Médicaments contre l’hépatite C Vers un marché parallèle ?

Médicaments contre l’hépatite C

Vers un marché parallèle ?

Publié le : 25/05/2016 

 

Trop chers, les nouveaux médicaments de l’hépatite C sont réservés aux patients les plus touchés. Pour les malades exclus du traitement, le marché parallèle est aujourd’hui une option envisageable. Un collectif d’associations réclame l’accès au traitement pour tous, soulignant que la France dispose des moyens légaux pour importer ou fabriquer des génériques.

 

 

Mise à jour

Quelques heures après la publication de notre article, Marisol Touraine, ministre de la Santé, a annoncé son intention d’étendre le bénéfice des nouveaux traitements par antiviraux d’action directe à toutes les personnes touchées par l’hépatite C. Cette décision pourrait s’appliquer dans les jours qui viennent pour les patients transplantés ou en attente de greffe du foie, les patients au stade F2 de fibrose et les populations vulnérables quel que soit l’état de leur foie. Pour les personnes asymptomatiques ou au stade F1 de fibrose, la ministre dit attendre l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS) sur les modalités de mise en œuvre, prévu pour le mois de septembre. Quant aux prix des traitements, ils seront renégociés au sein du Comité économique des produits de santé (CEPS).

Les nouveaux antiviraux d’action directe - Sovaldi (sofosbuvir), Daklinza (daclatasvir), Olyzio (siméprevir) - ont révolutionné le traitement de l’hépatite C : il est désormais possible d’espérer la guérison de 90 % des patients après trois à six mois de traitement. Seulement voilà : les médicaments coûtent extrêmement cher, jusqu’à 66 000 euros la cure. Comme ils sont pris en charge à 100 % par l’assurance maladie, les autorités sanitaires ont décidé de les réserver aux patients à un stade avancé de la maladie, ceux atteints de fibrose hépatique.

Tout en dénonçant les prix des molécules, un collectif d’associations composé notamment de SOS Hépatites, Aides ou Médecins du Monde, estime que le rationnement n’est pas justifié. « Car la fibrose n’est pas la seule situation où l’hépatite C a des conséquences lourdes sur le quotidien des patients », a souligné Yann Mazens, directeur de SOS Hépatites, lors d’une conférence de presse. L’hépatite C peut en effet se manifester par des atteintes rénales, neurologiques ou articulaires handicapantes, susceptibles d’entraîner une mise en invalidité, voire la perte d’emploi. Elle peut aussi se transmettre de la mère au fœtus, au cours de la grossesse. C’est ce que craint Véronique, enceinte de quatre mois, venue témoigner de l’impossibilité d’obtenir le traitement avant la conception, malgré son intention claire d’avoir un enfant.

Pas assez malades pour avoir droit au traitement, certains patients sans solution pourraient être tentés de se fournir en dehors du circuit officiel, en Inde ou au Maroc, pays qui commercialisent une version générique beaucoup moins coûteuse des nouveaux antiviraux. Frédéric, 56 ans, envisage de faire la démarche, si son état n’est pas jugé suffisamment sévère en France pour être pris en charge, quitte à y mettre 1 000 à 2 000 euros de sa poche. Il a découvert son hépatite il y a deux mois et ne peut plus travailler.

Contourner la règlementation n’est d’ailleurs ni illégal, ni hors de portée, à condition d’avoir des contacts en Inde ou au Maroc. La fiche pratique de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) le confirme, il suffit, pour passer la douane et importer son traitement en France, d’avoir une ordonnance d’un médecin français et une autre d’un médecin local. La quantité autorisée doit correspondre à la durée d’un traitement individuel, qu’il faut se faire préciser par son médecin. A priori, la qualité de fabrication ne pose pas de problème.

Reste qu’il s’agit d’un ultime recours, en dehors du circuit officiel de surveillance des médicaments. Le coût du traitement est, dans ce cas, totalement à la charge du patient. Les associations, elles, revendiquent l’accès des traitements à tous, rappelant que la France dispose de tout l’arsenal juridique pour importer ou fabriquer les génériques, dont le coût pèserait nettement moins sur le budget de la sécurité sociale.  

Anne-Sophie Stamane