Apple Music

Streaming sans nouveauté

Publié le : 08/07/2015 

Apple a lancé le 30 juin son offre de musique en streaming. L’abonnement individuel coûte 10 € par mois et donne un accès illimité à tout le catalogue d’Apple sur tous ses appareils (iPod, iPhone, iPad, Watch et Mac). Ce tarif est aligné sur celui de la concurrence, comme l’offre musicale elle-même, qui s’inscrit dans la lignée de celle de Deezer, Qobuz ou Spotify. Seuls petits atouts d’Apple : une période d’essai de 3 mois (au lieu d’un en général) et un abonnement à 15 € pour toute la famille.

 

Il a bouleversé l’industrie mondiale de la musique en lançant un baladeur numérique, l’iPod, en 2001. Il a assisté, les bras ballants, à la montée en puissance de YouTube comme réservoir à tubes gratuit auprès des jeunes. Il a vu Google mettre la main dessus, pour 1,65 milliard de dollars, en 2006, puis lancer sa propre plate-forme Google Music en 2011. Entre-temps, il a observé la croissance en Europe des premières offres de streaming musical illimité, la plate-forme suédoise Spotify en 2007, puis son équivalent français Deezer un an plus tard. Depuis, tous deux ont conquis l’Amérique (entre autres) et y affrontent depuis quelques mois une nouvelle offre, Tidal, lancée en grande pompe par le rappeur américain Jay-Z. En France, le streaming dépasse les téléchargements et représente à lui seul 16 % du marché de la musique (source Syndicat National de l’édition phonographique). Pour ne pas faire une croix sur la musique numérique, Apple n’avait d’autre choix que de lancer, lui aussi, son offre de streaming musical. Il préparait le terrain depuis plus d’un an. En mai 2014, l’entreprise a mis la main sur un service lancé quelques mois plutôt, Beats Music, et sur les équipements Beats Electronics (casques, haut-parleurs et enceintes Bluetooth dont la qualité laisse d’ailleurs à désirer comme le montrent nos tests en laboratoire). Le 30 juin dernier, Apple a donc lancé Apple Music. Mais finalement, quoi de neuf par rapport aux offres existantes ?

Une offre famille à 15 € pour 6

La découverte de l’offre n’a pas réservé de grosses surprises. Apple ne propose pas d’offre gratuite avec publicité ; les seuls titres accessibles gratuitement sont ceux diffusés sur Beats1, une radio animée par le « pape de la musique underground » Zane Lowe. Pour l’offre complète, qui permet d’accéder à tout le catalogue en illimité, Apple a adopté le tarif du marché : 10 €/mois. Il propose également une offre « Famille » pour 6 personnes à 15 €/mois. Là, Apple marque un point puisque chez son concurrent Spotify, par exemple, une famille de 6 personnes doit payer 35 € (un abonnement à 10 € et 5 abonnements à moitié prix). Apple propose d’essayer gratuitement le service pendant 3 mois. Chez Deezer, la période d’essai est limitée à 15 jours ; quant à Spotify, il a tout récemment modifié ses conditions en proposant un abonnement d’essai à 0,99 €/mois pendant 3 mois (au lieu de 30 jours d’essai gratuit auparavant). Attention, chez chacun d’entre eux, il est nécessaire de se désabonner à la fin de la période, sinon l’abonnement est automatiquement débité sur votre compte bancaire. C’est l’une des clauses du contrat signé avec Apple, que « Que Choisir » a épluché (lire encadré).

Un catalogue sans surprise

Apple annonce un catalogue de 30 millions de titres, ni plus ni moins que Spotify. Deezer les devancerait de quelques millions. Mais finalement, la course aux chiffres n’est pas essentielle. L’offre est largement suffisante pour satisfaire le grand public. Surtout, les titres disponibles sont susceptibles de varier en fonction des accords avec les ayants droit. Certains sites ont préféré axer leur catalogue sur certains types de musique, à l’image de Qobuz qui se distingue par exemple sur le jazz ou la musique classique. Quant à la qualité de compression des fichiers, qui constitue habituellement un argument de différenciation entre les services (lire nos questions-réponses sur le streaming), Apple ne prend même pas la peine de l’évoquer. Selon toute vraisemblance, la marque à la pomme sera restée fidèle au codec AAC en 256 kbps, qu’elle privilégie depuis des années pour la musique numérique. Il s’agit d’un codec plus performant que le MP3, et le débit choisi, 256 kbps, est correct.

