Éthylotests

Deux verres et c’est vert ?

Publié le : 02/11/2012 

Bientôt obligatoires dans les voitures, les éthylotests chimiques et électroniques ne sont pas si simples à utiliser. C’est ce que nous avons pu constater au cours de quelques investigations « sur le terrain ».

 

Les automobilistes ont gagné quatre mois de sursis. Initialement, sans éthylotest dans la voiture au 1er novembre, c’était la prune. Pour le dire de manière plus administrative, en vertu du décret n° 2012-284 du 28 février 2012, tout conducteur d’un véhicule terrestre à moteur, à l’exception d’un cyclomoteur, s’exposait à une contravention de 11 € s’il ne pouvait, à partir du 1er novembre, présenter un éthylotest en état de fonctionnement lors d’un contrôle. Faute de pouvoir se procurer facilement ces détecteurs d’alcoolémie, la mesure a été reportée de quatre mois, soit au 1er mars 2013. Mais cela ne change pas grand-chose à la donne. 

La mesure vise, rappelons-le, à dissuader les personnes en état d’ébriété de prendre le volant, afin d’améliorer la sécurité routière. Elle a suscité un certain nombre d’interrogations. Voici quelques éléments de réponse, issus d’une investigation liminaire à laquelle le personnel de l’UFC-Que Choisir s’est livré avec courage, à défaut de sobriété : cinq bouteilles pour dix personnes, à la santé des lecteurs.

Première question, les éthylotests sont-ils simples à utiliser ?

Sur le papier, oui, tout est clair. Les cristaux de dichromate de potassium (très toxiques) de couleur orange virent au vert au contact de l’alcool. Un trait rouge signale la limite présumée des 0,25 milligramme d’alcool par litre d’air expiré (mg/l) équivalent à 0,5 gramme par litre de sang (g/l). En pratique, c’est moins évident. Un dégradé apparaît ; la limite entre le vert et l’orange est délicate à apprécier. Si le sujet a vraiment trop bu, l’éthylotest le dit (1), mais il ne fait que confirmer ce que tout le monde peut remarquer.

Parallèlement aux éthylotests chimiques, nous avons essayé deux éthylotests électroniques. Utilisés avec méthode (attendre 10 minutes après le dernier verre d’alcool et boire de l’eau avant de souffler), ils donnent des indications a priori correctes. L’alcoolémie affichée progresse avec les verres ingurgités. Sans ces précautions, ils ne valent absolument rien. Les mesures affichées quand l’éthylotest électronique passe rapidement de personne en personne, et que ces dernières viennent juste de boire, n’ont aucun sens. Une personne qui n’avait rien bu affichait 0,160 mg/l. Et une autre de corpulence comparable était à 0,175 mg/l après quatre verres ! Imaginons une situation très simple : quatre personnes sortent d’un repas arrosé et soufflent à tour de rôle dans un éthylotest électronique pour savoir qui est en état de conduire. Il y a fort à parier que les résultats manqueront de fiabilité. Sans même parler de la lecture d’un dégradé orange/jaune/vert à la lumière d’une veilleuse d’automobile…

Deuxième question, l’éthylotest peut-il signaler une ivresse insidieuse, qu’un automobiliste puisse ignorer, prenant des risques à son insu ?

Selon nos premières constatations, non, au contraire. Certains des participants à l’apéritif ne se sentaient plus en état de conduire, alors que les éthylotests électroniques ou chimiques leur donnaient encore le droit de le faire ! Ils étaient entre 0,2 et 0,4 g/l, mais, de leur propre aveu, ils n’auraient pas pris le volant. Il serait paradoxal que les éthylotests encouragent des conducteurs sous l’emprise de l’alcool à conduire.

Au vu de notre évaluation sommaire, cette éventualité ne peut être exclue.

Dernière question : est-il vrai qu’un froid vif peut dérégler les éthylotests chimiques, comme on peut le lire sur Internet ?

Nous avons placé cinq échantillons au freezer, à - 5,5 °C pendant 72 heures, avant de les laisser revenir à température ambiante (23 °C). Ce traitement ne les a pas rendus inutilisables, mais un modèle affichait une sensibilité légèrement dégradée par rapport à son équivalent de même marque, stocké à température ambiante. Reste à savoir comment les éthylotests chimiques réagiraient à des variations de température plus fortes, à la hausse comme à la baisse. C’est en cours.

 

Espérons que le délai supplémentaire accordé aux automobilistes sera au moins mis à profit par les fabricants pour rendre les éthylotests chimiques plus lisibles et qu’il permettra de retrouver des prix plus justes, bien en-deçà des 4 € pièce auxquels certains distributeurs profitant de la pénurie n’hésitaient pas à les vendre.

(1) Les éthylotests chimiques utilisés étaient de marque Contralco, Redline et Acon laboratories, tous revendiquant la certification NF.