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Seinsafe.com

Le soutien-gorge anticancer était une arnaque

Ces dernières semaines, des centaines de femmes ont succombé à une publicité diffusée sur Facebook vantant les bienfaits d’un soutien-gorge censé protéger contre le cancer du sein. Depuis, le site Seinsafe.com qui les vendait a fermé ses portes, laissant de nombreuses victimes sur le carreau.

Un soutien-gorge « sans danger pour la santé » et « qui ne vous blesse pas lorsque vous le portez ». Surtout, un soutien-gorge « qui protège du cancer » grâce à l’absence d’armatures. Des arguments qui ont fait mouche, puisqu’en plein cœur de l’été, de nombreuses femmes ont commandé ce soutien-gorge censé leur « changer complètement la vie ». La plupart ont même profité d’une des nombreuses offres promotionnelles (29,90 € contre 59,90 €, par exemple !) et de la livraison gratuite. « N’attendez pas une seule seconde […]. Notre petite usine a du mal à retenir la quantité de commandes puisque certaines n’hésitent pas à commander Seinsafe® par paquets de 10 », prévenait même le site marchand sur sa page d’accueil.

Si le compte bancaire était bien débité, la majorité des clientes n’ont pas reçu leur commande dans les temps, voire pas du tout. Elles ont eu beau multiplier les demandes de remboursement, rien n’y a fait. Au mieux, certaines ont reçu un message leur indiquant qu’aucun remboursement ne pouvait être effectué dans la mesure où elles avaient bénéficié d’une offre promotionnelle au moment de l’achat. Or, un tel argument n’a aucun fondement juridique. Des clientes ont bien fini par recevoir le fameux soutien-gorge, mais toutes sont unanimes pour en dénoncer la qualité très médiocre.

Seinsafe.com faisait ce qu’on appelle du dropshipping, c’est-à-dire que les articles qu’il proposait étaient en réalité vendus et expédiés par un autre marchand, lui-même basé en Chine. Cette technique, qui n’est pas illégale en soi, a pourtant un gros défaut : elle ne permet pas aux sites de respecter la législation européenne, notamment en matière de rétractation ou de remboursement. Qui plus est, pour attirer les acheteuses, le gérant de Seinsafe.com n’a pas hésité à avancer des arguments santé fantaisistes (lire encadré) et à promettre des délais de livraison intenables.

Depuis, le site Seinsafe.com a baissé le rideau. Il n’est plus possible ni de commander, ni d’effectuer la moindre réclamation. Dans ces conditions, autant le dire, les chances de récupérer son argent sont quasiment nulles. Pour autant, les victimes ne doivent pas hésiter à signaler leur litige à la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) du Rhône (ddpp@rhone.gouv.fr) qui centralise les plaintes et à se rapprocher de leur banque ou de leur assureur afin de voir si un remboursement ou une prise en charge est possible.

Quant aux soutiens-gorge Seinsafe.com, ils n’ont pas totalement disparu. D’autres sites Internet continuent de les vendre. Si rien ne dit qu’ils ne livrent pas, mieux vaut se méfier. D’autant qu’hier, ces soutiens-gorge étaient également en vente sur plusieurs market places, dont celle d’Amazon, sur laquelle ils étaient proposés à moins de 5 € pièce, sans allusion à un quelconque effet contre le cancer du sein. Autant de sites avec lesquels il vaut mieux aller « à têton ».

Une réduction de 50 % sur le prix initial, un décompte du temps restant pour profiter de la promotion et des avis positifs, tout était fait pour inciter les clientes à commander sans attendre.

Soutien-gorge et cancer

Rien de prouvé

« L’industrie du soutien-gorge enfin démasquée. » C’est en ces termes que Seinsafe s’est invité sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo, la société affirme que les soutiens-gorge avec armatures causeraient le cancer du sein, s’appuyant pour cela sur une étude menée par les Dr Denise Freedman et Abigail Wentworth publiée en 2009. Voilà qui donne envie d’en savoir plus. Pourtant, on a eu beau chercher, nulle trace de ces fameuses chercheuses, ni de leurs travaux. Tout est inventé, contrairement à l’inquiétude que cette communication génère.

Le Web regorge d’articles alarmistes sur les liens entre soutien-gorge et cancer du sein, dont la plupart s’appuient sur un livre écrit par deux anthropologues médicaux en 1995. Mais peu d’études sérieuses sont disponibles et aucune ne confirme ce risque. Celle qui fait référence, parue en 2014, porte sur 1 000 femmes atteintes de cancer du sein et 450 en bonne santé. Elles ont été interrogées sur leurs habitudes de port du soutien-gorge (bonnet, durée de port par jour, par semaine, etc.). Qu’il soit avec ou sans armature, porté depuis longtemps ou non, le vêtement n’est pas lié à un surrisque.

Audrey Vaugrente

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