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Protections menstruellesPourquoi les éponges posent question

Audrey Vaugrente
Gabrielle Théry

par Audrey Vaugrente, Gabrielle Théry

Parmi l’éventail des protections menstruelles, on trouve des éponges – naturelles ou synthétiques, réutilisables ou jetables. Un produit inhabituel qui soulève quelques doutes.

Souvent présentées comme des alternatives aux tampons, les éponges ne dominent pas le marché des protections menstruelles, tant s’en faut. C’est heureux, au vu des nombreuses questions soulevées par les 2 produits achetés pour notre test de protections destinées à des flux abondants. L’un est en éponge naturelle et réutilisable, le second jetable et en mousse. Ni l’un ni l’autre n’annonce de capacité d’absorption – même vague. C’est donc aux consommatrices d’en faire la découverte.

Les éponges naturelles lavables Anae s’en sont sorties honorablement lors de nos tests, bien qu’on ne comprenne pas l’intérêt de fournir 3 tailles différentes sans plus d’indications. Malgré leur apparence friable à sec, elles conservent leur intégrité à l’insertion et au retrait. Ce dernier peut s’avérer compliqué, en l’absence de cordon. Les éponges jetables, quant à elles, remportent la palme du produit générant des déchets inutiles. Elles-mêmes en mousse polyuréthane, elles sont emballées dans un blister non recyclable et livrées dans un grand paquet en carton. Le produit n’a rien pour lui : encombrant, coûteux… et peu performant, puisqu’il absorbe autant qu’un tampon n’affichant que 2 gouttes (soit 6 g).

Les éponges réutilisables soulèvent, de leur côté, quelques questions sur leur sécurité à l’usage. Elles doivent être humidifiées et essorées avant insertion – étape nécessaire pour les assouplir. Entre chaque port, il est recommandé de les rincer à l’eau froide, puis de les nettoyer avec de l’eau chaude et du savon doux, et enfin de les laisser sécher à l’air libre. Est-ce suffisant pour retirer tout le sang et débarrasser l’éponge d’éventuelles bactéries ? Au vu de la structure spécifique des éponges, on peut en douter. « On voit mal comment ce type de produit ne serait pas à risque », constate Gérard Lina, professeur de microbiologie au Centre national de référence sur les staphylocoques, à Lyon, l’un des premiers en France à avoir mis en place des recherches sur le choc toxique menstruel.

De sérieux doutes

Le choc toxique menstruel, ou syndrome du choc toxique (SCT), est une infection rare mais grave en lien avec le port de protections menstruelles internes. Il est causé par la libération dans le sang d’une toxine bactérienne, la TSST-1, produite par la bactérie Staphylococcus aureus, naturellement présente sur notre peau et nos muqueuses. « Il y a trop peu d’utilisation des éponges pour estimer le risque de SCT, qui lui-même est rare. Mais toutes les protections internes sont associées à un risque, et la durée du port est clairement en cause », explique le chercheur. Plusieurs cas ont été rapportés dans les années 1980 aux États-Unis, mais les éponges étaient alors utilisées comme contraception, et portées 24 heures d’affilée.

La structure même des éponges semble faciliter l’adhérence et le développement de bactéries. L’introduction d’air dans le vagin pourrait aussi favoriser la croissance du staphylocoque doré. Et plusieurs études, certes sur des éponges de cuisine, ont montré la quasi-impossibilité de les nettoyer – même en les chauffant au micro-ondes. Mieux vaut donc passer son tour et se fier plutôt aux tampons, coupes et disques. Pour les modèles réutilisables, le Pr Lina conseille de les stériliser à chaque utilisation plutôt qu’à chaque port. « Des travaux ont montré que du biofilm bactérien se forme dès la première utilisation, avec potentiellement du staphylocoque doré », précise-t-il.

En cas d’utilisation de protection menstruelle interne et quel que soit son type, au moindre symptôme suspect (fièvre, symptômes grippaux, éruption cutanée), il faut retirer la protection et consulter en urgence.

Un tampon lavable aux performances minimes

Si l’on s’est habitué aux culottes menstruelles, les tampons lavables sont moins connus. Composés de coton, ils s’enroulent sur eux-mêmes avant de s’insérer dans le vagin. Mais ils absorbent beaucoup moins qu’annoncé : 7 g contre 12 à 15 attendus au vu des gouttes revendiquées. Et cette capacité diminue après 1 an d’utilisation. Mieux vaut les réserver aux petits flux pour s’éviter de mauvaises surprises.

Exemples de tampons lavables.

Audrey Vaugrente

Audrey Vaugrente

Gabrielle Théry

Gabrielle Théry

Rédactrice technique

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