par Anne-Sophie Stamane
Cigarette électroniqueLe vapotage conseillé seulement en sevrage tabagique
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient de publier son avis sur les risques du vapotage. Face à des effets « possibles » sur la santé, mieux vaut, par précaution, réserver la cigarette électronique au sevrage tabagique.
L’essentiel
- Une innocuité non garantie Bien que la cigarette électronique évite la combustion du tabac, l'Anses souligne la présence de substances irritantes et d'effets, bien que réversibles, sur le cœur et la tension, empêchant d'affirmer que son usage est totalement inoffensif.
- Des risques à long terme encore incertains Si aucun lien direct n'est établi avec le cancer ou les maladies chroniques chez l'humain, des études animales montrent des perturbations précoces. Les effets sont jugés « possibles » mais pas encore « avérés ».
- Un outil de sevrage temporaire Par précaution, l'Anses préconise de réserver la vape exclusivement à l'arrêt ou à la réduction du tabagisme, en conseillant une utilisation la plus brève possible pour limiter l'exposition.
Utilisée par 6 % des adultes, la cigarette électronique a le vent en poupe auprès des fumeurs qui veulent arrêter la clope. Mieux vaut toutefois l’utiliser le moins longtemps possible, conseille l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans son avis sur le vapotage, publié cette semaine. Il est en effet impossible d’affirmer que son usage est totalement inoffensif. La revue des études les plus récentes ainsi que les analyses déjà disponibles montrent que l’absence de combustion n’absout pas totalement la vape.
De fait, des aldéhydes, connus comme irritants pour les voies respiratoires, sont bien présents dans le nuage inhalé. Et la nicotine, qui entre dans la composition de la plupart des liquides, contribue à élever la tension artérielle et la fréquence cardiaque. Des manifestations transitoires, précise l’Anses, ajoutant qu’il est « important de distinguer ces modifications, réversibles, des maladies chroniques telles que l’hypertension artérielle, les maladies coronariennes ou les accidents vasculaires cérébraux ».
En clair, « le lien entre des effets, qui sont des réponses de l'organisme au vapotage et qui ne peuvent être qualifiés de pathologiques, et l'émergence de maladies chroniques, comme l’hypertension ou les coronaropathies, ou la survenue d'événements vasculaires reste à démontrer ».
Cancer, asthme, bronchite, toux, sifflements…
Même constat concernant le cancer. Il n’y a pour le moment aucune raison de penser que la cigarette électronique génère des tumeurs pulmonaires. Pour autant, des travaux, essentiellement sur des animaux, mettent en évidence des perturbations « compatibles avec les premières étapes de cancérogenèse ». L’Anses mesure son propos, rappelant que « le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif et multifactoriel ».
Enfin, vapoter n’entraîne ni asthme, ni bronchite, ni toux, ni sifflements. Un lien avec la bronchopathie chronique obstructive (BPCO) est évoqué, mais les études à l’appui de cette hypothèse incluent des personnes dont le tabagisme est mal documenté. Dans ce contexte, attribuer la maladie à la seule cigarette électronique est plus qu’hasardeux.
Au total, l’Anses estime que la vape a des effets « possibles », mais pas encore « probables », et encore moins « avérés », catégorie où se situe le tabac fumé. Dans le doute, son utilisation doit être limitée à la réduction des risques liés au tabagisme. En clair, les fumeurs ont intérêt à y recourir pour réduire ou stopper leur consommation de tabac, mais dans l’idéal, de façon transitoire. À la lumière de cet avis, l’interdiction de vente aux mineurs apparaît comme une bonne chose.
Anne-Sophie Stamane