par Stéphany Gardier
Médecine esthétiqueDe plus en plus d’injections d’acide hyaluronique et de Botox illégales
Syndicats de médecins et Conseil national de l’Ordre alertent sur les injections à visée esthétique réalisées en toute illégalité, dont le nombre ne cesse d’augmenter depuis quatre ans. Les complications graves se sont, elles aussi, multipliées.
L’essentiel
- Les injections illégales d’acide hyaluronique et de Botox se multiplient.
- Malgré un cadre réglementaire qui a évolué ces dernières années, les sanctions restent limitées.
- Les conséquences de ces injections illégales peuvent aller jusqu’à des nécroses du visage.
En 2022, le Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE) et plusieurs sociétés savantes dénonçaient un phénomène qui se répandait sur les réseaux sociaux, les « fake injectors » (injectrices illégales), des jeunes femmes sans aucune qualification qui proposaient à des tarifs souvent attractifs des injections d’acide hyaluronique.
Les témoignages de victimes, parfois des influenceuses très suivies sur les réseaux sociaux, avaient permis de constater la gravité des complications consécutives à certaines de ces injections : infections, allergies, réactions inflammatoires, voire nécroses du visage.
Quatre ans plus tard, le SNCPRE, le Syndicat national de dermatologie et vénérologie et le Conseil de l’Ordre des médecins (Cnom), réunis lors d’une conférence de presse commune, font le constat que ces actes illégaux, pratiqués aussi dans des instituts esthétiques et des structures commerciales qui ont pignon sur rue, se sont multipliés, diversifiés et que les complications se sont aggravées.
Qui peut faire quoi ?
La médecine esthétique s’est démocratisée en France depuis une dizaine d’années, et de plus en plus de personnes, hommes et femmes, y ont recours, sans pourtant toujours bien connaître la réglementation qui encadre ces pratiques. L’élargissement de certaines prérogatives aux esthéticiennes, ainsi qu’aux infirmiers et infirmières, a pu nourrir une certaine confusion dans l’esprit des consommateurs tout en facilitant la tâche des personnes peu scrupuleuses.
Difficile, en effet, de faire la différence entre des équipements et des actes autorisés en instituts esthétiques ou relevant de la seule médecine quand, par exemple, l’épilation au laser peut être pratiquée par des esthéticiennes mais que seuls les médecins peuvent traiter des taches cutanées avec ces mêmes appareils.
En ce qui concerne les injections, qu’il s’agisse de produits de comblement, comme l’acide hyaluronique, ou de Botox, la situation est cependant plus claire. Comme le rappelle Me Laëtitia Fayon, avocate en droit pénal : « Au regard du droit français, toutes ces injections constituent des actes médicaux et leur réalisation est strictement réservée aux médecins titulaires du diplôme de docteur en médecine et inscrits à l’Ordre ».
L’Ordre national des infirmiers a d’ailleurs communiqué en janvier 2026 sur le sujet, précisant que « les infirmiers ne peuvent en aucun cas pratiquer des actes de médecine esthétique, y compris sous la supervision d’un médecin ». Il reste cependant très difficile pour les autorités d’effectuer des contrôles au cas par cas, encore plus quand les personnes qui injectent recrutent via les réseaux sociaux, sous de fausses identités, et pratiquent dans des appartements.
Beaucoup de signalements, peu de sanctions
Les responsables de la section Santé publique du Cnom ont assuré agir de « manière ferme et constante » contre les personnes qui contreviennent à la loi, notamment en réalisant systématiquement des signalements, d’une part auprès des agences régionales de santé (ARS) et d’autre part auprès des procureurs quand les éléments sont suffisamment constitués pour engager des poursuites. En 2024, 128 signalements ont été faits avec 9 saisines au procureur. En 2025, 20 saisines et 213 signalements ont été enregistrés. Sans beaucoup de conséquences pour les personnes mises en cause, regrette cependant le Dr Adel Louafi, chirurgien plasticien et secrétaire général du SNCPRE.
« Notre syndicat s’est porté partie civile dans plusieurs affaires, la plus médiatisée étant celle d’un centre d’esthétique lyonnais. Alors que les deux gérantes ont été mises en examen pour pratique illégale de la médecine et que 28 victimes de complications se sont fait connaître, la structure reste ouverte et continue de recevoir des clientes. Une telle lenteur de la justice nourrit un sentiment d’impunité alors que ces personnes détruisent la vie de leurs victimes et font aussi peser un poids financier sur le système de santé qui prend en charge les complications sévères », déplore le chirurgien.
Pratiques de plus en plus dangereuses
En 2024, le SNCPRE a obtenu l’interdiction de la vente libre en pharmacie et en ligne des seringues d’acide hyaluronique, mais fait l’amer constat qu’il reste assez aisé de s’en procurer, notamment via des plateformes étrangères. « Il y a des risques liés à l’injection elle-même mais aussi aux produits. Des seringues sont réutilisées sur plusieurs patientes, il y a des acides hyaluroniques périmés, contaminés par des bactéries, voire qui ne sont pas des acides hyaluroniques », prévient le Dr Louafi.
La palette des actes proposés illégalement se serait aussi étoffée, avec notamment des injections de faux Botox mais aussi des actes de chirurgie esthétique, comme la liposuccion du cou, présentée comme un « lifting coréen ». Dans le même temps, la sévérité des complications a, elle aussi, progressé avec des hospitalisations en urgence, parfois en soins intensifs.
Les syndicats de spécialistes appellent donc à des sanctions plus fermes et à une coordination de tous les acteurs concernés afin d’endiguer la propagation de ces pratiques et de protéger les consommateurs, qui comptent de plus en plus de mineurs.
Stéphany Gardier