Hépatite C

Le brevet du Sovaldi contesté

Publié le : 28/02/2015 

Dans le dossier du sofosbuvir (Sovaldi), médicament miracle contre l’hépatite C, la bataille du prix est perdue. Mais l’ONG Médecins du monde ne baisse pas les bras et attaque le brevet devant l’Office européen des brevets.

 

Le feuilleton du sofosbuvir (Sovaldi) n’est pas terminé. Enfin, pas totalement. Ce médicament contre l’hépatite C, d’une efficacité inédite, pour lequel les pouvoirs publics ont accepté un prix délirant de 41 000 euros hors taxes, voit aujourd’hui son brevet contesté. Non seulement par des fabricants de génériques, mais aussi par l’ONG Médecins du monde, qui a enregistré il y a deux semaines un mémoire d’opposition auprès de l’Office européen des brevets. Si son initiative trouve une issue favorable, la voie ne sera pas totalement libre pour la production de génériques à moindre coût, « mais il s’agira d’un premier pas, et surtout d’un signal fort en direction de la société civile », souligne Céline Grillon, chargée de ce dossier chez Médecins du monde.

Car ce que reproche l’ONG à Gilead, le fabricant du sofosbuvir (Sovaldi), et à Pharmasset, la start-up qui a développé le médicament avant d’être rachetée, c’est ni plus ni moins que de faire de l’argent sur une non-invention. D’abord, le procédé chimique qui, dans l’hépatite C, rend la molécule antivirale assimilable par les cellules du foie, est une découverte d’une équipe de chercheurs de l’Université de Cardiff : la technique mise en œuvre était donc connue. Ensuite, le brevet initialement déposé concernait plusieurs centaines de molécules, dont le sofosbuvir. Or, argumente Médecins du monde, c’est contraire à l’esprit du brevet, qui récompense une invention réalisée, pas une intuition.

La procédure d’opposition au brevet est longue, et l’Office européen des brevets mettra au moins un an et demi à déterminer s’il faut ou non révoquer le brevet de Gilead. Il est certain que si le gouvernement français avait d’emblée refusé le prix exorbitant de Gilead et opté pour la licence d’office, procédure qui permet de produire des génériques, la situation serait nettement plus simple… L’arrivée récente d’un concurrent au sofosbuvir pourrait faire figure d’échappatoire : le laboratoire AbbVie a obtenu fin décembre une autorisation temporaire pour le dasabuvir, molécule efficace dans deux types d’hépatite C si elle est prise en combinaison. Et, pour le moment, son utilisation est gratuite.

Anne-Sophie Stamane