Lettres et manuscrits (caméra cachée)

Des méthodes de vente à revoir

Publié le : 03/05/2013 

Les témoignages reçus sur la société Finestim, qui commercialise les placements dans les lettres et manuscrits de la société Aristophil, nous ont conduits à réaliser un entretien en caméra cachée. Instructif.

 

Basée à Paris, Aristophil est une société spécialisée dans la vente de lettres et de manuscrits anciens. Dans des articles parus en mars 2011 et décembre 2012, nous avons émis des doutes sur la solidité de son modèle économique et sur le caractère réaliste des perspectives de plus-values que la société mettait en avant. Ces articles ont conduit des clients d’Aristophil à se manifester. Les témoignages recueillis suggèrent un certain décalage entre la déontologie revendiquée par la société et les pratiques des commerciaux de la société Finestim (société qui affirme, sur son site, avoir un « partenariat exclusif » de distribution des conventions Aristophil). 

Aristophil affirme clairement ne pas vendre de produits financiers et ne pas mettre en avant de promesses de rendement. Ses conventions mentionnent bien un taux de valorisation de 8 % par an sur 5 ans, mais sans rien garantir. Aristophil ne s’engage pas à racheter les collections 40 % au-dessus de leur prix de vente au bout de 5 ans, elle s’en réserve simplement la possibilité. Ce point est-il bien expliqué au client ?

Pour le savoir, nous avons organisé le 9 avril 2013 un entretien en caméra cachée avec un commercial de Finestim. En une heure, ce commercial ne prononce pas une seule fois le mot risque. Il ne s’enquiert pas du degré de compétence de sa cliente en matière de placement. Il souligne assez rapidement qu’il ne s’agit « pas d’un produit financier », et glisse au bout d’une demi-heure qu’il n’y a « pas de capital garanti », mais sans aucune explication (1).

En revanche, il matraque le fait qu’Aristophil rachètera les manuscrits avec un bénéfice conséquent pour l’investisseur. Florilège de citations :

– « On vous reverse une plus-value sur votre investissement qui est de l’ordre de 8 % […] par an sur une durée de 5 ans ».

– « Aristophil fait une proposition de rachat au terme, qui correspond donc aux 8 %, fois 5 années, donc 40 %. Au terme, Aristophil vous fait une proposition de rachat […]. Le taux nominal que nous avons dit : + 40 %. C’est l’offre que vous fait Aristophil ».

– Le client qui reste au-delà des 5 ans « a un peu plus sur la promesse de vente », c’est-à-dire 8,30 %.

« Vous pouvez aller jusqu’à 7 ans, vous avez un peu plus en termes de revente […], vous demandez à Aristophil de vous les racheter au prix indiqué ».

– « Cinq ans, c’est la bonne période pour faire valoriser les œuvres ».

L’idée qu’Aristophil rachète avec 40 % de plus-value est martelée, présentée comme une évidence. À aucun moment il n’est expliqué qu’Aristophil n’a aucune obligation en la matière.

Proposition à 50 000 €

Le commercial propose à sa cliente d’investir 50 000 € immédiatement, mais sans lui dire dans quel manuscrit. Aristophil choisira pour elle. Comme il le précise, la société, à ce stade, n’a pas encore acheté les œuvres. Il fait miroiter des plus-values sur un produit dont il ne sait rien. Et contrairement au code de la consommation (art. L. 121-25), qui impose un délai de sept jours dans le cadre d’un démarchage à domicile, il est prêt à encaisser immédiatement l’argent. Le seul moment où il fait preuve d’un peu de prudence est quand sa cliente lui demande si elle peut aller jusqu’à 100 000 € : « Si ça correspond à une grosse partie de votre patrimoine, non ».

Quel particulier, à moins d’avoir été alerté au préalable, ressortirait d’un tel entretien en ayant compris qu’Aristophil ne s’engage rigoureusement à rien et que c’est lui qui prendra tous les risques ? Nous avons posé cette question à la direction de Finestim en lui laissant deux semaines pour répondre, en vain.

(1) Il a pourtant en face de lui une « cliente » étrangère, qui ne cache pas sa méconnaissance du droit français !