Produits anticholestérol

Font-ils plus de mal que de bien ?

Publié le : 02/10/2009 

Les effets sur la santé cardio-vasculaire des produits enrichis aux phytostérols ou phytostanols ne sont pas évalués. L'UFC-Que Choisir saisit les autorités sanitaires.

 

Ils font partie des rares produits qui méritent vraiment le nom d'alicament. Les spécialités enrichies aux phytostérols (margarine Pro-activ, sauce Actistérol, yaourts Danacol) prétendent faire baisser le cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol) d'environ 10 %. Les phytostérols sont naturellement ­présents en faible quantité dans certains végétaux, mais une alimentation normale nous en apporte environ 300 mg seulement par jour. Avec les produits enrichis, si on suit les recommandations de consommation, on atteint 2 à 2,5 g, ce qui s'apparente à une dose médicamenteuse. L'effet sur la baisse du cholestérol LDL est avéré, des dizaines d'études en attestent. Pourtant, dès la mise sur le marché du pionnier Pro-activ, voilà une dizaine d'années, certaines voix se sont élevées au sein du corps médical pour en contester l'utilité. Pour obtenir un effet significatif (- 10 % de LDL), il faut consommer quotidiennement 30 g de margarine, ce qui est loin d'être négligeable. Et ce, à vie, puisque l'effet cesse dès lors qu'on ­arrête la consommation. Surtout, même si l'effet sur le marqueur qu'est le cholestérol LDL est réel, il n'existe aucune preuve que la consommation de ces produits diminue le risque de maladie cardio-vasculaire et de décès induits. « Il est maintenant nécessaire de mettre sur pied des études d'intervention montrant que cette baisse du cholestérol LDL est bien associée à une baisse de la morbi-mortalité (1) cardio-vasculaire. Cela permettrait de vérifier que le bénéfice de la réduction du LDL n'est pas amoindri par un quelconque autre facteur non identifié », réclamait le professeur Éric Bruckert, endocrinologue à l'hôpital de la Pitié Salpetrière à Paris, dès 2003 (2). Et de ­citer plusieurs cas d'études où une ­diminution de certains marqueurs de risque était associée à une stagnation, voire une augmentation des maladies cardio-vasculaires. L'idée n'a jamais été reprise par les fabricants. Motif avancé chez Unilever : Pro-activ ne prétend pas réduire le risque de maladies cardio-vasculaires. C'est pourtant ce qui est induit dans l'esprit du consommateur : à quoi bon faire baisser votre cholestérol si, ce faisant, vous ne protégez pas votre coeur ?

De sérieux doutes

La question se pose avec davantage d'acuité depuis la parution d'études montrant une absorption accrue des phytostérols lorsqu'on consomme des produits enrichis. Avec une alimentation normale, les phytostérols sont très majoritairement excrétés. Mais avec des doses massives, l'absorption semble boostée, au moins chez certaines ­personnes. D'où des taux sanguins de phytostérols beaucoup plus élevés que la normale. Or, cette particularité se ­retrouve chez des malades atteints d'une pathologie nommée sitostérolémie, qui induit un risque très important de maladies cardio-vasculaires. Le doute est alors né dans l'esprit des chercheurs : se pourrait-il que même chez les p­ersonnes indemnes de cette maladie, un taux sanguin élevé en phytostérols soit corrélé à un risque cardio-vasculaire accru ? Si certaines études ne montrent pas de lien particulier, d'autres, au contraire, mettent en ­lumière une augmentation sensible du risque. Passant en revue les recherches sur la question, une équipe allemande écrivait en janvier dernier, dans l'European Heart Journal, que « les données épidémiologiques ainsi que les études in vitro et in vivo récemment publiées ­suggèrent que les phytostérols induisent potentiellement des effets cardio-vasculaires négatifs. » Déjà, à l'occasion d'un dossier sur ce sujet, la revue médicale française indépendante Prescrire concluait : « Parmi les mesures non ­médicamenteuses de prévention cardio-vasculaire, la consommation d'aliments enrichis en phytostérols ou phytostanols (3) n'a pas sa place. Le dossier d'évaluation ne comporte aucune donnée clinique concernant la mortalité ou les accidents cardio-vasculaires. Certains événements indésirables sont à rapprocher de ceux connus chez des patients ayant une ­sitostérolémie familiale. En pratique, les patients ont intérêt à faire évoluer leur alimentation vers un régime de type ­méditerranéen.» C'était en 2005. Depuis, des tonnes de produits enrichis ont été vendues, peut-être pour le bien des acheteurs, peut-être sans effet sur leur santé, peut-être à leur détriment. L'UFC-Que Choisir a décidé de saisir l'Agence française de sécurité sanitaire des ­aliments (Afssa) pour faire la lumière sur les effets réels de ces produits.

(1) C'est-à-dire les maladies et la mortalité cardio-vasculaires.

(2) Le Quotidien du médecin, édition du 10 mars 2003.

(3) Les phytostanols, dérivés des phytostérols, utilisés notamment dans la margarine St Hubert Cholegram, ne semblent pas faire grimper le taux sanguin de phytostérols. Cependant, leurs effets ­santé à long terme ne sont pas davantage évalués que ceux des phytostérols.

Fabienne Maleysson

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