Pouvoir d'achat Attention au coût de votre complémentaire santé !

Pouvoir d'achat

Attention au coût de votre complémentaire santé !

Cette année encore, le prix des complémentaires santé individuelles, qui représentent la moitié du marché, va s’envoler. Pas simple de limiter la casse.

 

Des centaines d’échéanciers, transmis à la suite d’un appel à témoignages lancé par Que Choisir, montrent que la hausse moyenne du coût des complémentaires santé individuelles s’élève pour 2019 à 8 %. Dans quelques cas, l’inflation atteint 40 %.

Selon l’âge et le nombre de personnes couvertes, le budget consacré à la couverture complémentaire peut varier de 35 à plus de 300 € par mois. Une somme importante, sachant que ce type de contrats concerne des personnes à la retraite, au chômage, des fonctionnaires, indépendants, précaires, ou encore intérimaires. Ces catégories ne sont pas les mieux loties en termes de revenus : le point d’indice de la fonction publique est gelé pour 2019, et les pensions de retraite ont été désindexées de l’inflation globale. Une cotisation annuelle de complémentaire peut représenter, pour un couple à la retraite, plus d’un mois de pension.

 

Cotisation en hausse, couverture en baisse

La flambée des tarifs n’est pas une surprise. Malgré les incantations gouvernementales, il y avait fort à parier que les complémentaires santé prendraient prétexte de leur contribution au « reste à charge zéro » sur les lunettes, les prothèses dentaires et les audioprothèses pour renchérir les contrats. Il est vrai que pour concrétiser la couverture totale de ces soins, elles mettront au pot à hauteur de 150 à 500 millions d’euros par an. Mais comme le souligne France Assos Santé, collectif d’associations de patients dont l’UFC-Que Choisir, l’argument relève de la mauvaise foi. Le « reste à charge zéro » ne sera effectif qu’en 2020 pour les lunettes, en 2021 pour les aides auditives, et s’étalera entre 2020 et 2021 pour les prothèses dentaires. Il n’y a pas de raison objective d’appeler tout de suite des tarifs plus élevés, les nouvelles prestations n’étant pas servies avant un, voire deux ans.

En réalité, les tarifs progressent depuis de nombreuses années. Pour des raisons qui tiennent plus au marketing qu’à une meilleure couverture. Car sur ce chapitre, il n’a pas échappé aux assurés que, pour des prix à la hausse, les prestations sont plutôt en recul. Des plafonds de remboursements ont été mis en place en optique : 470 € pour les verres simples, 750 € pour des verres progressifs, avec un maximum de 150 € pour la monture. Et sauf modification de la correction, la prise en charge des lunettes est maintenant limitée à un équipement tous les deux ans. La couverture des dépassements d’honoraires a également subi un sérieux coup de rabot. Si le médecin consulté n’a pas signé d’engagement de modération de ses dépassements (Optam, ou option de pratique tarifaire maîtrisée), la complémentaire santé sanctionne le patient en le remboursant beaucoup moins. Le reste à charge peut s’élever à plusieurs centaines d’euros. Pour éviter cette situation, il est vivement conseillé de consulter un médecin ayant signé un contrat Optam avec l’assu­rance maladie. L’information est disponible sur le site annuairesante.ameli.fr. Finalement, la seule dépense mieux couverte est le forfait journalier hospitalier : les complémentaires sont, depuis le 1er janvier 2018, obligées de rembourser cette dépense, qui correspond aux frais d’hôtellerie liés à une hospitalisation et, ce, quelle que soit la durée du séjour.

Aide à la complémentaire santé

Histoire d’un droit délaissé

Il y a plus de dix ans, l’aide à la complémentaire santé (ACS) a été mise en place pour les personnes ne pouvant bénéficier de la couverture maladie universelle (CMU), mais n’ayant pas les moyens de se payer une complémentaire santé classique. L’ACS se présente sous la forme d’un chèque d’un montant variant selon l’âge, à faire valoir auprès d’une mutuelle proposant des contrats spécifiques ACS. L’aide se monte par exemple à 550 € pour les plus de 60 ans. L’ACS garantit aussi des tarifs médicaux sans dépassements d’honoraires et des tarifs maximaux pour l’orthodontie et les prothèses dentaires. Elle dispense, en outre, de payer les franchises sur les consultations et boîtes de médicaments. L’ACS n’a cependant jamais vraiment trouvé son public. En 2017, 55 % des personnes éligibles ne la demandaient pas, par manque d’informations et en raison des démarches à engager pour l’obtenir. Avec ceux qui sollicitent l’ACS mais n’utilisent pas le chèque parce que la complémentaire reste trop élevée, c’est 65 % des foyers éligibles qui renoncent à leur droit.

4 pistes pour faire baisser le coût 

  • Utiliser notre comparateur de mutuelles et faire jouer la concurrence.
  • Étudier la possibilité de se passer d’une complémentaire santé. Attention, mieux vaut être en bonne santé, et ne pas avoir de correction visuelle ou besoin de soins dentaires lourds ! En cas de gros pépin, l’assurance maladie couvrira la quasi-totalité des dépenses via le dispositif « affection longue durée » (ALD), à l’exception du forfait journalier à l’hôpital (20 € par jour). Mais pour d’autres situations où il faudra régler la part des soins non couverte, il est indispensable d’épargner régulièrement. 
  • S’assurer a minima. Quelques assureurs proposent des contrats limités aux soins hospitaliers. L’avantage est que le forfait journalier sera couvert. Il faut là aussi épargner.
  • Souscrire à une mutuelle collective ou communale. Depuis quelques années, des municipalités aident leurs administrés à contracter, en groupe, une complémentaire santé moins coûteuse. Attention, à des tarifs attractifs les premières années peuvent succéder des prix prohibitifs, surtout pour les plus de 65 ans.

Dernière minute. L’Élysée a mis sur la table la possibilité de résilier la complémentaire santé à tout moment, et non plus seulement une fois par an. Une excellente mesure si elle se confirme.
 

Zoom sur l’accès aux soins

Les difficultés d’accès aux soins figurent en bonne place parmi les plaintes des « gilets jaunes ». Les statistiques officielles confirment leur vécu : les zones rurales et périurbaines sont touchées de plein fouet par la vague de départs en retraite des médecins formés dans les années soixante-dix. La situation ne se redressera que dans quelques années, quand le relèvement du numerus clausus, décidé dans le courant des années 2000, fera sentir ses effets. Pour le moment, par manque de généralistes, il devient difficile de trouver un médecin traitant. Or, sans médecin traitant, les consultations sont nettement moins bien remboursées. N’hésitez pas à informer votre caisse d’assurance maladie si vous êtes dans l’impasse et qu’aucun praticien n’accepte d’être votre médecin traitant. Vous serez dispensé de respecter le parcours de soins et serez remboursé normalement. Pour votre suivi médical, vous pouvez également regarder du côté des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), où médecins, infirmières, kinésithérapeutes ou encore dentistes travaillent en équipe. Leur multiplication contribue à pallier la pénurie. Du côté des spécialistes, le manque est tout aussi criant. Non seulement ils sont rares, mais ils sont également rares à pratiquer en secteur 1, c’est-à-dire à appliquer les tarifs de la Sécurité sociale.

Bon à savoir

  • La carte interactive de la fracture sanitaire établie par l’UFC-Que Choisir peut vous aider à cerner la situation de votre région.
  • L’annuaire de l’assurance maladie (annuairesante.ameli.fr) répertorie les praticiens par critères géographiques.

Hélas, pour le moment, aucun outil ne permet de raccourcir les délais de rendez-vous…

Anne-Sophie Stamane

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