Nouvelle-Calédonie

Omerta sur l'amiante

Publié le : 25/10/2005 

Nié par les autorités de Nouvelle-Calédonie, le scandale de l'amiante joue les prolongations sous les tropiques.

 

Aujourd'hui, plus personne ne nie les risques et les conséquences d'une exposition à l'amiante, ce matériau cancérigène dont l'utilisation est interdite en France depuis 1997. On prévoit entre 50 000 et 100 000 décès dans les trente années à venir. Et pourtant, à quelque 18 000 km de l'Hexagone, la Nouvelle-Calédonie semble ignorer ces dangers. Cette île française d'Océanie est riche en nickel et son extraction constitue sa principale richesse. Mais ce minerai renferme quantité de fibres d'amiante. À l'exception des îles Loyautés, ce matériau est omniprésent dans presque tout l'environnement calédonien, surtout dans les roches laissées à l'air libre après extraction du minerai de nickel. Ces roches contiennent de l'amiante appartenant aussi bien à la famille des amphiboles qu'à celle des serpentines et couvrent 40 % de la surface de l'île. «Les autorités locales ne font rien pour informer la population des dangers de l'amiante et reconstituer le couvert végétal», dénonce Michel Davarend, président de l'UFC-Que Choisir de Nouvelle-Calédonie. En effet, rien n'a été entrepris sinon la destruction des cases de familles Kanaks revêtues de pö, un enduit blanc à base d'amiante (trémolite) contenu dans la roche qui affleure à même le sol. Par endroits, les poussières d'amiante relevées sur les pistes sont 400 fois supérieures aux limites à ne pas dépasser en métropole. «Chaque année, le passage d'un rallye automobile soulève des nuages de poussières que la population respire à pleins poumons», déplore Michel Davarend. Entre 1984 et 2002, l'île a enregistré 89 cancers de la plèvre, dont 68 mésothéliomes dus à l'amiante. Lors de sa venue en Nouvelle-Calédonie en 2003, Jacques Chirac avait annoncé pour 2004 la création d'un Centre national de recherche technologique sur le nickel et l'environnement. Il n'existe toujours pas. Pour André Fabre, directeur du Bureau d'études calédonien d'installations industrielles et minières et auteur d'un rapport fort documenté sur le sujet, «c'est criminel de se taire et de ne rien faire».

Jean-Paul Geai