Tiques Pensez aux antimoustiques

Tiques

Pensez aux antimoustiques

Publié le : 14/06/2017 

À moins de se vêtir de la tête aux pieds, pas facile de se protéger des tiques. Pourtant, les répulsifs antimoustiques ont montré une certaine efficacité.

 

Un antimoustique contre les tiques ? Drôle d’idée. Pourtant, les produits utilisés contre les moustiques ont aussi, dans leur grande majorité, un effet dissuasif sur les tiques. Une information intéressante car, dès la survenue du printemps et désormais partout en France s’il y a un peu d’humidité et de végétation, les tiques dures du genre Ixodes prolifèrent. Et avec elles, le risque d’être piqué et de se voir transmettre la maladie de Lyme, difficile à diagnostiquer.

Une allégation peu connue

Même si la maladie n’est pas mortelle, et ne pose pas les mêmes enjeux que le paludisme ou le virus Zika transmis par les moustiques, le mieux est d’éviter qu’une tique ne plante son rostre en un endroit chaud et humide de notre peau pour se gorger de sang. C’est pourquoi le principal conseil de prévention est d’adopter, pour les sorties en nature, une tenue couvrante. Les tiques n’évoluant pas au-delà de 1,50 m de hauteur, les jambes surtout sont à protéger, avec pantalons, guêtres et chaussettes. Un chapeau ne sera utile que pour les enfants (lire encadré). Mais un tel attirail est difficile à supporter quand il fait chaud. Un répulsif antimoustique constitue alors une bonne alternative. « À condition que l’utilisation soit ponctuelle, car on a peu de recul sur les effets à long terme des produits », souligne Nathalie Boulanger, pharmacienne et membre du centre national de référence Borrelia, à Strasbourg. En clair, le temps des vacances, ça passe. Mais s’en badigeonner tous les jours de l’année est une mauvaise idée. En France, les marques commencent à mettre en avant les propriétés antitiques de leurs produits antimoustiques. Si vous regardez bien les indications figurant en petits caractères au dos des flacons, la mention d’une efficacité sur les tiques est inscrite sur la quasi-totalité des répulsifs. Reste à savoir si l’impact sur les bestioles est réel. Malgré la difficulté à organiser les tests en laboratoires, la revue consumériste américaine Consumer Reports s’est risquée à l’exercice. Résultat, les sprays qui protègent des piqûres le plus longtemps, c’est-à-dire pendant 6 à 8 h, sont ceux qui contiennent du DEET (au moins 7 %), de l’icaridine (ou KBR 3023 à hauteur de 20 %), de l’IR3535 (ou EBAAP, à hauteur de 20 %) ou du citriodiol (PMBRBO). Les huiles essentielles n’agissent que brièvement et peuvent avoir des effets secondaires.

Pas de test en France

Il est probable que les répulsifs vendus en France et contenant ces molécules soient tout aussi efficaces. L’Anses (Agence nationale de sécurité sani­taire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) aurait entamé une évaluation mais les données ne sont pas encore disponibles.

Questions-réponses sur les tiques

Pourquoi les tiques piquent-elles ?

Elles ont besoin de sang à chaque stade de leur développement (larve, nymphe, adulte). Après s’être ancrée dans la peau d’un hôte, animal ou humain, une tique se nourrit pendant quelques jours, grossit, puis se détache une fois repue. Les nymphes sont les plus abondantes dans l’environnement.

Y en a-t-il plus qu’avant ?

« Difficile à dire de façon certaine, souligne Olivier Plantard, directeur de recherche à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), car il n’y a jamais eu d’observatoire. Mais nous savons qu’elles colonisent des zones où elles n’étaient pas avant. Elles progressent vers le nord et en altitude. » Depuis trois ans, l’Inra observe 7 sites pour mieux connaître l’activité des tiques.

Où trouve-t-on Ixodes, la tique dure qui transmet la maladie de Lyme ?

