BRÈVE

Prix du carburantL'effet « fusée-plume » constaté à la pompe

Grégory Caret

par Grégory Caret

Alors que le baril de pétrole repasse sous les 100 $ après l'annonce d'un cessez-le-feu en Iran, les automobilistes guettent une accalmie. Mais attention aux faux espoirs : entre hausses rapides et baisses très lentes, notre analyse des prix sur 5 ans confirme l'existence d'un effet « fusée-plume ».

Les distributeurs de carburants sont régulièrement suspectés de répercuter davantage et plus vite les hausses des cours du pétrole que les baisses. On parle alors d’effet « fusée-plume » (« rocket and feather effect »). Le conflit en Iran et l’envolée des cours du brut ravivent cette question légitime. Que Choisir, qui relève chaque jour les prix des carburants en stations-services pour sa carte interactive, fait le point.

L’effet fusée-plume observé en mars 2026

L’effet fusée-plume signifie que les prix à la pompe montent « comme une fusée » quand les prix du pétrole augmentent, mais qu’ils redescendent nettement plus lentement, « comme une plume », quand les cours du pétrole s’assagissent.

Illustration avec les observations du mois de mars 2026. Alors que les bombes commençaient à pleuvoir sur l’Iran, le samedi 28 février 2026, les hausses des prix à la pompe s’observaient dès le lendemain et s’accéléraient dès le mardi suivant (+13 centimes d’euro pour le diesel et +6 centimes pour l’E10).

La rapidité de réaction des prix à la pompe interroge, d’autant que les cotations pour le pétrole étaient alors suspendues jusqu’au lundi, les places boursières étant fermées le dimanche. En outre, alors que le brent progressait de 6 centimes par litre jusqu’au mardi 3 mars, les prix à la pompe pour le diesel anticipaient largement ce mouvement avec une hausse de 26 centimes par litre, quand le brent n’augmentait que de 13 centimes !

À l’inverse, entre le 22 et le 24 mars 2026, alors que le prix du baril baissait à la faveur des atermoiements du président américain, passant de 59 centimes par litre à 54 centimes par litre, les répercussions à la pompe tardaient à se faire sentir. Le diesel continuait de progresser de 10 centimes sur la même période et l’E10 stagnait. Il faudra attendre le 29 mars, soit 7 jours, pour constater une première accalmie dans les prix à la pompe.

Notre analyse sur 5 ans

Certes, deux exemples ne peuvent tenir lieu d’analyse. C’est la raison pour laquelle nous avons analysé le lien entre le prix du brent et les prix à la pompe pour le SP95-E10 et pour le diesel sur les 5 dernières années (1).

Premier enseignement : si 1 centime de hausse de brut induit une hausse de 1 centime à la pompe pour l’E10, l’incidence est plus marquée pour le diesel : +1,5 centime (conséquence de la hausse des marges de raffinage).

Mais surtout, et c’est l’enseignement principal, nos modèles économétriques (2) montrent un décalage entre les délais de répercussion d’une hausse du prix du pétrole par rapport à une baisse de celui-ci. Dans le premier cas, une hausse du prix du brent induit une hausse des prix à la pompe en 4,2 jours en moyenne pour le SP95-E10 et 3 jours pour le diesel. À l’inverse, en cas de baisse du prix du brent, celle-ci n’est répercutée qu’en 5,8 jours en moyenne pour le SP95-E10 et 3,5 jours pour le diesel. Pour un ajustement à la baisse pour l’E10, il faut donc 1,6 jour de plus que dans le cas contraire. Pour le diesel, il faut compter 0,5 jour de plus.

En cas de fortes fluctuations du prix du brent, les prix à la pompe bougent plus rapidement

En se focalisant sur les périodes de choc pétrolier (avec des fluctuations quotidiennes de 5 centimes d’euro ou plus par litre de pétrole), les délais de répercussion sont raccourcis de 2 jours par rapport à une période de moindre fluctuation. Les hausses des prix à la pompe surviennent alors en moins de 3 jours pour le SP95-E10 et en moins de 2 jours et demi pour le gazole, contre respectivement 5 et 4 jours en temps normal.

Carburant

Variation du brent

Forte variation
(>5 c€/l)

Faible variation
(<5 c€/l)

E10

Hausse

2,8 jours

5,0 jours

E10

Baisse

3,9 jours

6,5 jours

Diesel

Hausse

2,4 jours

4,0 jours

Diesel

Baisse

2,9 jours

4,8 jours

Autre enseignement, le décalage des délais d’ajustement des prix à la pompe par rapport au prix du brent en fonction des hausses ou des baisses de celui-ci se maintient en période de crise énergétique. En cas de choc pétrolier, les prix à la pompe finissent effectivement par s’ajuster aux baisses du prix du baril. Néanmoins, le temps d’ajustement est fortement rallongé par rapport aux situations de hausse des cours pétroliers. Les délais d’ajustement à la baisse sont 40 % supérieurs pour l’E10 à ceux d’une hausse. Pour le diesel, le délai d’ajustement à la baisse n’est que de +20 % par rapport aux hausses.

En conséquence, en cas de crise énergétique, les prix à la pompe grimpent effectivement plus vite qu’en temps normal et, surtout, ils tardent à s’ajuster à la baisse !

Carte interactive

Carte gratuite du prix des carburants

Voir le comparatif

(1) Ont été neutralisés les effets de ristourne à la pompe (2022) et la hausse des CEE sur toute la période.
(2) Modèles dynamiques en différences avec retards, choisis par BIC, et des erreurs-types HAC/Newey-West.

Grégory Caret

Grégory Caret

Observatoire de la consommation

Soutenez-nous, rejoignez-nous

La force d'une association tient à ses adhérents ! Aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur votre soutien. Nous soutenir

image nous soutenir

Newsletter

Recevez gratuitement notre newsletter hebdomadaire ! Actus, tests, enquêtes réalisés par des experts. En savoir plus

image newsletter