par Grégory Caret
par Grégory Caret
Le vendredi 13 mars 2026, les prix à la pompe ont atteint de nouveaux sommets, bien éloignés des belles promesses de la semaine. Le gazole culmine à 2,07 € le litre et l’E10 à 1,91 € le litre !
Alors que politiques et distributeurs multiplient les initiatives, la situation pour les consommateurs ne s’améliore pas. Depuis le début de la guerre en Iran, le prix des carburants ne fait qu’augmenter.
Le 28 février, alors que les États-Unis et Israël débutaient leurs bombardements sur l’Iran, les carburants (E10 et gazole) se négociaient 1,72 € le litre à la pompe. Deux semaines plus tard, les prix se sont envolés : +21 centimes pour l’E10 et +38 centimes pour le gazole.
L’explication première est connue : le conflit se concentre autour du détroit d’Ormuz d’où, en temps normal, partent le quart des matières premières en hydrocarbures, pétrole et gaz. La fermeture du détroit implique une baisse de l’offre et, par le jeu des marchés financiers, une flambée des prix du brut.
Ainsi, depuis le 28 février, le brent (1) s’envole : le jeudi 12 mars, le baril a dépassé la barre symbolique des 100 $ contre 70 $ précédemment ! Traduction à la pompe : un surcoût de 17 centimes par litre à la mi-mars.
Le différentiel entre prix du brut et prix à la pompe s’explique par le jeu des marges de raffinage (pour le gazole) et des taxes en partie indexées.
Le sujet est très sensible pour les consommateurs qui cherchent à limiter la flambée de la facture. Politiques et distributeurs l’ont compris et émettent des suggestions plus ou moins réalistes.
Il s’agit de puiser dans les réserves de pétrole (normalement destinées à faire face à des pénuries) pour accroître l’offre et faire baisser la tension sur les prix.
Est-ce une bonne idée ? À court terme, cela peut jouer, mais à la marge. Les réserves représentent un volume limité au regard de la demande mondiale et cette solution ne pourra pas être maintenue dans le temps.
Il s’agit de littéralement bloquer les prix. Ce type de mesure n’est envisagé qu’à de très rares exceptions. Dernier exemple en date avec le bouclier tarifaire sur l’électricité en 2022 et 2023. Qui paye la différence ? Les entreprises (en tout cas celles qui le peuvent) ou l’État.
Est-ce une bonne idée ?
→ Si les entreprises paient : Première limite, leur marge de manœuvre est limitée, 10 à 30 centimes par litre selon les acteurs. Surtout, cette situation va accroître la distorsion concurrentielle entre les grands groupes (pétroliers, grande distribution) qui peuvent supporter cette mesure car ils constituent l’essentiel de leurs marges ailleurs (extraction, raffinage, vente de produits alimentaires) et ceux dont l’activité dépend exclusivement de la vente de carburants.
→ Si l’État prend en charge la différence : Il l’a fait en partie en 2022 avec les « remises à la pompe ». Mais en l’état actuel des finances publiques, cela semble peu probable. Non ciblée, la mesure de 2022 a été remplacée par un chèque carburant réservé aux actifs les plus modestes : « l’indemnité carburant travailleurs », d’une valeur de 100 € par personne. C'est cette mesure qui tiendrait aujourd'hui la corde.
Les carburants en France sont taxés de deux façons :
Est-ce une bonne idée ? Certes, le mode de calcul des taxes est ubuesque, mais compte tenu de l’état des finances publiques, il y a peu de chances que cette mesure voie le jour.
Michel-Édouard Leclerc, le médiatique président du comité stratégique du groupe E.Leclerc, a annoncé jusqu’à 30 centimes de baisse du prix au litre dans ses stations. « Sur les deux jours qui viennent, on va avoir une fois 23 centimes de baisse, puis encore 7 centimes, soit à peu près 30 centimes de baisse par litre », a-t-il expliqué.
Est-ce réaliste ? Cela semble peu probable, car les marges de la distribution (seul levier dont dispose la grande distribution) sont plutôt de l’ordre de 5 à 10 centimes par litre. Or la vente à perte est interdite.
Si on se réfère aux données officielles des prix, 48 h après l’annonce de Michel-Édouard Leclerc, la baisse de 30 centimes se fait toujours attendre…
(1) Prix du baril de pétrole servant de référence pour le marché européen.
Grégory Caret
Observatoire de la consommation
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