un outil de transmission.
Capacité de déduction renforcée
Les versements volontaires effectués chaque année sur un PER sont déductibles de vos revenus imposables à hauteur de 10 % de vos revenus professionnels perçus l’année précédente, et dans une limite comprise entre 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) et 10 % de 8 fois le PASS. Soit une déduction minimum de 4 710 € et maximum de 37 680 € pour les versements effectués en 2026.
Plafond de déduction inutilisé. Jusqu’à présent, lorsque les versements faits sur votre PER dans l’année étaient inférieurs à votre plafond annuel de déduction, le plafond inutilisé était reportable pendant 3 ans. Par exemple, un épargnant ayant un plafond de déduction d’épargne retraite de 10 000 € par an et ayant versé 5 000 € sur son PER en 2023, 2024 et 2025 bénéficie d’un plafond de déduction de 25 000 € en 2026, soit 10 000 € de plafond annuel plus 15 000 € de plafonds inutilisés au titre des trois années précédentes.
Délai de report allongé. La loi de finances pour 2026 prolonge de 2 ans la durée d’utilisation du plafond annuel de déduction non consommé. Elle passe de 3 ans à 5 ans, ce qui va augmenter votre capacité de déduire votre épargne retraite de vos revenus imposables. Retenez toutefois que la mesure s’applique uniquement aux versements faits sur les PER à compter du 1er janvier 2026, pas aux versements des années antérieures. Autrement dit, si vos versements de 2026 sont inférieurs à votre plafond de déduction de 2026, la fraction non utilisée pourra être reportée pendant 5 ans (2027 à 2031). En revanche, si vos versements de 2024 ou de 2025 sont inférieurs à votre plafond de déduction de ces années, la fraction non utilisée est reportable uniquement pendant 3 ans (2025 à 2027 ou 2026 à 2028).
Bon à savoir. Les versements faits sur votre plan d’épargne retraite (PER) dans l’année sont préremplis par le fisc dans votre déclaration de revenus l’année suivante, sauf si vous avez renoncé à leur déductibilité. Votre plafond de déduction est également prérempli, y compris la part inutilisée des années antérieures qui est reportable. Vous pouvez corriger les montants indiqués s’ils sont inexacts.
Âge limite de déduction
Les épargnants ne sont pas obligés de liquider leur PER lorsqu’ils prennent leur retraite. Ils peuvent le conserver et continuer à l’alimenter, dans une optique de transmission d’un capital à leurs proches à leur décès. Lorsqu’il est ouvert auprès d’un assureur (cas le plus fréquent), le PER permet en effet de désigner les bénéficiaires qui recevront le capital épargné au décès de son titulaire, comme l’assurance vie. Un capital moins fiscalisé que l’héritage car transmis « hors succession », qui bénéficie d’un traitement comparable à celui applicable au capital-décès de l’assurance vie. Le PER assurantiel est notamment très avantageux pour gratifier son conjoint survivant car il permet de lui transmettre un capital en totale franchise d’impôt, sans limite de montant.
Versements à partir de 70 ans. Jusqu’à présent, les retraités continuant à alimenter leur PER pouvaient déduire leurs versements de leurs revenus imposables à hauteur de 10 % du PASS ou, en cas de cumul emploi-retraite, à hauteur de 10 % de leurs revenus professionnels conservés. La loi de finances pour 2026 supprime cette possibilité à compter du 70e anniversaire du titulaire du plan. Là encore, la mesure s’applique aux versements faits à compter du 1er janvier 2026. Les versements faits sur votre PER jusque fin 2025 restent déductibles quel que soit votre âge lorsque vous les avez effectués.
Fiscalité allégée à la sortie. En contrepartie de cette nouvelle limitation, les sommes récupérées à la sortie du PER (si son titulaire décide de piocher dedans) qui correspondent aux versements faits à partir de 70 ans profiteront de la fiscalité atténuée applicable lorsque l’épargnant opte pour la non-déduction de ses versements. En cas de sortie en capital, ses versements tardifs seront récupérables en franchise d’impôt, seuls les gains qu’ils auront produits seront taxés. Et en cas de sortie en rente viagère, ils seront soumis à la fiscalité des rentes viagères à titre onéreux, c’est-à-dire imposables sur 30 % de leur montant (s’agissant, par hypothèse, d’une liquidation du PER en rente après 70 ans).
Olivier Puren