Annonces immobilières

Un partenaire bien particulier

Publié le : 05/02/2008 

Grâce à son « fichier d'acheteurs », Partenaire européen, diffuseur d'annonces immobilières sur Internet, laisse entrevoir aux vendeurs une transaction rapide et sûre. En réalité, de nombreux clients s'estiment floués, car ils ont payé cher et aucun acheteur ne les a contactés.

 

Pour vendre une maison ou un appartement, quoi de mieux que de diffuser une annonce bien tournée, accompagnée de photos et d'un descriptif complet, auprès d'un large éventail d'acheteurs français et étrangers ? C'est le cocktail alléchant que propose le site Internet de Partenaire européen (www.partenaire-europeen.fr). Concrètement, après un premier contact au téléphone, un commercial se déplace au domicile du vendeur et constitue soigneusement le dossier, qui est ensuite publié sur Internet et dans le journal bimestriel « Appel Immo ». L'annonce est également personnellement adressée aux acheteurs que l'offre peut intéresser, et qui se sont inscrits sur Partenaire européen en précisant leurs critères de recherche. Cerise sur le gâteau : tout se passe entre particuliers. Il n'y a donc aucun frais d'agence à débourser si la transaction aboutit. Au regard de cet avantage substantiel, le tarif de diffusion, compris entre 780 et 2 500 euros, ne paraît finalement pas si élevé. Mais si toutefois, à ce stade, le vendeur n'était pas convaincu, Partenaire européen a tout prévu : pour trois des cinq contrats possibles, la diffusion est assurée « jusqu'à la vente du bien ».

« Personne ne m'a appelé »

Séduits par la formule, beaucoup de vendeurs ont franchi le pas, trop heureux à l'idée de se défaire de leur bien en quelques mois seulement, et pour un bon prix. Mais devant l'évidence, nombre d'entre eux ont vite déchanté. Pour la plupart, ils n'ont pas fait affaire, et se sont senti arnaqués. Ainsi, René Gauthier, qui vend une villa dans le Vaucluse, s'est engagé fin août 2007 à payer 198 euros par mois pendant 10 mois pour une publication sur www.partenaire-europeen.fr jusqu'à la vente du bien. Son dossier a été mis en ligne, il n'y a pas de doute sur ce point. Mais en plus de cinq mois, il n'a reçu qu'un seul coup de téléphone d'un éventuel acheteur. Sans suite. Même déception pour Xavier Mathieu (1), qui a payé en tout 1 520 euros, acceptant même le crédit Sofinco proposé par Partenaire européen. « Personne ne m'a appelé », affirme-t-il aujourd'hui.

En contactant, au hasard, une vingtaine de vendeurs dont les coordonnées figurent sur le site de Partenaire européen, nous avons pu constater que ces deux cas n'étaient pas isolés. Loin de là. Que leur annonce soit présente depuis plus d'un an ou seulement deux mois, la grande majorité de ces personnes n'ont eu que très peu, voire aucun retour - sans même parler de visite ! Une situation d'autant plus rageante que le prix de la diffusion, acquitté en dix fois, est dû dans son intégralité, quoi qu'il arrive. Y compris si le bien ne trouve pas preneur, s'il est vendu au bout d'un mois seulement, ou si le vendeur décide de retirer son annonce et souhaite arrêter de payer.

30% des plaintes

Interrogé, Partenaire européen peut difficilement nier l'absence de contacts : ce motif représente 30 % des courriers de plainte qu'il reçoit. Mais selon la direction, le phénomène serait lié, en quelque sorte, à l'exhaustivité du descriptif qui accompagne chaque annonce. Les acheteurs n'ont pas besoin d'appeler pour avoir des informations supplémentaires, ils ont tout sous la main ! D'ailleurs, « les dossiers sont très consultés », note Jean-François Dubois, président et fondateur de Partenaire européen. Seul hic : « On ne peut pas le prouver. » Un peu faible, l'argument n'explique pas pourquoi les acheteurs sollicitent si peu de visites. Là, Partenaire européen botte en touche : « Les acheteurs sont libres de contacter ou non les vendeurs. Notre mission consiste uniquement à diffuser les annonces, pas à garantir qu'il y aura des contacts. Nous ne sommes pas des agents immobiliers », explique Jean-François Dubois. D'ailleurs, à l'en croire, les commerciaux de Partenaire européen ont interdiction d'affirmer que « dans 6 mois, c'est vendu ». Malheureusement, les témoignages qui nous sont parvenus montrent que cette consigne n'est pas scrupuleusement respectée.

