par Boris Cassel, Isabelle Bourcier
par Boris Cassel, Isabelle Bourcier
Le « vrai » prix du train est devenu presque impossible à identifier pour les voyageurs. En analysant 95 liaisons à plein tarif en seconde classe, une tendance apparaît clairement : le prix d’un kilomètre parcouru en train à grande vitesse augmente.
Votre Paris-Rennes en seconde classe en TGV Inoui vous a-t-il coûté 36 €, 45 €, 63 € ou 101 € ? Tous ces prix existent. Et bien d’autres encore. Les millions de personnes qui empruntent chaque année les TGV le savent : un même trajet en train peut afficher un nombre incalculable de tarifs différents.
La faute aux multiples cartes de réduction, mais aussi à la pratique mise en place dans les années 1990 du « yield management », consistant à faire varier fortement les prix en fonction de la demande, afin d’améliorer le taux de remplissage des trains et les revenus tirés d’un trajet. Selon le site de TGV Inoui, il « existe plus de 10 paliers de prix par destination et par classe ».
Puisque le prix du billet ne dépend plus uniquement de la distance à parcourir, la notion de prix du train est devenue complètement floue pour les passagers. Pour permettre de s’y retrouver et de mesurer l’évolution des tarifs dans le temps, nous réalisons régulièrement une étude simple : calculer le prix au kilomètre pratiqué pour un passager payant plein tarif en train à grande vitesse (Inoui/Lyria/Eurostar). Réalisée depuis 2015, selon une méthodologie stable, cette étude nous permet de l’affirmer : oui, le prix des voyages en train à grande vitesse augmente cette année.
Sur l’ensemble des 95 tarifs relevés (lire notre protocole en encadré), le prix moyen du kilomètre des trains Inoui/Lyria/Eurostar ressort à 20 centimes, il augmente donc d’un centime (5 %) par rapport à notre précédente étude réalisée en 2024. En 2019, il n’était que de 16 centimes. En 6 ans, la hausse atteint donc près de 25 %, soit davantage que l’inflation sur la période.
Le tarif kilométrique varie beaucoup en fonction de la durée du voyage. Les trajets courts restent, de loin, les plus chers. Plus le trajet s’allonge, plus le tarif au kilomètre diminue. Un phénomène que nous avions déjà détecté lors de nos précédentes études. Comment l’expliquer ? Certains coûts (stationnement et retournement des trains en gare, etc.) s’étalent sur un plus grand nombre de kilomètres. Entrons un peu plus dans le détail.
Les trajets de moins de 1 h sont, comme les années précédentes, les plus chers par kilomètre parcouru. Ils sont facturés, en moyenne, 0,24 €/km. Ce prix moyen s’est alourdi d’un centime par rapport à 2024.
Attention, selon nos constatations, ces tarifs dépendent aussi fortement du trajet réalisé. Déjà en tête en 2024, la courte liaison entre Avignon et Aix-en-Provence reste la plus chère sur cette amplitude horaire, avec un tarif en hausse de 6 %, à 0,38 €/km.
A contrario, le Paris-Arras enregistre une baisse de 26 % pour tomber à 0,14 €/km, se situant ainsi comme le moins onéreux. Pointons, enfin, quelques hausses surprenantes, telle celle du trajet Dax-Pau relevé à 0,10 € du kilomètre en 2024 mais flashé cette année à 0,19 €, soit +81 % !
→ Lire aussi : Satisfaction SNCF - En progrès, mais peut mieux faire…
Le prix moyen des trajets compris entre 1 et 2 h atteint les 0,22 €/km. Il est en hausse de 2 centimes par rapport à 2024. Cette catégorie a une particularité, elle inclut le plus onéreux ‒ et de loin ! – des trajets de notre classement : le Lille-Londres par l’Eurostar à 0,48 €/km, effectué en 1 h 24. Résultat, l’écart est énorme avec le plus compétitif de cette section, le Reims-Strasbourg à 0,10 €/km, pour un temps de parcours (1 h 23) pourtant quasi similaire !
Notre indicateur est, ici aussi, en augmentation par rapport à 2024, de 1 centime à 0,20 €/km. Cette année encore, la ligne Paris-Luxembourg s’affiche comme la plus chère, à 0,34 €/km (+9 % par rapport à 2024). Elle est suivie, une nouvelle fois, par un trajet capitale-Bretagne avec un Paris-Saint-Malo à 0,29 €/km. La cité corsaire n’est pas la seule de l’Ouest à se placer sur le podium du classement des trajets de 2 à 3 h les plus chers, puisqu’y figure aussi le Paris-Nantes (0,26 €/km).
La mesure augmente légèrement pour ce type de trajets, à 0,17 €/km versus 0,16 €/km en 2024. L’écart de prix entre le tarif le plus cher et le tarif le moins cher n’est ici que de 13 centimes. Le tronçon le plus cher est le trajet Bordeaux-Tarbes (0,24 €/km). La liaison Paris-Amsterdam se positionne deuxième. La troisième marche du podium est prise par le Lyon-Bruxelles (0,21 €/km).
Bonne nouvelle pour les amateurs de très grands déplacements en train, le prix au kilomètre des trajets de plus de 4 h est orienté à la baisse. Il se situe désormais à 15 centimes, soit un de moins que lors de notre précédente étude. Sur ce segment, l’écart entre le plus cher (Lyon-Nice) et le meilleur marché (Lille-Aix-en-Provence) est le plus faible, à peine 10 centimes. Notons que la ligne Paris-Bourg-Saint-Maurice enregistre une forte baisse de son tarif (-30 %), tout comme Paris-Narbonne (-20 %) ou Paris-Perpignan (-20 %). De quoi donner des envies de grand voyage !
Pour établir le tarif au kilomètre de 95 liaisons nationales et internationales par TGV Inoui, Lyria et Eurostar, nous nous sommes connectés, le 9 février 2026, sur le site de la SNCF (Sncf-connect.com). Nos analyses portent sur 48 trains au départ de villes de province (Aix-en-Provence, Le Mans, Lyon, Perpignan, Lille, etc.) et 47 au départ de Paris.
Nous avons relevé le prix de chacune des lignes pour un passager de 30 à 59 ans, ne disposant pas de carte de fidélité ou de réduction, souhaitant effectuer un aller simple en seconde classe, sans changement, le vendredi 13 mars 2026 sur le premier train disponible à partir de 17 h. C’est le tarif le plus bas qui a été retenu.
Les prix relevés ont été divisés par la distance terrestre séparant les villes de départ et d’arrivée, ce qui nous a permis de calculer un coût indicatif du kilomètre. Nous avons volontairement analysé les mêmes liaisons que les années précédentes.
Les 95 liaisons sont ventilées dans 5 tableaux présentés selon la durée du trajet : moins de 1 h, de 1 à 2 h, de 2 à 3 h, de 3 à 4 h et plus de 4 h.
Boris Cassel
Isabelle Bourcier
Observatoire de la consommation
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