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Cadmium (vidéo)Que peut-on encore manger ?

Elsa Abdoun

par Elsa Abdoun

Le cadmium préoccupe de plus en plus les Français. Et pour cause, la moitié d'entre nous est contaminée à des niveaux reconnus comme délétères pour la santé par les agences de santé publique. Une exposition excessive à cette substance pourrait fragiliser les os, endommager les reins, favoriser l'apparition de cancers, de maladies cardiovasculaires et de troubles du développement en cas d'exposition des femmes enceintes ou de jeunes enfants.  En attendant que des mesures politiques soient prises pour limiter la contamination de nos aliments, que faire au niveau individuel pour se protéger et protéger ses enfants ? On a pu lire et entendre un peu tout et n'importe quoi à ce sujet. Alors à Que Choisir, où l'on suit l'affaire de près et depuis longtemps, on a voulu faire le point.

Commençons par ce qui ne fait pas débat mais qu'il est indispensable de rappeler si vous êtes fumeur : réduire et encore plus arrêter la cigarette sera l'action la plus efficace pour diminuer votre exposition. Car le tabac représente quasiment la moitié des apports en cadmium des fumeurs en moyenne.

Privilégier les légumineuses

Ensuite vient l'alimentation. Elle représente l'autre moitié des apports chez les fumeurs et la quasi-totalité des apports chez les non-fumeurs.  L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) met en avant deux manières de limiter son exposition au cadmium par voie alimentaire. La première : limiter la consommation de produits à base de blé sucrés et salés, tels que les céréales du petit déjeuner, gâteaux, biscuits. Il est vrai que ces produits sont une source conséquente de cadmium dans la population. Près de 15 % chez les enfants et de 6 % chez les adultes. Sachant que ce sont en plus des produits déséquilibrés, souvent ultratransformés et sources d'autres contaminants comme l'acrylamide, on a effectivement tout intérêt à réduire leur consommation et à les remplacer au goûter ou au petit déjeuner, notamment par des fruits frais, secs ou en compote, un yaourt ou une tranche de fromage, plus équilibrés et moins contaminés. Attention cependant au sujet des céréales pour petit déjeuner, l’Anses recommande uniquement d'éviter celles à base de blé et sucrées. Les flocons d'avoine et certains mueslis sans sucre ajouté restent tout à fait recommandables.
Deuxième préconisation de l'Anses, introduire plus de légumineuses dans les repas à la place des aliments à base de blé. Pâtes, pain, semoule sont effectivement des sources conséquentes de cadmium puisqu'on les consomme en très grande quantité. Grossièrement, ils représentent entre un quart et un tiers des apports alimentaires chez les adultes et les enfants.
Les légumineuses telles que lentilles, pois chiches ou encore haricots blancs semblent nettement moins contaminées que le blé et elles ont un autre avantage : elles sont riches en fer et en calcium, des minéraux qui aident justement l'organisme à se protéger des méfaits du cadmium. N'hésitez donc pas à mélanger régulièrement la semoule à des pois chiches ou encore à remplacer de temps en temps les pâtes par des lentilles. Cela vous apportera aussi, au passage, de belles quantités de fibres et protéines.

Riz et les pommes de terre chargés en cadmium

Voilà pour les recommandations de l'Anses, qui sont les seules à avoir été très largement relayées dans la presse et les réseaux sociaux. Il semble pourtant exister d'autres moyens efficaces de réduire son exposition au cadmium, que l'agence n'a malheureusement pas choisi de mettre en avant. D'abord, si l’Anses fait le choix d'insister sur le blé, il est à noter que le riz et les pommes de terre sont tout autant chargés en cadmium, voire plus pour ces dernières. Nos analyses sur 45 références de riz, pommes de terre, chips, pâtes et pains le montraient déjà en 2022 et celles révélées par l’Anses en 2026 l'ont confirmé. Les chiffres publiés par cette agence indiquent même que l'apport de cadmium chez les enfants et adultes les plus exposés provient plus des pommes de terre que du pain et des pâtes réunis. Réduire sa consommation de pommes de terre et de riz est donc au moins aussi utile que réduire celle de blé. Là encore, la meilleure manière est d'en remplacer une partie par des légumineuses. Quant aux chips, on les fuit au moins autant que les gâteaux et biscuits.