Aucune garantie

Au minimum, les représentants jouent abondamment sur le nombre d'acheteurs inscrits auprès de Partenaire européen, et qui « cherchent dans la région ». Les vendeurs en déduisent logiquement que leur bien va partir en quelques semaines. Malheureusement pour eux, si Partenaire européen dispose en effet d'un fichier d'acheteurs, rien ne garantit que leurs critères correspondent aux offres présentes sur le site. Pour preuve, sur les 10 000 acheteurs déclarés, seuls 3 600 ont effectivement reçu par courrier, entre octobre et décembre 2007, une « sélection personnalisée » de biens en vente, constat d'huissier à l'appui. Sans préjuger de la pertinence de ces chiffres, ni des envois par courriel qui ne font l'objet d'aucun comptage officiel, c'est manifestement insuffisant pour répondre aux attentes légitimes des vendeurs.

Ces derniers, échaudés, finissent par tenter d'autres pistes, et constatent qu'en passant par d'autres diffuseurs, ou par les agences qu'ils voulaient précisément éviter, ils ont un peu plus de succès. Ainsi, René Gauthier, qui a contacté une agence mi-décembre, a déjà eu la visite d'un acheteur intéressé. Xavier Mathieu a, lui, mis son annonce sur Particulier à particulier et confié la vente de son appartement à plusieurs agences. Il a entre trois et cinq visites par mois. Ces résultats sont minces, mais meilleurs que ceux obtenus en plusieurs mois de parution sur le site de Partenaire européen. Et pour moins cher.

« Où sont les acheteurs ? »

Au final, les vendeurs mécontents sont surtout troublés par l'impossibilité de s'assurer que Partenaire européen travaille réellement à recruter des acheteurs. « Les annonces passent sur les sites de Paruvendu et de Topannonces, se défend Jean-François Dubois. Et pour inciter les acheteurs à s'inscrire sur notre site, nous passons des publicités pour Partenaire européen dans les journaux étrangers. » Ces initiatives semblent pourtant assez marginales, surtout comparées aux gros efforts engagés pour démarcher des vendeurs. Et une brève recherche en anglais et en néerlandais sur Internet montre que le site de Partenaire européen n'est pas référencé dans le secteur de l'immobilier entre particuliers au niveau européen. La cible n'est donc pas l'acheteur anglais prêt à mettre beaucoup d'argent pour une villégiature en France. S'ajoute à cela le refus de Partenaire européen de communiquer sur le nombre de biens vendus par son intermédiaire, au prétexte que les vendeurs ne le préviennent pas systématiquement d'une éventuelle transaction. Il ne serait pourtant pas difficile de contacter chaque vendeur régulièrement pour savoir s'il a vendu, et grâce à qui. Tous ces éléments ne plaident pas en faveur de Partenaire européen.

Un crédit à taux zéro peu orthodoxe

Les commerciaux de Partenaire européen proposent aux vendeurs de prendre un crédit Sofinco, remboursable en dix fois, pour couvrir le prix de la diffusion de leur annonce. Pourquoi s'en priver, dans la mesure où le taux d'intérêt est nul ? En réalité, le procédé, assimilé à un crédit gratuit, n'est admis dans le domaine de la consommation que s'il est fait mention dans le même temps d'un paiement au comptant plus attractif. Or ce « détail » est introuvable sur les contrats dont nous disposons.

Autre possibilité : si le vendeur ne souhaite pas signer avec Sofinco, il peut tout simplement payer en dix fois sans frais. Ce qui ressemble à une facilité accordée par Partenaire européen n'en est pas moins une forme de crédit gratuit. Et à ce titre, un règlement au comptant minoré devrait être prévu. Ce qui n'est pas le cas.

Les tarifs introuvables

Un vendeur qui souhaite passer une annonce sur Partenaire européen peut avoir l'impression que la diffusion est gratuite. En effet, la première page de l'espace Vendeurs ne mentionne aucun prix : il suffit de saisir les caractéristiques du bien et ses coordonnées, et de valider. Ce n'est qu'en aboutissant sur la page suivante qu'on apprend qu'un téléconseiller va rappeler. Là encore, au téléphone, il n'est pas question de tarifs, mais de prendre rendez-vous avec un commercial. Le coût de diffusion n'est révélé que lorsque ce dernier vient à domicile pour expliquer la prestation de Partenaire européen. Comme le reconnaît Jean-François Dubois, si les tarifs étaient affichés sur le site, personne ne déciderait de passer d'annonce tant ils sont élevés au regard de ce qui se pratique par ailleurs.

(1) Le nom a été changé.

Anne-Sophie Stamane

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