Maisons individuelles

Un constructeur condamné au pénal

Publié le : 13/03/2016 

Le tribunal correctionnel de Compiègne (60) a condamné il y a quelques semaines un constructeur de maisons individuelles à un an de prison avec sursis et à indemniser les victimes à hauteur de 10 000 € environ. Il lui est notamment reproché d’avoir perçu de manière anticipée des fonds auprès de ses clients. Une décision rare frappée d’appel.

 

En juillet 2011, un couple d’Amiens (80), Richard S. et Séverine A., concluent avec la société le Logis familial un contrat de maison individuelle, une convention dont les conditions sont strictement encadrées par la loi.

Un an plus tard, le chantier est déclaré ouvert. Mais, première entorse, le gérant de la société, Jacques V., ne fournit pas d’attestation de livraison, pourtant obligatoire. Surtout, au fur et à mesure de l’avancée des travaux, il va procéder à des appels de fonds en violation du strict échéancier fixé par la loi.

Avec le contrat de construction de maison individuelle (CCMI), les paiements doivent en effet être échelonnés (6 étapes). Or, le constructeur n’hésitera pas à réclamer, par exemple, le versement du solde du prix à la livraison du logement en dépit des réserves qui avaient été déposées. En principe, la somme (soit 5 % du montant total) aurait dû être consignée jusqu’à ce qu’elles soient levées. De fortes pressions ont alors été exercées sur le couple : la remise des clés a été conditionnée au paiement de ce solde.

Les victimes ont déposé plainte. Et l’affaire a été renvoyée devant le tribunal correctionnel de Compiègne (60).

Pour sa défense, le prévenu, absent le jour du procès, a évoqué son état de santé. Après la signature du contrat, il indique avoir été frappé par un AVC, ce qui l’a conduit à suspendre pendant de nombreux mois son activité. Jacques V. estime par conséquent que ces irrégularités ne peuvent pas lui être imputées, leur réel instigateur étant le directeur technique qui était aux manettes. Le gérant de la société note, en outre, que la société a depuis été mise en liquidation judiciaire et que les plaignants ont omis de déclarer leur créance au mandataire-liquidateur.

Le tribunal n’a toutefois pas retenu ces arguments. Ainsi, s’il admet que Jacques V. a bien eu des problèmes de santé, il ne fait pas état d’une délégation de pouvoirs. « En ne prenant aucune disposition, lit-on dans le jugement, Jacques V. a continué à exercer seul les prérogatives de chef d’entreprise ; il est donc responsable des actes de gestion commis par lui et en son nom, étant précisé que la responsabilité pénale reste une responsabilité personnelle. »

Le tribunal correctionnel a dès lors reconnu le chef d’entreprise coupable de toutes les infractions qui lui étaient reprochées (jugement du 12/01/2016). En conséquence, il a été condamné à un an de prison avec sursis, à rembourser à ses clients les 8 193,14 € perçus indument lors de la livraison du logement et à leur verser 2 000 € de dommages-intérêts pour le préjudice moral subi (+ 2 500 € au titre des frais de justice). L’entrepreneur a cependant fait appel de cette décision assez rare.

Il y a quelques semaines, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a rendu publics les résultats d’une enquête menée en 2015 dans le secteur de la construction de maisons individuelles. Sur les 139 entreprises contrôlées, le taux d’infraction frôle les 50 %. La publicité trompeuse a été l’anomalie la plus fréquemment relevée (34 % des manquements), devant l’absence de souscription de la garantie de livraison à prix et délais convenus (24 %) et l’exercice illicite de profession d’agent immobilier (14 %). En 2015, lors de l’enquête satisfaction de Que Choisir auprès de particuliers ayant fait construire leur logement, nous avions également constaté une forte défiance des clients vis-à-vis des constructeurs et promoteurs.

Arnaud de Blauwe

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