Coquillages, abats, algues…

Deuxième information qui aurait mérité d'être donnée : le rappel des aliments les plus fortement contaminés par le cadmium et qu'une partie de la population consomme en trop grande quantité. Citons tout d'abord les coquillages. Ils représentent entre 15 et 20 % des apports en cadmium chez les adultes les plus contaminés, soit autant que pain et pâtes réunis. Les abats et les algues qui peuvent être une source importante de cadmium chez les consommateurs réguliers. Et enfin, le chocolat sur lequel nous vous alertions à l'été 2025. L'Anses n'a pas pu estimer la contribution totale de ce dernier à l'exposition en cadmium de la population, du fait qu'il se cache en tant qu’ingrédient dans de très nombreuses catégories de produits différentes. Il n'en reste pas moins que chez les enfants les plus exposés au cadmium, ils représentent environ 10 % de l'exposition rien que sous la forme de tasses de chocolat chaud et de confiseries, sans même compter donc le rôle qu'il joue très certainement dans les apports en cadmium des gâteaux, biscuits, viennoiseries, crèmes dessert ou encore céréales du petit déjeuner. Et parce qu'un chiffre vaut souvent mieux que de longs discours, on rappellera sur ce sujet qu'un seul carré de chocolat noir d'Amérique latine, dont les sols sont souvent riches en cadmium, apporte en moyenne autant de ce métal toxique qu'une pleine assiette de pâtes.

Moindre contamination des aliments bios

Dernière recommandation que l'Anses n'a pas jugé utile de faire, privilégier les aliments bios. Différentes études ont pourtant suggéré une moindre contamination au cadmium des végétaux labellisés Agriculture biologique (AB), et nos propres analyses vont dans ce sens. Dans notre test de pâtes publié en février 2026, par exemple, les pâtes blanches bios s'avéraient deux fois moins contaminées en moyenne par le cadmium que les pâtes blanches non labellisées. Certes, les experts de l'Anses affirment, sur la base de leurs propres analyses, ne pas pouvoir conclure sur l'existence ou non d'une différence entre bio et conventionnel. Mais comment l’auraient-ils pu ? Ils ont en effet comparé la contamination au cadmium entre produits bios et conventionnels, non pas pour chaque catégorie d'aliments séparément, mais tout type de produits confondus. Fromage, viande, chocolat et fruits de mer étaient mélangés avec riz, pâtes et pommes de terre. Une méthodologie qui rend évidemment impossible la mise en évidence de toute différence. Bref, contrairement aux affirmations d'un certain nombre de commentateurs, l'hypothèse d'un bénéfice du bio sur le plan de la contamination au cadmium reste tout à fait sérieuse.

Quelques conseils pour se protéger du cadmium

  • Arrêter ou réduire le tabac.
  • Limiter sa consommation de produits très contaminés par le cadmium : coquillages, algues, abats, chocolat.
  • Réduire sa consommation de produits sucrés à base de blé tels que biscuits, gâteaux, céréales du petit-déjeuner (en particulier ceux contenant du chocolat).
  • Réduire sa consommation de biscuits salés et chips.
  • Adopter un régime équilibré, assurant de bons apports en fer et en calcium (qui protègent l’organisme des méfaits du cadmium), en particulier en augmentant sa consommation de légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs…) et en mangeant deux produits laitiers (trois pour les enfants et adolescents) et une poignée de graines, noix, noisettes ou amandes chaque jour, ainsi qu’un poisson gras (sardine, anchois, harengs, maquereau…) et un poisson maigre chaque semaine.
  • Limiter sa consommation de féculents (pain, pâtes, riz, pommes de terre…).
  • Privilégier le label bio pour les produits végétaux.

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