Pour la fin des sacs plastiques de sortie de caisse

Publié le : 14/11/2003 

UN CONSTAT ACCABLANT

Avec 18 milliards de sacs plastiques distribués chaque année en France, les plastiques représentent 20% des déchets des ménages en volume, soit 8% en poids. Des dizaines de millions de ces sacs polluent aujourd'hui les rivières, le littoral et le fond des mers. Leur prolifération est alarmante aux vues du développement de nouveaux modes de distribution et de consommation.

Représentant actuellement 4% de la production pétrolière mondiale, leur expansion participe à l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables. Par ailleurs, bien que ces produits contiennent individuellement peu de matières toxiques, la quantité de dioxines émises par l'incinération des plastiques tous confondus suffit à engendrer un réel problème de pollution.

Constatant que seuls 10% des matières plastiques sont recyclés en France et que la durée de vie d'un sac plastique peut s'élever jusqu'à 400 ans, l'urgence se fait sentir.

80 à 95% des plastiques d'emballage sont distribués par la grande distribution. Le sac de caisse en est la composante principale et historique puisqu'il permet aux consommateurs de transporter des quantités de produits souvent importantes avec un minimum d'encombrement. Le sac de caisse est dit faire partie du « service après vente » de l'enseigne. Il représente également un support publicitaire non négligeable.

Les distributeurs de sacs plastiques (dont les GMS) cotisent à l'élimination des sacs de caisse. Deux organismes agréés (Eco-Emballages ou Adelphe) existent pour la prise en charge de ces déchets d'emballage. Cette contribution - 0.00188 euros par sac bretelle de 5.83 g - représente un financement non négligeable pour l'organisme agréé (plus de 28 millions d'euros par an) et est réparti sur l'ensemble de la filière de recyclage des plastiques.

UNE UTILITE DISCUTABLE

Pour défendre les sacs de caisse, les distributeurs avancent l'argument de leur recyclabilité. Or, la seule voie de valorisation actuelle est en fait l'incinération. Même avec récupération d'énergie, le bilan est négatif entre énergie de fabrication dépensée et énergie de valorisation récupérée.

Bien souvent, l'argument de la réutilisation des sacs de caisse comme sacs poubelle, moyen de transport ou emballage, est utilisé. Or, l'utilisation des sacs plastiques ne correspond pas à une réelle demande des consommateurs mais plutôt à la création d'un besoin par la grande distribution. Ainsi, quelle que soit leur finalité, le problème de la prolifération des sacs de caisse reste entier.

Finalement, les consommateurs sont la source de financement par excellence de ces sacs de caisse, et de leur élimination ultérieure, par le biais du prix des produits achetés mais également par le paiement de la taxe ou redevance d'enlèvement des ordures ménagères. Il est donc absurde de dire que les sacs plastiques sont gratuits pour les consommateurs !

POSITIONS DE L'UFC-QUE CHOISIR

L'UFC-Que Choisir condamne :

a) la mise à disposition incontrôlée des sacs plastiques en sortie de caisse.

En moyenne, 90% des plastiques d'emballage sont distribués par les grandes et moyennes surfaces. Les distributeurs représentent donc le coeur du problème pour appliquer la réduction des déchets à la source.

b) l'utilisation des sacs biodégradables et des sacs photodégradables.

Tout d'abord, la biodégradabilité n'est possible que lorsque des conditions naturelles optimales sont rassemblées, ce qui est rare en milieu urbain, mais en plus, la définition de la biodégradabilité diffère selon les acteurs économiques. Ensuite, les sacs biodégradables - fabriqués à partir de biomatériaux - ne permettent pas le recyclage par valorisation et représentent donc une perte de matières premières et d'énergie non négligeable. Cette solution serait d'une part, un frein à la sensibilisation des consommateurs au geste de tri et d'autre part, un encouragement à leur dispersion dans la nature.

c) le développement des sacs plastiques fragmentables.

