ACTUALITÉ

Politiques nutritionnellesCes pays européens qui font mieux que la France

Elsa Casalegno

par Elsa Casalegno

Plusieurs États ont adopté des régulations encadrant strictement le marketing alimentaire ciblant les jeunes, ou la qualité nutritionnelle des menus des établissements scolaires. Ils reconnaissent implicitement que les engagements volontaires des industriels ne fonctionnent pas pour lutter contre l’épidémie d’obésité et de surpoids. Des exemples à suivre pour la France ?

Plusieurs États reconnaissent enfin que les politiques de santé publique ne peuvent être laissées entre les mains des acteurs de la chaîne alimentaire, qu’il s’agisse des industriels, des distributeurs ou des groupes de restauration collective. Et en tirent les conséquences, en légiférant pour encadrer la publicité alimentaire et les menus des cantines. Voici quatre pays qui ont pris récemment des mesures radicales, d’après un bilan réalisé par le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc), dont est membre l’UFC-Que Choisir. Des exemples dont la France ferait bien de s’inspirer.

Espagne : des menus qui doivent coller aux recommandations officielles

Le royaume a adopté un décret alignant les repas scolaires, pour les écoles publiques comme privées, sur les recommandations nutritionnelles officielles du pays. Objectif : garantir que tous les enfants, quel que soit leur milieu socio-économique, aient accès à une alimentation saine et équilibrée à l’école. La viande est limitée à trois fois par semaine, la viande rouge à une seule fois, et les viandes transformées à seulement deux fois par mois. Au moins 45 % des fruits et légumes servis doivent être de saison. Les légumineuses doivent être proposées une à deux fois par semaine, en plat principal, garniture ou entrée (seules 14 % des écoles le faisaient jusqu’à présent). Les aliments ultratransformés comme la pizza et les croquettes sont limités à une fois par mois ; les boissons sucrées et les snacks sont interdits dans les distributeurs automatiques et les cafétérias scolaires. Des repas entièrement végétaux seront également proposés.

Pays de Galles : des cantines qui proposent une alimentation plus saine

Le gouvernement gallois compte proposer une réglementation visant à aligner les repas des cantines sur les recommandations diététiques ayant cours au Royaume-Uni et à encourager une alimentation plus saine dès le plus jeune âge. Le pain blanc, les céréales sucrées et le jus de fruit seraient interdits dans les menus scolaires. La viande rouge et le poisson seraient servis une fois par semaine, et les viandes transformées comme le jambon fumé seraient limitées. Les plats à base de fromage, tels que la pizza ou les macaronis au fromage, seraient restreints à deux fois par semaine. Les frites seraient autorisées uniquement une fois par semaine. Ces normes s’appliqueraient dès la rentrée scolaire 2026-2027 dans les écoles primaires du pays de Galles.

Norvège : pas de publicité visant les moins de 18 ans

Face à la hausse de l’obésité infantile, la Norvège a adopté, le 25 avril dernier, un règlement interdisant la publicité pour les aliments et boissons de mauvaise qualité nutritionnelle à tous les moins de 18 ans. Ce texte de loi introduit des mesures juridiquement contraignantes, alignées sur les recommandations de l’OMS, afin de limiter l’exposition des enfants à la publicité pour des aliments malsains. Voici les points clés :

  • Le règlement s’applique à tous les canaux de communication : télévision, presse écrite, plateformes en ligne et publicité au sein des écoles.
  • L’interdiction cible les aliments et boissons riches en matières grasses, en sel ou en sucre, y compris les sodas, confiseries, snacks salés, fast-food, boissons énergisantes, glaces, chocolats et pâtisseries.
  • Même les produits présentés comme « naturels » ou « sains » sont concernés, si leurs teneurs en sucre, sel ou matières grasses dépassent certains seuils.
  • Les produits tels que les céréales, yaourts et boissons lactées sont évalués selon des profils nutritionnels : taux de sucre, teneur en fibres et taux de sel déterminent s’ils peuvent être promus auprès des enfants.

Tous les producteurs, distributeurs et annonceurs (y compris les entreprises étrangères) doivent s’y conformer. Certaines pratiques marketing sont automatiquement considérées comme visant les enfants, telles que les concours réservés aux moins de 18 ans, les échantillons gratuits pour mineurs, le placement de ces produits alimentaires près des jouets, et les publicités incitant les adultes à acheter pour des enfants.

Danemark : fin du marketing ciblant les moins de 15 ans

Le gouvernement danois a annoncé son intention d’interdire la publicité pour les aliments et boissons malsains visant les enfants de moins de 15 ans. Cette mesure s’inscrit dans le cadre du Plan Cancer V et vise à protéger les jeunes de l’influence du marketing promouvant des produits riches en matières grasses, en sucre et en sel. Malgré des mesures d’autorégulation énoncées par les entreprises du secteur agroalimentaire, les enfants continuent d’être régulièrement exposés à ce type de publicité, notamment via les plateformes numériques et les influenceurs. Des entreprises (Orkla, The Burger Concept) ont eu recours à des influenceurs populaires afin de cibler directement les enfants, en violation des règles existantes. La nouvelle loi s’appliquera également aux influenceurs ayant une large audience parmi les moins de 15 ans. Une liste de produits malsains devrait définir clairement ceux qui seront concernés par l’interdiction. Selon la Société danoise du cancer, 80 % des publicités alimentaires vues par les jeunes concernent des produits de mauvaise qualité nutritionnelle, qui contribuent à l’augmentation du risque d’obésité et de cancer.

France : peut (beaucoup) mieux faire

Et la France, où en est-elle ? Le pays du Nutri-Score a encore des progrès à faire pour améliorer son environnement nutritionnel. Revue de détail.

Le Nutri-Score est toujours facultatif, et appliqué selon le bon vouloir des industriels. On en voit les conséquences lorsque l’algorithme devient plus sévère : une partie des marques, dont les notes rétrogradaient, ont discrètement abandonné l’affichage du logo. Pourtant, c’est le levier le plus efficace pour faire évoluer les recettes des industriels dans le bon sens.

La régulation du marketing alimentaire repose quasi uniquement sur « l’engagement volontaire » des acteurs, dont des études sociologiques montrent qu’il ne fonctionne pas. Les deux chartes d’engagement volontaire édictées par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) et par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) et signées par les industriels, les distributeurs, mais aussi les agences publicitaires, les chaînes radiotélévisées et les influenceurs ont montré leurs limites depuis longtemps concernant la qualité des produits mis en avant dans les annonces, ainsi que les plages horaires des publicités.

Concernant les cantines scolaires, les recommandations élaborées par le Groupement d’étude des marchés en restauration collective et de nutrition (GEMRCN) sont de qualité, mais elles sont mal appliquées, en particulier dans les collèges et lycées. De plus, la loi Egalim, qui impose 50 % d’aliments de qualité dans les menus, reste encore très théorique.

Sur l’amélioration des recettes des plats préparés, les engagements volontaires pris par les industriels restent sans effet.

Il serait possible pour le gouvernement ou les parlementaires de réglementer plus strictement, à l’instar des pays évoqués ci-dessus. Mais il faudrait pour cela tenir tête au tout-puissant secteur agroalimentaire, à la manœuvre pour défendre ses intérêts.

Soutenez-nous, rejoignez-nous

La force d'une association tient à ses adhérents ! Aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur votre soutien. Nous soutenir

image nous soutenir

Newsletter

Recevez gratuitement notre newsletter hebdomadaire ! Actus, tests, enquêtes réalisés par des experts. En savoir plus

image newsletter