Stocks de médicaments  Un timide mais salutaire premier pas

Stocks de médicaments 

Un timide mais salutaire premier pas

Publié le : 02/04/2021 

La longue mobilisation de l’UFC-Que Choisir aura fini par payer : le décret sur les stocks de médicaments a enfin été publié ce mercredi 31 mars. Cependant, la durée trop limitée des stocks vient ternir le tableau ; le texte manque son objectif de sécurisation réelle de l’accès aux médicaments dans les situations d’approvisionnement tendues.

 

J’avais déjà eu l’occasion de dénoncer le retard à l’allumage pour la publication de ce Décret. La loi, pourtant votée fin 2019, a rencontré la franche opposition des industriels qui avaient menacé de moins bien approvisionner le marché français. En effet, la constitution de stocks sera désormais à leur charge, une obligation mal vécue par une industrie qui semble parfois plus attachée à la recherche du moindre coût qu’à la protection de la santé publique. La pression des laboratoires avait atteint son paroxysme à Bruxelles, aboutissant au blocage du texte pendant de longs mois par la Commission européenne, au motif d’entrave à la libre circulation des biens…

Le Décret est enfin publié ! Je ne peux que saluer sa publication en raison du signal fort qu’il envoie : la lutte contre les pénuries de médicaments passe nécessairement par la constitution de stocks. Cette mesure doit avoir vocation à s’étendre en Europe, puisque c’est par des stocks conséquents européens que le Vieux Continent sera en mesure de se prémunir contre les effets désastreux des pénuries récurrentes.

Mais la lecture de ce texte ne peut manquer de laisser un goût d’inachevé. Tout d’abord, seuls les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur sont dans les faits concernés par les stocks. Surtout, la couverture des besoins des usagers est limitée à deux mois, ce qui est notoirement insuffisant quand on sait que les pénuries durent en moyenne 14 semaines. Pour assurer l’accès de tous aux traitements, l’UFC-Que Choisir militait, avec d’autres associations d’usagers, pour la constitution d’au moins quatre mois de stocks. Nous sommes aujourd’hui loin du compte !

Avec la publication du décret stock, c’est donc un premier pas qui est fait en faveur des usagers. Pour qu’il constitue une réelle avancée en matière de santé publique, j’appelle à un renforcement des contrôles et à des sanctions véritablement dissuasives pour les industriels récalcitrants. Enfin, j’en appelle de nouveau à une prise de conscience des pouvoirs publics : le manque d’ambition nuit gravement à la lutte contre les pénuries de médicaments !

Alain Bazot

Président de l'UFC - Que Choisir