Ces sacs représentent un réel danger pour l'environnement. Sous l'influence de la lumière ou de l'humidité, ils se fragmentent en milliers de paillettes, invisibles mais extrêmement polluantes dont la dégradation se compte en centaines d'années. Ainsi, seule la pollution visuelle disparaît.

d) le développement des sacs papier.

Le bilan écologique de ces sacs révèle une dépense d'énergie forte lors de la production mais aussi du recyclage de ces sacs. De plus, leur production participe à la destruction des forêts. L'efficacité de cette filière (analyse du cycle de vie) n'ayant pas été prouvée d'un point de vue écologique, l'UFC-Que Choisir ne soutient pas cette alternative.

L'UFC-Que Choisir exige :

a) la substitution totale des alternatives écologiques aux sacs de caisse classiques.

Notre association soutient toute expérience qui pourrait être tentée au sein des enseignes : sacs cabas tissés, casiers payants réutilisables (casettes), etc. Le choix entre plusieurs alternatives serait ainsi proposé aux consommateurs.

b) la mise à disposition des clients de sacs-cabas consignés, échangeables à vie et recyclables.

Ces sacs peuvent être facturés aux consommateurs (ex. 0,15 euro chez E. LECLERC) et le coût doit être cohérent et transparent. Seuls des sacs plastiques légers peuvent persister dans les rayons fruits et légumes. Si ce système de sacs cabas est adopté, il doit être imposé à l'ensemble des magasins de l'enseigne, sans exception. De plus, si le taux de récupération est insuffisant malgré le système de contrôle, une contribution à un organisme agréé pour l'élimination de ces sacs doit être obligatoire.

c) la certification des sacs cabas par la norme NF Environnement.

Cette écolabellisation (mise en application 16 juillet 2003) répond à des critères écologiques ainsi qu'à des critères d'aptitude à l'usage. Certaines matières ou préparations dangereuses sont interdites, les encres d'impression sont exemptes de métaux lourds, l'opacité du sac due à l'oxyde de titane est limitée... Quant à la résistance du sac, elle est renforcée de manière à permettre une fréquence élevée d'utilisation.

d) la mise en place de points de collecte spécifique en des lieux stratégiques.

Un système de collecte spécifique au sein des magasins ou en des lieux stratégiques inciterait les consommateurs au geste de tri des déchets et assurerait, en favorisant le cheminement vers la filière de recyclage spécifique, la valorisation effective des sacs.

e) la contribution obligatoire de tous les metteurs en marché à un organisme agréé.

Encore 7% des sacs plastiques distribués en France - principalement par les petits commerces - ne font pas l'objet d'une contribution environnementale à un organisme agréé pour la prise en charge de ces déchets alors même que les responsables de leur mise en marché ne les récupèrent pas !

f) la recherche et le développement de filières de recyclage spécifiques aux plastiques souples.

Les sacs plastiques ne sont ni triés ni envoyés dans les filières de recyclage en partie à cause de leur trop grande légèreté. Les fonds provenant des organismes agréés pourraient pourtant contribuer à la recherche et l'amélioration des techniques dans ce domaine ?

g) le lancement d'une campagne de communication nationale.

Cette campagne sera accessible à tous et par toute voie possible et informera sur :

- les impacts environnementaux de la production et de l'utilisation des sacs plastiques (énergie gaspillée, dénaturation du paysage, mise en danger de la faune...) ;

- les impacts économiques (double coût de l'utilisation et de l'élimination pour le consommateur répercuté sur le prix des produits vendus).

Cette campagne veillera à éduquer les consommateurs à ne plus utiliser les sacs de caisse classiques, à choisir des alternatives écologiques mais également à adopter le geste de tri. Elle veillera à informer les consommateurs sur les lieux de collecte spécifique. Elle peut s'accompagner de publicités nationales et d'une campagne de sensibilisation en magasin, notamment par le biais d'un personnel formé et sensibilisé. Ainsi, pouvoirs publics, distributeurs et consommateurs participeront ensemble à la préservation des ressources naturelles et à la réduction de ces déchets à la source.