Bounty

Étiquetage en trompe-l’œil

Publié le : 20/07/2015 

À lire rapidement les informations nutritionnelles sur l’emballage des Bounty vendus par cinq, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une petite gourmandise acceptable dans le cadre d’une alimentation normale. Il faut vraiment s’y connaître pour dégotter, au dos du paquet, les indications vraiment pertinentes et inquiétantes pour les consommateurs.

 

Bounty

139 calories, soit 7 % des apports recommandés pour un adulte normal : voilà ce qu’annonce, en façade de l’emballage, le paquet de cinq sachets individuels de barres chocolatées Bounty. A priori, pas de quoi faire bondir la brigade des nutritionnistes : présenté comme ça, un petit Bounty de temps en temps ne constitue qu’une entorse acceptable à une alimentation par ailleurs saine et équilibrée.

Sauf qu’à y regarder de plus près, ces deux éléments, bien en vue, ne concernent qu’une moitié de Bounty, chaque unité étant effectivement composée de deux morceaux. Si on mange les deux petites barres du sachet individuel, le compteur calorique affichera en fait 278 calories… Le fabricant aurait voulu induire le consommateur en erreur sur l’apport énergétique réel de son produit qu’il ne s’y serait pas pris autrement…

Mais les petits arrangements avec les chiffres ne s’arrêtent pas là. Comme le savent les spécialistes, mais pas forcément les consommateurs, compter les calories n’a pas grand intérêt. Cet indicateur dilue d’autres éléments plus pertinents. Autant dire que l’industriel (groupe Mars Chocolat qui comprend également Twix, Snickers, Milky Way, Maltesers, M&M’s …) ne se mouille pas trop en se limitant aux calories en façade du paquet, tout en donnant l’impression d’une certaine transparence. Si on veut en savoir plus sur la qualité nutritionnelle du Bounty, il faut prendre la peine de retourner le paquet, et se plonger dans le tableau qui figure au dos. La présentation est rébarbative, et surtout, bien moins explicite que le pictogramme présenté en façade. La place ne manque pas, pourtant, mais les chiffres sont nombreux et petits… Mieux vaut chausser des lunettes avant de se lancer dans le déchiffrage.

Seul un lecteur averti sera capable d’isoler et de comprendre les informations pertinentes. Ici, c’est le taux de graisses saturées qui est à retenir : une barre de Bounty représente 62 % de la quantité maximale des acides gras saturés recommandés pour une journée ! Mais cet élément problématique est noyé au milieu d’autres chiffres.

Au final, cet emballage de cinq sachets individuels de Bounty est l’illustration typique d’une information nutritionnelle sans intérêt pour le consommateur. Il est pourtant parfaitement conforme à la réglementation européenne même si un récent arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne sur les arômes est venu rappeler un principe essentiel selon lequel l'emballage d'un produit ne doit pas induire les consommateurs en erreur.

Les informations nutritionnelles au dos de l’emballage des Bounty vendus par cinq

tableau

 

Les repères nutritionnels journaliers (RNJ) : la fausse transparence

L’étiquetage volontaire des RNJ mis en place par l’industrie agro-alimentaire européenne souffre de nombreuses carences depuis longtemps dénoncées.

  • Cet étiquetage reste très complexe à comprendre pour les consommateurs avec ses informations chiffrées, ses tableaux, ses notions nutritionnelles alambiquées.

  • À la différence de l’étiquetage simplifié défendu par l’UFC-Que Choisir, qui fait la synthèse des différentes informations nutritionnelles, le format des RNJ reporte sur les consommateurs la difficulté de gérer des informations multiples et souvent contradictoires.

  • Cet engagement volontaire de l’industrie agro-alimentaire est à géométrie variable, chaque fabricant pouvant choisir les informations mises en avant. Comme le prouve l’exemple de Bounty, qui se permet de n’afficher en façade de l’emballage que les informations les plus favorables (calories).

Anne-Sophie Stamane

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