Partout où il y a de la végétation et de l’humidité, jusqu’à 1 500 m d’altitude. Donc en particulier dans les zones boisées, mais de plus en plus souvent dans les jardins des habitations. Pour limiter leur prolifération, il faut veiller à couper l’herbe pour priver les tiques de l’humidité dont elles ont besoin, mais aussi à clôturer pour éviter que les gros mammifères comme les chevreuils et autres cervidés ne viennent relarguer leurs tiques près des maisons.

Comment se protéger des piqûres de tiques ?

La protection vestimentaire est primordiale. Les bras doivent être couverts, mais ce sont surtout les jambes qu’il faut protéger, à l’aide de pantalons serrés aux chevilles, de guêtres et de chaussettes. En effet, les tiques attendent leur hôte à des hauteurs n’excédant pas 1,50 m, car elles ont besoin de rester proches de l’humidité du sol. De ce fait, elles s’accrochent surtout sur le bas des jambes, avant d’entamer leur ascension vers une zone de peau chaude et humide (plis du ventre, nombril, aine, parties génitales, aisselles, etc.) où s’accrocher pour commencer leur repas de sang. Pour les enfants, les tiques peuvent arriver par la tête, d’où l’utilité d’un chapeau ou d’une casquette quand ils sont petits. Un tissu de couleur claire permet de repérer rapidement une tique qui se déplace. Si vous vous asseyez dans l’herbe pour un pique-nique, prévoyez un tissu pour recouvrir le sol.

Les répulsifs antimoustiques sont utiles s’il fait trop chaud pour se couvrir. Ils sont à appliquer sur les zones découvertes de la peau. Attention, étant donné le profil toxicologique des molécules et le manque de recul en utilisation quotidienne, il vaut mieux n’y recourir que de façon occasionnelle, le temps des vacances par exemple. Si vous mettez de la crème solaire, étalez-la d’abord, puis attendez 15 à 20 minutes avant d’appliquer le répulsif. En zone très infestée, imprégnez vos vêtements avec un produit à base de perméthrine.

Les bracelets vendus en pharmacie n’ont strictement aucune utilité.

Les huiles essentielles, à la mode car naturelles, ont une action brève en raison de leur volatilité. En outre, elles ne sont pas dénuées de danger : la concentration toxique est vite atteinte. L’huile essentielle de citronnelle et celle d’eucalyptus citronné, souvent vendues pour leurs propriétés répulsives, contiennent des terpènes, susceptibles de provoquer des convulsions chez les enfants.

Où trouver des informations sur les répulsifs ?

Il est possible de se référer au tableau publié sur le site du ministère de la Santé (fichier PDF) récapitulant les répulsifs et résumant, au chapitre consacré aux piqûres d’arthropodes (famille des tiques), les fréquences d’application selon l’âge.

Comment savoir si on a été piqué par une tique ?

Au retour d’une sortie, une inspection minutieuse de l’ensemble de la peau est nécessaire, cuir chevelu compris. Il faut être attentif car une nymphe de tique est si petite qu’elle peut passer pour un grain de beauté. Il ne faut pas hésiter à passer la main sur la peau, lors de la douche par exemple, pour repérer les reliefs inhabituels.

Et si une tique s’est accrochée ?

Il faut l’enlever avec une pince ou, mieux encore, un tire-tique, en veillant à bien prendre les pièces piqueuses. N’utilisez pas d’éther. Après l’avoir retirée, désinfectez la piqûre et lavez-vous les mains. Si la tique était déjà gonflée, signe qu’elle était accrochée depuis quelques jours, une consultation médicale s’impose. De la même façon, allez voir un médecin si des cercles rouges apparaissent autour de la piqûre (érythème migrant) dans les jours qui suivent le retrait, ou si des symptômes grippaux (maux de tête, courbatures, fièvre) se manifestent.

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Exemples de tire-tique.

Notes

 Travail réalisé avec l’aide de Nathalie Boulanger, pharmacienne, membre du centre national de référence Borrelia de Strasbourg, enseignant-chercheur sur les tiques et les maladies qu’elles transmettent. Elle déclare n’avoir pas de liens d’intérêt avec les fabricants de répulsifs.

Anne-Sophie Stamane

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