Homéopathie Le déremboursement est préconisé

Homéopathie

Le déremboursement est préconisé

Mis à jour le : 10/07/2019 

Un an après la tribune de 124 médecins dénonçant la prise en charge de spécialités homéopathiques par l’Assurance maladie, la Haute Autorité de santé, saisie par la ministre de la Santé, vient de publier un avis s’opposant au maintien du remboursement.

 

Mise à jour du 10 juillet 2019

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé un déremboursement des spécialités homéopathiques en deux temps : en janvier 2020 le taux de prise en charge passera à 15 %, contre 30 % jusqu’à présent. Le déremboursement total est prévu pour 2021. Les laboratoires Boiron, principal fabricant de granules et autres remèdes homéopathiques, envisage de porter l’affaire devant le Conseil d’État.

Très attendu mais peu surprenant : ce vendredi 28 juin, la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu public son avis sur les médicaments homéopathiques remboursables. Verdict : faute de preuves scientifiques d’efficacité, le déremboursement est préconisé. La balle est maintenant dans le camp des politiques. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a laissé entendre qu’elle se conformerait à l’avis de la HAS, mais sans précipitation. Bercy aura sans doute son mot à dire, un des laboratoires, Boiron, employant de nombreux salariés sur le territoire français. Jusqu’alors, dans l’histoire des avis rendus par la HAS, seul celui sur les produits de désensibilisation n’a pas été suivi.

Le positionnement de la HAS était très attendu, car il concerne des médicaments vraiment particuliers. L’homéopathie est en effet un sujet de débat très vif entre ses détracteurs et ses partisans. Mais surtout, ces produits bénéficiaient jusque-là d’un régime d’exception tout à fait unique dans le domaine du médicament : ils étaient pris en charge sans que les fabricants aient jamais eu à communiquer aux autorités de santé leur balance bénéfices/risques. En saisissant la HAS et en demandant une évaluation selon les critères habituels, la ministre de la Santé a rompu avec cette tradition bien française.

Parmi 1 000 études recensées, la HAS en a sélectionné 37 jugées recevables. De là, elle a évalué l’efficacité de l’homéopathie à partir de 24 symptômes comme le mal de tête, les diarrhées de l’enfant ou encore la rhinite allergique. Ses conclusions sont sans surprise : la balance bénéfices/risques, quand elle est établie, est insuffisante pour justifier la prise en charge nationale. « Il y a deux sortes d’études, a noté Mathilde Grande, cheffe du service de l’évaluation des médicaments, lors de la conférence de presse : les unes qui aboutissaient à une absence d’efficacité par rapport à un placebo ; les autres qui montraient une petite différence mais comportaient des biais méthodologiques. »

Certes, les risques sont minimes avec les granules d’homéopathie. L’absence de substance active détectable met les patients à l’abri d’interactions ou d’effets indésirables ou majeurs. Mais les bénéfices manquent à l’appel : les produits homéopathiques n’ont pas démontré une efficacité supérieure à celle d’un placebo. L’éventuel danger avec l’homéopathie, c’est donc la « perte de chance » qui menacerait les personnes reportant une prise en charge adéquate en raison de leur préférence pour cette médecine douce. En cas d’infection, par exemple, prendre un produit homéopathique quand un antibiotique serait indiqué peut retarder ou compromettre la guérison. Tout en assurant de son respect celles et ceux qui utilisent l’homéopathie, Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, a d’ailleurs insisté sur ce point : « Le recours à l’homéopathie ne doit pas retarder les soins nécessaires, notamment dans les maladies sévères. »

Pas seulement une question d’économie

Le déremboursement de l’homéopathie entraînerait une économie réelle, mais pas énorme. En 2018, l’Assurance maladie a remboursé 126,8 millions d’euros de produits homéopathiques (selon l’AFP). Cette somme est importante en soi, mais représente une toute petite fraction du remboursement des médicaments qui se chiffre en milliards d’euros.

Le déremboursement entraînerait-il, au contraire, une inflation des dépenses, via un report vers des spécialités plus chères et plus nocives ? Pas sûr, car les personnes qui se soignent avec de l’homéopathie, déjà en partie à leurs frais, y sont profondément attachées. Environ 40 % des ventes d’homéopathie se font déjà hors remboursement. De plus, cette hypothèse part du principe qu’un médicament est toujours nécessaire. Or, dans de nombreuses situations – comme des troubles symptomatiques, infections bénignes, problèmes de sommeil, petites plaies et bosses, etc. – un médicament, homéopathique ou non, n’est souvent pas recommandé. Ce qu’a d’ailleurs rappelé la présidente de la HAS. Et si un médicament est nécessaire, autant en prendre un dont l’efficacité est suffisamment établie. En ce sens, le déremboursement relève plutôt d’une rationalisation des soins.

Anne-Sophie Stamane

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