Alimentation

Se méfier des mots sucrés

Les allégations relatives au sucre, ou plutôt à la prétendue teneur réduite en sucre, se multiplient sur les emballages. Pas toujours facile de s'y retrouver, d'autant que les industriels savent parfaitement jouer de certaines ambiguïtés.

 

Nature et chimie

Le terme « nature » ne signifie pas qu'il n'y a pas de sucre ajouté, comme ont pu le croire certains lecteurs, mais qu'un seul fruit est utilisé : « pomme nature » par opposition à « pomme-poire », par exemple.

Autre terme qui peut aussi prêter à confusion, « sans édulcorants ». En français, un édulcorant est une substance qui donne une saveur douce, y compris le sucre. Mais, en langage commercial, le terme fait référence uniquement aux édulcorants intenses, substituts de sucre, tels que l'aspartam, l'acésulfam K, etc. Du coup, un produit sans édulcorant peut tout à fait être sucré. À ce propos, il faut savoir que ces faux sucres n'apportent pratiquement pas de calories... sauf les polyols : 2,4 calories au gramme contre 4 pour le sucre, ce n'est pas négligeable !

Singulier et pluriel

Par « sucre » au singulier, on entend « saccharose », c'est-à-dire le sucre de table classique. « Sucres » au pluriel désigne, outre le saccharose, tous les « sucres simples » comme le fructose (sucre des fruits), le lactose (celui du lait), le maltose, etc. Ces derniers ont les mêmes inconvénients que le sucre simple. Attention, donc, « sans sucres ajoutés » signifie qu'aucun de ces sucres simples n'a été ajouté ; en revanche, « sans sucre ajouté » peut dissimuler un ajout de fructose par exemple.

Précision et imprécision

Enfin, les termes «allégé» ou «à teneur réduite en sucre» sont encadrés : il faut 25% de sucre en moins que dans le produit de référence. Mais si ce dernier s'impose parfois à l'évidence, par exemple, la compote de la même marque mais non allégée, ce n'est pas toujours le cas. Ce qui prête encore une fois à confusion. D'ailleurs, l'utilisation de comparaisons doit souvent inciter à la prudence : «deux fois moins de sucres que dans les autres boissons rafraîchissantes», par exemple, ne veut rien dire, car les boissons rafraîchissantes vont de l'eau au soda. Le terme «peu sucré» n'est pas non plus encadré. Ainsi, dans une eau aromatisée «peu sucrée», la teneur en sucre va du simple à plus du double selon les marques. Au final, le mieux est de consulter l'étiquetage nutritionnel, à condition qu'il distingue les sucres (simples) des glucides totaux (tous les sucres, y compris les complexes comme l'amidon des céréales) en prenant comme point de repère le poids d'un morceau de sucre : 5,5 g.

Fabienne Maleysson

fmaleysson@quechoisir.org