Accident dans un magasin Les clients pourraient être mieux protégés

Accident dans un magasin

Les clients pourraient être mieux protégés

Publié le : 29/11/2017 

S’il est prouvé que le supermarché Leclerc a violé son obligation de sécurité générale de résultat, l’enseigne devra indemniser le client qui est tombé dans son magasin. L’application par la haute juridiction de l’article L. 221-1 du code de la consommation pour rendre cette décision constitue une nouveauté. Mais l’apport de la preuve d’une telle violation incombe cependant toujours au consommateur. Explications.

 

En 2010, monsieur X. a fait une chute sur un tapis antidérapant dans un magasin Leclerc et s’était blessé. Il a alors assigné le supermarché en justice, rapport d’expertise judiciaire à l’appui. Il était notamment précisé que le tapis n’était pas fixé au sol, lui-même glissant. Le tribunal ainsi que la cour d’appel de Poitiers ont jugé que l’enseigne n’était pas responsable et ont débouté la victime de sa demande.

Le client a ensuite saisi la Cour de cassation. Selon elle, la cour d’appel a affirmé « péremptoirement que l’article L. 221-1 du code de la consommation n'instaurait aucun régime de responsabilité autonome », permettant au client de demander des dommages et intérêts en cas d’accident. La haute juridiction précise alors que cet article L. 221-1, qui dispose que « les produits et les services doivent, dans des conditions normales d'utilisation ou dans d'autres conditions raisonnablement prévisibles par le professionnel, présenter la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre et ne pas porter atteinte à la santé des personnes », a été ici faussement interprété, puisqu’il impose à une grande surface une « obligation générale de sécurité de résultat » vis-à-vis de ses acheteurs. Pour un lieu de vente, cette obligation concerne non seulement les produits vendus mais aussi le bâtiment de commercialisation. L’affaire est depuis renvoyée à la cour d’appel de Bordeaux.

Fondement juridique inédit

L’application de cet article, issu du code de la consommation et non pas du code civil généralement utilisé dans ce genre de litige, est inédite. Ainsi, le recours à un tel fondement juridique apporte un moyen de droit supplémentaire pour les clients. Mais cela ne transforme pas en profondeur le droit des consommateurs et ne signifie pas que chaque personne qui tombe dans un supermarché sera désormais indemnisée. La victime doit tout de même prouver que le magasin n’a pas respecté son  obligation de sécurité générale. Dans cette affaire, difficile de mesurer pour l’instant la portée de ce revirement sans savoir si la cour d’appel de Bordeaux s’accordera avec la décision de la Cour de cassation.

Marie Bourdellès