Pollution de l’air intérieur

Un kit de détection inutile

Publié le : 13/04/2013 

« Testez la qualité de l’air intérieur », voilà un coffret du fabricant Daily Diag a priori fort utile pour tous les consommateurs qui se demandent s’ils respirent un air sain à leur domicile. Mais après expertise des notices, Que Choisir en déconseille vivement l’achat.

 

La pollution de l’air intérieur vous inquiète ? Le coffret Daily Diag « kit pièce à vivre/chambre » (1) vous permet de tester vous-même la qualité de l’air de votre logement et de connaître immédiatement le résultat. C’est a priori une excellente nouvelle pour les consommateurs soucieux de leur santé. Après analyse de la notice, Que Choisir dénonce pourtant une énorme tromperie. Ce test est incapable de dire si la pièce est polluée, les niveaux de détection des polluants étant bien trop élevés.

Sur le formaldéhyde, officiellement classé polluant « le plus préoccupant » des polluants « hautement prioritaires », c’est la catastrophe. Le kit ne le détecte qu’à des concentrations supérieures à 60 microgrammes par mètre cube d’air (µg/m3), alors qu’à Que Choisir nous pénalisons très fortement les produits qui en émettent 10 µg/m3. Ce gaz est cancérogène par inhalation, l’idéal est de ne pas en respirer du tout, c’est pourquoi les seuils de détection des analyses d’air intérieur sont très bas. Il existe des valeurs d’exposition plus élevées, de 50 µg/m3 pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), et de 100 µg/m3 pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais elles portent sur les effets aigus d’une exposition ponctuelle, 2 heures dans le premier cas, 30 minutes dans le second. À domicile, il s’agit d’une exposition permanente, les analyses d’air intérieur se font donc sur 1 à 2 semaines et pas sur 2 heures comme avec ce dispositif, et un décret de 2011 fixe l’objectif à 10 µg/m3 pour l’air intérieur. Conclure qu’un logement n’est pas pollué parce que l’air est contaminé à moins de 60 µg/m3, c’est de la désinformation nuisible à la santé.

Coffret Daily Diag
Sur le benzène, un autre polluant détecté par le kit, ça ne vaut pas mieux. Cet hydrocarbure aromatique est cancérogène, il est impliqué dans deux types de cancers, les leucémies et les lymphomes. Le décret de 2011 fixe un objectif de 2 µg/m3 pour l’air intérieur. Or le kit Daily Diag commence à le détecter à une concentration exprimée en milligramme, soit au minimum 1 000 fois plus élevée ! De pareilles teneurs peuvent se rencontrer en milieu professionnel exposé, jamais dans un logement. De plus, le kit prélève sur une courte durée pas du tout adaptée. Catastrophique là encore.

Ce coffret peut donc faire croire qu’un intérieur n’est pas pollué alors qu’il l’est. Il n’est pas seulement inutile, il peut être néfaste pour la santé si on aère moins, par exemple, sur la base des résultats rassurants qu’il fournit.

Mise à jour du vendredi 17 mai 2013

 

Droit de réponse de la société Daily Diag :

La société DAILY DIAG a lu attentivement l’article « Pollution de l’air intérieur – un kit de pollution inutile », et a souhaité réagir pour aux  inexactitudes et approximations reproduites dans l’article en question. Avec 400 polluants possibles à l’intérieur d’une maison, il est aujourd’hui impossible de conclure à l’absence de pollution de l’air intérieur mais il est largement possible de l’améliorer.

 Daily Diag entend préciser les éléments suivants :

  • Au sujet des seuils et valeurs de détection :

- Il n’existe pas de législation contraignante en matière de qualité de l’air intérieur.

 

- Seules sont publiées des VGAI (Valeurs Guide Air Intérieur ce qui correspond à une valeur cible) non contraignantes qui diffèrent selon les organismes (OMS ou ANSES),

 

- Il n’existe aucun décret (contrairement à ce qui est écrit dans l’article) légiférant la qualité de l’air de l’habitat. Le décret en question (Décret 2011 – 1727 du 2 Décembre 2011 fixant les VGAI à atteindre dans les ERP en 2023 ) est applicable aux seuls ERP (Etablissements Recevant du Public) .

  • Au sujet du formaldéhyde

- Nos tests détectent la concentration de formaldéhyde et fixent le seuil critique à 60 µg/m3 ce qui est tout à fait conforme à la VGAI de l’OMS pour une exposition de 30 minutes.

- Comme indiqué précédemment, même si le parti pris de Que Choisir est de considérer la valeur de 10 µg/m3 comme valeur à ne pas dépasser, il n’existe à ce jour aucune norme en vigueur imposant un tel seuil.

- L’objectif cité de 10 µg/m3 n’est en effet nullement applicable, le décret précité s’appliquant aux seuls ERP et constituant en tout état de cause un objectif à horizon 2023.

- En outre, par extrapolation d’une étude de l’OQAI (2006), 87% des logements ne respectent pas les VGAI de l’ANSES et environ 1.3 millions de logements sont concernés par des valeurs supérieures à 50µg/m3.

  • Au sujet du Benzène :

Contrairement à ce qui est écrit, nos tests ne détectent pas le BENZENE mais la somme des 3 polluants BENZENE – TOLUENE et XYLENE et les seuils ne sont donc pas applicables (pas de distinction possible).

Le seuil cité de 2 µg/m3 n’est pas applicable aux habitations mais seulement aux ERP et constitue pour ces derniers un objectif à horizon 2016.

Le contenu de l’article peut ainsi s’expliquer par la méconnaissance des normes applicables ainsi que par l’étude incomplète qui a été réalisée, omettant totalement la seconde partie de l’offre qui nous permet d’accompagner les consommateurs grâce à notre site internet et une base de données émetteurs / polluants unique. Nous tenons enfin à préciser que les tests vendus dans les kits Daily Diag sont des tests Dräger, un des leaders mondiaux de la détection des gaz. Ces mêmes tests sont par ailleurs utilisés par les CMEI (Conseillers Médicaux en Environnement Intérieur) pour leurs analyses de la QAI chez les particuliers.

 

Réponse de Que Choisir :

Que Choisir maintient l’intégralité de ses affirmations.

Les seules valeurs protectrices pour la population dans les logements sont de 10 µg/m3 pour le formaldéhyde et de 2 µg/m3 pour le benzène. Ce sont les valeurs guides établies pour l’air intérieur par l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui sont reprises dans le décret que nous avons cité. Faire la somme du benzène, du toluène et du xylène n’est pas pertinent, ces 3 molécules ayant des seuils de toxicité très différents. Seul le benzène fait partie des polluants très prioritaires au même titre que le formaldéhyde. Concernant ce dernier, aucun organisme ne fixe un seuil critique à 60 µg/m3 d’air et le kit n’est pas capable de détecter à moins. Or dans l’étude de l’OQAI réalisée sur 567 logements, 95 % avaient une teneur en formaldéhyde inférieure à 46 µg/m3. Ce kit est donc inapte à détecter les polluants aux teneurs communément rencontrées dans les logements.

(1) Vendu entre 40 et 45 €.