Allergènes alimentaires Une obligation d’informer bien mal respectée

Allergènes alimentaires

Une obligation d’informer bien mal respectée

Publié le : 07/06/2016 

Depuis bientôt 1 an, la présence d’allergènes dans les produits alimentaires non emballés doit obligatoirement être portée à la connaissance des consommateurs. Sur le terrain, c’est loin d’être le cas.

 

Obligatoire depuis 2005 pour les aliments emballés, la présence d’allergènes (œuf, lait, fruits à coque, soja, arachide, poisson, crustacés, mollusques…) dans les produits alimentaires non emballés doit aussi être portée à la connaissance des consommateurs depuis le 1er juillet 2015.

Cette obligation d’information est vitale tant le nombre d’allergies alimentaires progresse. Si, dans les cas les plus bénins, les réactions se limitent à des irritations des lèvres ou des rougeurs cutanées, elles peuvent, dans les cas les plus graves, entraîner un gonflement au niveau de la gorge et provoquer un étouffement (œdème de Quincke) ou affecter plusieurs organes et système du corps (anaphylaxie). En France, environ 2 millions de personnes souffriraient d’allergies alimentaires, dont 8 % d’enfants. D’où l’obligation de les informer sur la composition des produits alimentaires. Si les industriels de l’agroalimentaire respectent la règle à travers les emballages des produits, pour les produits non emballés, la tâche est plus délicate. 

Des centaines de commerce visités

Les associations locales de l’UFC-Que Choisir ont visité 375 commerces dans 81 départements pour vérifier comment les professionnels informaient les consommateurs sur les allergènes. Étaient visés les rayons traiteurs des grandes surfaces, le petit commerce, les charcutiers-traiteurs, les boulangers-pâtissiers ainsi que la restauration rapide et les restaurants de quartier, sachant que l’information doit obligatoirement être consignée par écrit, sur un support facilement accessible par le consommateur.

Si les Mc Donald’s, Quick et autres KFC font un quasi sans faute, affichant systématiquement les allergènes de leur menus, le petit commerce est à la traîne : 75 % des artisans enquêtés ne respectent pas l’obligation d’affichage réglementaire. Questionnés sur le sujet, beaucoup, quand ils sont capables de répondre, se contentent d’une information orale, pas toujours très fiable. D’autres affirment ne pas être concernés par la réglementation, sans parler des plus rétifs. « Je suis boulangère, pas nutritionniste ! », a essuyé un de nos enquêteurs. « Prenez un sandwich jambon-beurre si vous voulez être sûr de tout ! », a lâché un restaurateur.

Les grandes surfaces ne font pas forcément mieux puisque 25 % de celles visitées n’affichent rien. Si on questionne le personnel, les plus réceptifs iront jusqu’à rechercher les étiquettes dans les réserves ou dans les… poubelles ! Par enseigne, Monoprix est le plus respectueux de la réglementation (88 % des magasins visités) et Géant Casino, bon dernier (57 %). Et si l’information se partage à égalité entre étiquetage du produit et affichage mural, en matière de lisibilité de l’information, c’est Auchan qui rafle la première place (64 % des magasins enquêtés informent par le biais d’étiquettes individuelles piquées sur le produit) et Monoprix la lanterne rouge (0 %), avec dans la majorité des cas une information de précaution : « Produit susceptible de contenir des traces de… ». Une façon habile de se dédouaner au détriment des consommateurs.

Jean-Paul Geai