Streaming et téléchargements dans une seule application

Apple Music est accessible depuis le logiciel iTunes sur ordinateur, et depuis les appareils mobiles de la marque (iPod, iPad et iPhone). Apple a réussi à intégrer dans une application unique la musique disponible en streaming et les titres stockés dans le smartphone. Il est facile de se repérer grâce aux icônes situés en bas de la page d’accueil (voir photos ci-contre). La section « Pour vous » est basée sur les goûts de l’utilisateur, mais il peut facilement signaler à Apple qu’il s’est trompé sur une suggestion (il suffit de cliquer quelques secondes sur un contenu et de sélectionner « Moins de recommandations sur ce contenu » dans la liste d’options).

 

Image
Lors de la première utilisation, Apple Music questionne l’utilisateur sur ses goûts et lui propose des titres susceptibles de lui plaire (« Pour vous »). À droite, l’icône « Ma musique » regroupe les titres de sa bibliothèque iTunes.

Petits défauts d’ergonomie

La navigation dans l’interface est relativement bien pensée. Apple a mis un fort accent sur l’éditorialisation de la musique, avec de nombreuses playlists construites autour d’un style musical (pop, rap, musique pour enfants, etc.) ou d’une activité (sport, travail, cuisine, conduite, réveil, relaxation, danse, etc.). Un moteur de recherche permet de répondre à une demande précise. Dommage, toutefois, certaines fonctions basiques manquent d’ergonomie. Par exemple, accéder à tout le répertoire d’un artiste après avoir découvert l’un de ses titres n’est pas évident. De même, impossible de créer une nouvelle playlist à partir d’une chanson que l’on vient d’écouter. Il faut nécessairement avoir créé la playlist avant, depuis la section « Ma musique ».

Comme Deezer, Spotify et les autres, Apple offre un mode « hors connexion » qui permet de stocker temporairement de la musique sur son iPhone pour en disposer même lorsqu’aucun réseau n’est à portée (en avion, par exemple).

Après plusieurs jours d’utilisation, malgré quelques défauts notables, Apple Music s’avère aussi convaincant que les autres services de streaming musical que nous avons testés. Reste à voir s’il accélérera l’adoption du streaming musical, qui connaît déjà une certaine popularité en France : 42 % des internautes ont déjà essayé ce mode d’écoute, alors qu’ils ne sont que 9 % à avoir déjà téléchargé un morceau (1).

 

Apple Music : les clauses du contrat

 

Nous avons passé à la loupe les conditions générales d’utilisation (CGU) du service Apple Music. Globalement, on constate un déséquilibre entre les droits et obligations d’Apple et ceux de ses utilisateurs. iTunes se réserve par exemple le droit de « modifier, suspendre, supprimer, interrompre ou désactiver à tout moment et sans préavis l’accès au Service Apple Music et à tout Produit contenu ou fichier Apple Music ». L’éditeur se réserve le droit de suspendre votre compte s’il a « des raisons sérieuses de penser » que vous n’avez pas respecté les CGU. Il se décharge de toute responsabilité en cas « de pertes, dommages, attaques, virus, interférences, piratages ou autres atteintes à la sécurité ». Le client utilise Apple Music « à ses risques et périls » et reste responsable de la confidentialité de ses informations de connexion ainsi que de l’utilisation qui est faite de son compte. Sachez aussi que le service n’est utilisable qu’en France (contrairement à Deezer et Spotify, tous deux accessibles depuis l’étranger) et que vous êtes tenu de rester à jour côté équipement. Actuellement, Apple Music nécessite iOS 8.4, iTunes 12.2 ou Android 4.1 (le service sera compatible cet automne avec le système de Google). Mais les versions suivantes de ces logiciels seront forcément nécessaires, un jour où l’autre, pour profiter de toutes les fonctionnalités futures du service.

C.G. avec le service juridique de l'UFC-Que Choisir

1. Source : Syndicat National de l’édition phonographique.

Camille Gruhier