Déodorants et antitranspirants Les sels d’aluminium en question

Déodorants et antitranspirants

Les sels d’aluminium en question

Publié le : 30/09/2015 

Les études contradictoires sur la dangerosité des sels d’aluminium dans les déodorants ne cessent de se succéder. Si aucune conclusion définitive n’a, pour l’instant, été apportée, les autorités sanitaires françaises recommandent de limiter l’aluminium.

 

Alors finalement, dangereux ou pas, les sels d’aluminium dans les déodorants ? Pour être plus précis, il faudrait d’ailleurs dire « dans les antitranspirants », car les vrais déodorants, eux, n’en contiennent pas.

Au moment de notre précédent test, qui remonte à 2007, la bataille faisait rage sur le lien éventuel entre antitranspirants et cancer du sein. Les études scientifiques étaient contradictoires, et les données sur la pénétration de l’aluminium à travers la peau très lacunaires.

Depuis, les autorités sanitaires se sont penchées sur le sujet, tant en France qu’en Europe. L’Agence française de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé, l’Afssaps, a dégainé la première en 2011. Elle a confirmé que « les données épidémiologiques ne permettent pas d’établir un lien concluant entre l’exposition cutanée à l’aluminium et l’apparition d’un cancer », mais a émis deux recommandations fortes à propos des déodorants. D’une part, limiter la concentration d’aluminium dans les antitranspirants à 0,6 %, et d’autre part ne pas les utiliser sur une peau lésée.

Le Comité scientifique norvégien, VKM, s’est à son tour prononcé en 2013. Les apports via l’alimentation ne posent pas problème, ce qu’avait déjà confirmé Que Choisir en 2012, analyses à l’appui. En revanche, les antitranspirants sont sur la sellette, et la situation est jugée particulièrement préoccupante pour les personnes qui rasent souvent leurs aisselles.

Suite aux multiples polémiques et à ces deux rapports nationaux, la Commission de Bruxelles a saisi le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs, le CSSC, pour avis. Après avoir épluché toutes les études scientifiques ainsi que les rapports de l’Afssaps et du VKM, les experts ont rendu leurs conclusions en 2014. Mais alors que l’objectif était de trancher le débat sur la dangerosité de l’aluminium dans les cosmétiques, ils ont considéré que « du fait du manque de données adéquates sur la pénétration transcutanée permettant d’estimer la dose d’aluminium dans l’organisme résultant de l’utilisation de cosmétiques, l’évaluation du risque ne peut pas être effectuée ».

Le CSSC conclut cependant que « l’aluminium, aux niveaux atteints via l’utilisation de cosmétiques, est peu susceptible d’être cancérogène », et que par ailleurs « il n’existe pas de preuves que l’utilisation des antitranspirants peut induire des niveaux d’aluminium qui seraient dangereux pour la santé ». Enfin, « il n’existe pas de preuves plausibles montrant que l’utilisation de cosmétiques contenant de l’aluminium peut augmenter le risque de cancer du sein, de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson ou autres maladies dégénératives ». Un constat rassurant, en dépit des lacunes de la connaissance que ces mêmes experts ont soulignées à propos de l’absorption de l’aluminium par la peau.

Perplexes, nous avons contacté l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, qui a succédé à l’Afssaps. Sa réponse est claire et nette : « Les conclusions du CSSC ne sont pas de nature à modifier les recommandations françaises. »

Autrement dit, si les recommandations de l’ANSM avaient force de loi, les antitranspirants seraient tous interdits de vente en France. Ils contiennent en effet nettement plus de 0,6 % d’aluminium.

Comment repérer les sels d’aluminium

Ils figurent dans la liste des ingrédients au dos des flacons, en général sous l’appellation « aluminum chlorohydrate », ou parfois « aluminum zirconium pentachlorohydrate ».

Élisabeth Chesnais

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