Restauration rapide

Décryptage des menus enfants

Publié le : 20/10/2016 

Les enfants constituent une cible essentielle pour les enseignes de fast-food, qui cherchent à redorer leur image auprès des parents avec des menus enfants plus sains. Qu’en est-il ?

 

Plus varié, moins gras, plus vert… Pour soigner leur image et lutter contre leur étiquette « malbouffe », McDonald’s, Quick, KFC et Burger King entendent offrir à leurs jeunes consommateurs des menus « que les enfants adorent » tout en étant « pensés pour eux » et « adaptés à leurs besoins ». Les menus enfants représentent en effet une offre d’appel déterminante pour les géants du fast-food, qui comptent bien vendre des burgers aux parents. « Dans notre restaurant, près d’un plateau sur trois comprend un Happy Meal, et les chiffres s’envolent les mercredis et le week-end », commente un ancien manager du McDo La Valentine, à Marseille.

 

Des offres qui ratent leurs cibles

Premier constat, certains menus « équilibrés » manquent d’attractivité. « On emmène un enfant au fast-food pour lui faire plaisir ! Apporter plus d’équilibre dans l’offre est souhaitable mais encore faut-il coller un minimum à ses attentes », estime le DChantal Julia, médecin nutritionniste à l’hôpital de Bobigny (93), dubitative face à la page Internet que McDonald’s France dédie au Happy Meal. La chaîne, qui s’y targue de proposer 540 combinaisons grâce aux différents produits de son offre, suggère un menu type composé de « nuggets + tomates cerises + eau minérale + jus de pomme ». Le tout sans sauce. « Difficile d’imaginer qu’un enfant fasse un tel choix, ne serait-ce que par l’absence de frites ! », commente la nutritionniste.

La pomme de terre frite est d’autant plus indétrônable que l’offre alternative est peu réjouissante, voire inadaptée. Ainsi, chez Burger King, les enfants n’aimant pas les pommes de terre se voient proposer la salade verte des menus adultes ! Du côté des autres enseignes, les bâtonnets de carotte à saucer (exclusivité Quick) ou tomates à croquer (Quick, McDo et KFC) sont plus adaptés mais les portions sont congrues ! Alors que les recommandations du PNNS (programme national nutrition santé) précisent qu’une portion de légume doit en moyenne faire 80 g, les bâtonnets de carotte atteignent à peine la moitié de ce poids et les sachets de tomates cerises 60 g pour McDo et seulement 32 g pour KFC dont le sachet en contient quatre. Difficile de concurrencer la frite, dont le cornet affiche 80 à 120 g selon les enseignes !

Certains restaurants ont carrément abandonné les crudités. Et si McDo France exige de ses restaurants de toujours avoir à la carte une alternative aux frites et potatoes, un petit tour dans le XIIIarrondissement de Paris nous a permis de constater que seul trois des six McDo de cet arrondissement ont des tomates cerises à leur carte. La raison invoquée en off : une demande trop faible pour écouler des stocks périssables. « L’idéal serait d’offrir les crudités en plus, comme McDo le propose pour les fruits à croquer, offerts un mercredi par mois à l’achat d’un Happy Meal », résume le Dr Julia, qui note que côté dessert, avec chacun un yaourt à boire et des fruits en gourde ou en sachet à croquer à leur carte, les quatre enseignes présentent une offre satisfaisante.

Enfin, si les fast-foods se piquent de considérer l’équilibre nutritionnel comme l’une de leurs priorités, seules 65 % des combinaisons possibles de Happy Meal correspondent aux besoins d’un enfant de 6 ans. Et, selon les propres dires du site «KFC s’engage », 15 % de leurs menus apportent 30 % des apports journaliers recommandés au déjeuner ou dîner. 

 

Équilibre à géométrie variable

Pas de quoi s’affoler, prévient le DLaurence Plumey, auteur du Grand livre de l’alimentation (éd. Eyrolles). « On peut très bien maintenir un bon équilibre alimentaire en mangeant de temps en temps au fast-food, en proposant un menu plus léger, mais riche en légumes, au dîner », indique la nutritionniste, qui conseille toutefois d’éviter le menu avec soda. En effet, même en version enfant (25 cl), le soda double le nombre de sucres simples apportés par un menu, soit au moins 27 g (4,5 morceaux de sucre pour un gobelet !), alors que les apports ne devraient pas, idéalement, dépasser 25 g par jour. Sans compter la tentation de se resservir aux fontaines à soda chez Quick. Au final, ce type de repas doit rester un plaisir occasionnel, pas plus d’une fois par semaine, voire par mois.

L’information nutritionnelle

Gage de transparence, elle est loin d’être limpide dans toutes les enseignes

McDonald’s 

 +  Un calculateur en ligne permet d’évaluer les différentes combinaisons • L’information nutritionnelle est affichée sur les emballages
 -   Pas d’information sur le détail des produits et les sauces ne semblent pas prises en compte

 

Quick

 +    Un calculateur en ligne indique la valeur nutritionnelle d’un menu (sauces comprises) au regard des apports recommandés

 

Burger King

 -   Le seul moyen d’avoir accès aux informations nutritionnelles : le service consommateur !

 

KFC

 -   Un immense tableau en ligne détaille l’ensemble de la gamme disponible. Et la réalité semble enjolivée. Exemple : 0 g de sel dans une petite portion de frites !

Marie-Noëlle Delaby

Contacter l’auteur(e)