Audioprothésistes

Entendons-nous bien...

Publié le : 05/12/2015 
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S’il est habituel que les professionnels dont les mauvaises pratiques sont mises en cause par une de nos études réagissent, la réponse de l’UNSAF, syndicat d’audioprothésistes, à notre étude sur le marché verrouillé des aides auditives m’a frappé pour deux raisons. Sa promptitude, tout d’abord, puisqu’elle était en ligne une heure avant le début de notre point presse ! Son caractère long et fouillé, ensuite. Je ne peux que me féliciter que le débat lancé par l’UFC-Que Choisir permette des échanges argumentés entre les parties prenantes. Rien n’est pire que problèmes tus.

Mais la lecture attentive de la réponse de l’UNSAF me laisse un goût amer. Car cette avalanche de chiffres, aux sources parfois bien hasardeuses d’ailleurs, s’avère en réalité un rideau de fumée à l’abri duquel l’UNSAF nie le véritable problème de ce marché : la pénurie de professionnels. En effet, pour couvrir les besoins de la population française, ce ne sont pas 3100 audioprothésistes, comme actuellement, qu’il nous faudrait, mais plus de 7000. Un objectif impossible dans le système actuel, où le gouvernement a mis en place un numerus clausus bien trop restrictif, avec l’entier soutien de la profession. Or, c’est cette pénurie qui crée du renoncement aux soins, que l’UNSAF évalue timidement entre 500 000 et 1 million de personnes. Notre étude le démontre pourtant, à partir d’une comparaison européenne : ce sont en réalité 2,1 millions de malentendants français qui ne peuvent pas s’équiper en audioprothèses en raison de leur coût prohibitif (3100 € pour les deux oreilles, dont 2200 € de reste à charge pour le patient).

Dès lors, une divergence de fond se fait jour entre notre analyse et celle de l’UNSAF : les audioprothésistes voudraient voir le remboursement de l’assurance maladie, il est vrai très limité, augmenter immédiatement. Pour l’UFC-Que Choisir, il n’est pas question, en l’état actuel du marché, de financer davantage par les cotisations de tous la rente de rareté dont bénéficient les audioprothésistes. C’est seulement une fois le numerus clausus relevé durablement, et les prix revenus à la normale, que nous pourrons discuter d’une hausse de l’intervention de l’assurance maladie.

Je ne peux terminer ce billet sans réagir à l’inacceptable mise en cause dont fait l’objet notre association. L’UNSAF nous accuse, toute honte bue, d’être à la solde des complémentaires santé, qui se trouvent être sur une position proche de la nôtre dans ce combat pour une baisse du prix des audioprothèses. Je vous laisse juges, lecteurs, du bien-fondé de cette vilénie, l’esprit tranquille en repensant à nos nombreux combats, politiques et juridiques, passés et en cours, contre les mauvaises pratiques des acteurs assurantiels…

Alain Bazot

Président de l'UFC - Que Choisir